À la mort de son père qu’elle a tant admiré, Leora souhaite honorer sa mémoire. Et dans les hautes castes, il est d’usage de relire au cours d’une cérémonie les événements qui ont marqué la vie d’un personnage important. Mais à mesure qu’elle parcourt le livre de son père, la jeune fille découvre avec stupeur que certains passages ont été réécrits ou qu’ils ont complètement disparu… Pire, un mystérieux tatouage désigne son père comme coupable d’un crime ! La jeune femme devra remettre en cause toute son existence pour comprendre d’où elle vient et sur quels mensonges est construite la société où elle vit…

Si tu cherches une dystopie originale, jamais vue jusqu’à présent je ne peux que te conseiller cette trilogie de Alice Broadway.
Leora rêve de devenir tatoueuse, un travail important où dans ce monde créé par l’autrice toute ta vie est tatouée sur ta peau.
Depuis ta naissance, tes anniversaires, tes échecs et réussites, ton arbre généalogique quand tu crées ta famille, etc.
Même si elle possède le don de lectrice, elle comprend au-delà du tatouage le sens caché et les secrets des gens. Sa mère, elle aussi, est lectrice quant à son père, il est écorcheur.
À Saintstone, quand une personne décède on découpe ses tatouages, on tanne sa peau et on remet ainsi à la famille du défunt : le livre de peau.
Le livre est remis après la cérémonie de la pesée de l’âme.
Si de son vivant, la personne a été bonne, tout va bien et le livre est rendu à la famille dans le cas contraire il est brûlé.
C’est leur mythe et leur croyance, un livre représente la vie après la mort, on ne l’oubliera pas puisque le livre et les tatouages sont là pour rappeler à tous ses descendants qui la personne était.
Être brûlé c’est condamner l’âme à l’oubli.
Si je te raconte tout ceci c’est que c’est qui est raconté dans les deux premières pages du livre, au début de ce premier opus, le père de Leora décède.

Si tu as les marqués d’un côté, de l’autre tu as les immaculés, ils ne croient pas qu’un dessin révèle le caractère et la vie de quelqu’un ils n’ont donc aucun tatouage.
Pour eux, ce n’est pas l’apparence qui compte, mais l’intérieur, tout ce qui a fait que tu es devenu la personne que tu es.
Ils sont mis au ban de la société, craints, ostracisés.
Le charismatique maire Longhsight est décidé à traquer le moindre immaculé ou à condamner toute personne les aidant. Il entretient la peur des immaculés en soliloquant durant des discours publics.
Leora assiste par hasard à une condamnation publique, un homme accusé d’un crime grave est tatoué d’un corbeau sur le crâne, ce tatouage signifie qu’il est destiné à sa mort à être brûlé.
En voyant ce tatouage, un souvenir surgit de la mémoire de Leora, un souvenir enfoui.
Son père est lui aussi tatoué de ce corbeau.
Pourquoi ? Qu’a fait son père ? Pourquoi lui a-t-on caché ? Que va-t-il se passer lors de la cérémonie de la pesée de l’âme, les écorcheurs vont voir et découper ce tatouage. Que doit-elle faire ? À qui en parler ?
Leora est bouleversée par cette découverte, et plus elle va apprendre les secrets sur son père et sa famille, plus ses certitudes vont être ébranlées.
Quand toute ta vie on t’a raconté les mêmes choses, tu les crois comme véridiques, acquises, quand tout d’un coup on te dit que c’est faux à toi de décider qui a tort et qui a raison.
Au cours de sa quête identitaire, elle pourra compter sur sa meilleure amie Verity, sur Obel, patron d’un salon de tatouage, sur Oscar le fils de l’homme condamné.
Leora et sa mère veulent à tout prix que le livre de peau revienne chez elles, mais comment faire avec ce tatouage de corbeau qui sera à un moment ou un autre découvert ?
Elles vont braver la loi pour essayer de sauver l’âme de l’être aimé.
Y arriveront-elles sans se faire arrêter ?

Je ne t’en dis pas plus sur l’intrigue.

Alice Broadway m’a immédiatement embarquée dans son intrigue, dans son monde totalement inédit.
Si j’ai particulièrement aimé cette dystopie c’est qu’elle met en évidence que personne n’est parfait, ces tatouages ne représentent pas exactement la personne, une ancienne blessure, un secret, un mensonge.
Qui peut se targuer de connaître quelqu’un à 100 % ? Personne.
En chacun de nous, il y a une part d’ombre, nous ne sommes que nuances. Ni blanc ni noir. Pour moi, c’est une leçon sur les apparences qu’elle nous donne avec ces marqués et immaculés.
Le rejet des immaculés m’a fait penser à toutes ces minorités ethniques persécutées pour leurs religions ou superstitions.

Pour ma part, je ne me suis pas ennuyée.
La faiblesse de ce tome vient de l’héroïne, il est peut-être parfois difficile de s’attacher à elle, cela ne m’a pas posé de souci, mais je sais que cela peut être dérangeant quand on n’arrive pas à s’identifier au personnage principal.
Elle est au départ naïve, puis quand la vérité éclate c’est son monde qui vole en éclat, tout ce qu’elle croyait vrai, tout ce sur quoi elle se reposait était faux. On comprend aisément qu’elle puisse être déstabilisée au point d’avoir par moment un comportement hautain, voire égocentrique, pour autant, je ne la condamne pas. En avançant dans le livre, quand Leora comprend les enjeux, réfléchit par elle-même à ce qu’elle pense au plus profond d’elle j’ai totalement adhéré à son choix.
La fin nous laisse sur une grosse interrogation face à son avenir, je suis certaine que Leora prendra le bon chemin.

Autre faiblesse du roman pour moi, si le monde est relativement bien expliqué on reste quand même avec beaucoup de mystères et d’interrogations autour des immaculés.
Nul doute que Alice Broadway nous réserve ces révélations pour la suite, mais cela m’a manqué.
J’ai aussi trouvé les personnages dans l’ensemble creux. Oui, l’intrigue et les rebondissements s’enchaînent vite au détriment, pour ma part, des protagonistes. On reste très en surface, difficile de vraiment s’attacher à l’un d’entre eux.
La vitesse de développement peut avoir du bon, trop de descriptions nuisent parfois à l’intrigue, mais ici justement il m’a manqué d’explications pour appréhender totalement l’ensemble.
C’est dommage, car j’ai adoré la dystopie mise en place, j’ai trouvé une amélioration sur le dernier tiers du roman, je me dis que l’autrice fait ses armes et que la suite sera à la hauteur de mes attentes.

En bref : un univers riche, inédit et bien expliqué. Une écriture rythmée qui te tient en haleine tout au long de ta lecture.
Leora malgré ses défauts reste fidèle à ce qu’elle croit, malgré les faiblesses dont je t’ai parlé j’ai vraiment apprécié ma lecture.
Si tu veux lire une dystopie qui change, innove, je te la conseille.
Maintenant si tu as besoin de t’attacher à une héroïne pour aimer un roman alors tu risques d’avoir quelques difficultés à apprécier ce premier opus.


❦ Marqués, tome 1 ❦ Roman de : Alice Broadway ❦ Traduction de Emmanuelle Chastellière ❦ 288 pages Édition Pocket jeunesse,  le 7 juin 2018 


 

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