Kelen, 16 ans, est l’héritier d’une des grandes familles qui se disputent le trône de la cité. Il prépare son premier duel pour devenir mage. Mais ses pouvoirs ont disparu. Il doit ruser… ou tricher, quitte à risquer l’exil, voire pire.Ses seuls soutiens, deux acolytes explosifs : Furia, la vagabonde imprévisible et Rakis, un chacureuil féroce et acerbe.

Ne me demande pas pourquoi j’avais quelques craintes avant de commencer ce roman, craintes que je m’explique encore moins maintenant que je l’ai terminé tellement cela a été un énorme coup de cœur. Le deuxième dans le genre Young Adult cette année, le premier étant « Le faiseur de rêves » de Laini Taylor. (voir la chronique)
J’ai tout aimé, l’univers, les personnages, l’écriture, l’action, l’humour, les rebondissements, les valeurs et les pistes de réflexion que l’auteur met en place.
Un premier tome abouti et qui annonce une saga très riche.D’emblée en commençant le roman tu fais la connaissance du héros, Kellen.
Héros ou antihéros ?
Tu devras lire le roman pour le comprendre, mais sache que c’est un jeune homme très attachant.
Je parlerai des personnages ensuite, je m’égare. Donc nous voilà au premier chapitre du roman.
Notre protagoniste principal, Kellen, vient de l’une des lignées de mages les plus puissantes de son clan.
Son père, Ke’heops, est renommé et craint par tout le monde.
Sa mère est l’une des guérisseuses les plus douées de tous les temps.
Sa sœur, Shalla, est une des élèves les plus douées, à seulement 13 ans elle a déjà réveillé plusieurs de ses bandes tatouées.
Kellen, lui, n’est pas aussi chanceux.
Dans le monde de Sébastien de Castell, tous les enfants ont six bandes tatouées sur leurs bras qui ont besoin d’étinceler, une fois que ces tatouages sont étincelants, l’enfant sera capable de manier un ou plusieurs types de magie.
Indépendamment du nombre d’individus capables d’étinceler ; les initiés (ou élevés si tu préfères) doivent passer quatre épreuves pour devenir un Jan’Tep
malheureusement, jusqu’à présent Kellen n’a pas été capable de faire étinceler aucune de ses bandes, son seizième anniversaire approche, avec cet anniversaire, la date butoir pour terminer ses épreuves afin de devenir un Jan’Tep se rapproche dangereusement.Dans le monde de l’auteur, il existe 6 types de magie : le fer, la braise, la soie, le sable, le sang, le souffle. Une 7e existe, mais est crainte, signe de maladie, de malédiction : la magie de l’ombre.Au début du roman, Kellen affronte en duel Tennat, un duel pour venger son meilleur ami Panashi.
Nephenia, sa meilleure amie et accessoirement la fille qu’il aime le poussent à refuser ce duel qu’il est certain de perdre.
Tennat a déjà révélé deux de ses tatouages. Le fer et le souffle.
C’est à Kellen que revient le droit du choix de magie comme il est celui qui n’a encore rien révélé.
Tout le monde s’attend à ce que Kellen choisisse le souffle, la forme de magie la moins puissante, mais au contraire il va choisir d’affronter Tennat avec le fer.
Et là, il va épater et couper le souffle à beaucoup de monde et en même temps déclencher une série de réactions, de conséquences en chaîne. Lesquelles ?
Je ne te dirai rien.
Du début à la fin, Sébastien de Castell va te faire des révélations et il n’y a rien de plus que je puisse te dire à part ce début de premier chapitre. Passons maintenant aux personnages.Dans le monde imaginé par l’auteur il y a deux types de personnes :
➽ Les Jan’Tep c’est-à-dire les magiciens, ceux qui ont fait étinceler leurs tatouages ET remporter les 4 épreuves
➽ Les Sha’Tep : Les gens qui ont échoué à leurs épreuves, ils n’ont aucun ou très peu de pouvoirs magiques, et deviennent dès la fin des épreuves des serviteurs pour les Jan’Tep.
Cela va du domestique au couturier jusqu’aux travaux les plus durs, mineurs par exemple.
Être Sha’Tep c’est être réduit à l’esclavage, ils n’ont aucun droit.
Pas même celui d’avoir des enfants. Un amour entre Jan « Tep et Shan’tep est inenvisageable, interdit.
Abydos, oncle de Kellen et Shalla, est par exemple Sha’Tep, il sert son frère et sa famille, baissant toujours le regard.

Au cours de ce duel Kellen va attirer le regard de deux personnages féminins.
Mer’esan, et mon personnage préféré en dehors de Kellen : Furia Perfax.
Je ne vais pas pouvoir vraiment développer qui sont ces protagonistes.
Mer’esan tu ne la verras que peu mais elle est très importante dans le récit, tandis que Furia Perfax sera présente quasiment tout au long du roman.
Une leader féminine forte, rusée, incisive, elle n’a aucun filtre quad elle parle, intelligente et observatrice ; elle va amener Kellen à réfléchir sur son sort.
Lui montrer qu’il a devant lui un tas de possibilités au contraire de ce qu’il pense.
Elle utilise plusieurs jeux de cartes, certains jeux qu’on pourrait comparer à un jeu de tarot, d’autres, sensiblement identiques à des cartes de poker, et d’autres, plus spéciaux.
Elle sera une alliée importante pour Kellen, gamin comme elle l’appelle.

Kellen est complètement obnubilé par ses tatouages qui n’ont pas encore étincelé.
Il est effrayé à l’idée de devenir Sha’Tep, il ne veut surtout pas déshonorer sa famille, il a surtout l’impression qu’il ne sera jamais celui que sa famille veut qu’il soit.
Feria lui fera comprendre qu’il peut être tout ce qu’il veut être.
Il est très intelligent, bien plus malin que tous les magiciens accomplis.
Malgré tout, il doute, depuis tout jeune on le serine qu’il se doit d’être fort, il voit sa sœur plus jeune déjà plus forte que lui et en plus il se met du monde à dos.

“La vie est une malédiction, gamin. L’amour est le remède.”

Ensuite, tu vas faire la connaissance d’un chat écureuil, ou chacureuil, oui ça ne s’invente pas, une créature crainte par le peuple de Kellen, associée au Mahdek, un peuple qui aurait essayé par le passé d’anéantir toute magie du peuple Jan’Tep.
Ils l’appellent le Nekhek, en réalité son prénom est Rakis.
Il va devenir plutôt partenaire de Kellen, familier ne lui convient pas vraiment. Feria et lui vont te faire mourir de rire, ses répliques sont de toute beauté.
Je pourrais, je pense écrire une chronique rien que pour lui et sa famille. Il est drôle, émouvant et tellement fascinant.
(quand je serai grande je voudrais avoir un chatcureuil moi aussi 🤣)

Comme je te le disais, j’ai vraiment apprécié ce livre pour les valeurs universelles que l’auteur transmet par le biais de ses personnages. Des pistes de réflexion sur la cruauté envers les animaux, sur la vérité, que peu importe, le peuple d’où tu viens, tout n’est que nuance, rien n’est tout blanc ni noir.
Il va te faire réfléchir à tout ce que tu crois depuis tout jeune parce qu’on te l’a appris comme vérité, et que tu l’as encré en tête, mais si tout ce qu’on t’a raconté n’était que mensonges et manipulations ?
Il y a aussi bien sur la réflexion sur l’esclavage et les minorités dont on ne se préoccupe pas ou pas assez.
Sebastien de Castell te dit aussi que tous les peuples ont commis ou commettront des atrocités. Aucun ne peut se targuer d’être parfaitement innocent.
Que nos ennemis ne sont pas forcément tous mauvais comme on le pense, il faut pouvoir faire preuve d’ouverture d’esprit pour comprendre l’autre dans toute sa globalité, dans toute sa complexité.
Point que j’ai aussi apprécié : nous avons tous de la laideur en nous, à nous de choisir ce que l’on va en faire, lutter contre ou l’utiliser ?
D’autres thèmes comme la vengeance sont abordés, je te le disais, ce premier opus est très riche et pertinent.

L’écriture est magique, sans jeu de mots.
C’est fluide et très addictif. Un véritable page Turner.
Rebondissements, révélations, secrets de famille, manipulations, mensonges, humour, émotion tout est réuni pour que tu dévores ce livre et que tu fasses la connaissance de Kellen.
Cette histoire est unique, l’écriture est tellement superbe, le message de cette histoire est si important : accepter qui tu es est parfois la bataille la plus difficile que tu vas mener dans ta vie.

Observer Kellen devenir ce qu’il est et non ce que les autres attendent de lui, que ce soit sa famille ou le monde, c’est si beau que je n’ai pas de mots pour te le décrire, à propos de l’auteur il est dit ceci à la fin du livre et j’ai vraiment retrouvé cela dans le roman, notamment dans notre héros : Sébastien de Castell est persuadé que « chaque être humain est la combinaison de tous les choix qu’il fait. »

En bref
Une nouvelle saga fantasy Young adult envoûtante, attrayante, intelligente.
Riche par ses personnages aux caractères bien définis, grâce à la plume de l’auteur vive et addictive, il n’y a aucun temps mort malgré toutes les explications tu as les bases de la saga, sans te perdre dans trop de descriptions.
L’humour rend les révélations et les confrontations moins douloureuses et apporte un plus à l’intrigue.
Rakis, Furia et Kellen forment un trio improbable, mais que j’ai adoré, chacun pour différentes raisons tous pour leur noblesse de cœur.

Si tu aimes la magie, les manigances politiques, les intrigues, les personnages en plein tourment qui vont devoir se battre contre eux-mêmes pour grandir et devenir un homme ou une femme ; fonce, sans hésitation, dans ce roman qui est unique même si le thème de la magie est souvent abordé ici elle n’est pas montrée comme « bienfaisante ou utile », les magiciens se reposent sur leurs acquis et ne s’ouvrent plus au monde qui les entoure, ils se pensent supérieurs dénigrant ceux qui ne la possède pas. Ici, ce ne sont pas les magiciens qui te montrent la voie de la sagesse, mais les humains, hommes et femmes qui possèdent les formes de magie les plus importantes : l’intelligence, l’empathie et le pardon.
Sébastien de Castell navigue à contre-courant et c’est très bien ainsi.

J’aime lire un roman qui sort de l’ordinaire.
Il conviendra autant aux jeunes lecteurs qu’aux adultes.
À lire ! Foi de souris

 


❦ l’anti-magicien, tome 1 ❦ romans de : Sébastien de Castell ❦ Traduction de Laetitia Devaux ❦ 464 pages 

❦ Édition Gallimard jeunesse, le 17 mai 2018 

 

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