Mon cher lecteur je t’embarque aujourd’hui au Sri Lanka, à Ceylan.
Nous sommes en 1925, Gwen, 19 ans, est à bord du bateau qui l’amène dans son nouveau pays auprès de son époux Laurence, un planteur de thé, veuf, plus âgé qu’elle. Laurence possède une plantation de thé prospère ; lors d’un voyage en Angleterre ; tous deux sont tombés amoureux, ils n’ont que très peu vécu ensemble avant que son mari ne doive repartir à Ceylan ; Gwen est donc à la fois excitée de faire connaissance de ce pays aux mille couleurs, angoissée de se retrouver seule sans sa famille, craintive de ne pas être une épouse à la hauteur.
Les premiers temps, avant de retourner dans la plantation Hooper qui se trouve bien plus loin que le port où elle débarque, ils se redécouvrent à l’hôtel.
Toutes les incertitudes de Gwen sont oubliées ; elle est déterminée à s’investir au côté de son mari, à apprendre tout ce qu’il faut pour tenir la spacieuse maison et à tout connaître sur le thé que cultive son mari.
Les débuts de Gwen sur la plantation seront très pénibles pour elle, les domestiques se comportent bizarrement avec elle, comme s’ils lui cachaient des choses et Laurence a l’air d’être hanté par le souvenir de sa première femme Caroline.
Comme si cela ne suffisait pas, la jeune sœur de Laurence, Verity n’accepte pas que son frère adoré appartienne à une autre femme qu’elle.
Vivant dans un climat oppressant dans sa maison, elle va devoir en plus faire face à une crise qui va bouleverser sa vie à tout jamais.
Gwen a le cœur brisé, rongée de culpabilité, mais toujours décidée à aimer son mari, elle étouffera sa tristesse en s’investissant pleinement dans sa vie de maîtresse de maison et femme de planteur.
Comment te dire mon cher lecteur que cette histoire m’a passionné ? À la fois romantique, dramatique et historique nous sommes en pleine colonisation du pays et même si des soulèvements de protestation ont lieu ils sont très vite étouffés.
Si le livre m’a autant passionnée, c’est aussi et surtout grâce au talent d’écriture de Dinah Jeffries.
Je l’avais déjà lue (« la séparation »), j’avais aimé son roman, mais sans plus par contre, ici, elle m’a totalement subjuguée.
La mariée de Ceylan est écrit avec une prose littéraire luxuriante, qui m’a fait vivre profondément le paysage et le cadre historique du Ceylan colonial.
Les couleurs, le climat sont magnifiquement décrits. Des pans entiers de couleurs surgissent devant tes yeux.
De plus, l’auteure s’est renseignée sur cette époque coloniale, elle te fait ressentir les difficultés pour les autochtones, des Indiens que l’on a fait venir par manque de main d’œuvre et ces Anglais qui se pensent au-dessus d’eux.
Les préjugés sont nombreux et la fracture raciale semble un fossé impossible à traverser ; d’un côté, les Anglais considèrent comme être inférieur leurs ouvriers et de l’autre côté les autochtones et les Indiens accumulent leur ressentiment et leur mécontentement.
Richement documenté autant sur le pan historique que sur la fabrication du thé c’est avec frénésie que j’ai tourné les pages de ce roman qui reste une fiction.
Je préfère le signaler pour les puristes de réalités historiques, l’auteure a volontairement changé des dates, des faits et des lieux pour mieux coller à ce qu’elle voulait dénoncer par son récit.
Je ne peux, hélas, pas t’en parler, sans te spoiler.
Il va sans dire que j’ai adoré le personnage de Gwen.
Une toute jeune fille qui emménage à l’autre bout du monde auprès d’un mari qu’elle connaît à peine, devant comprendre et se faire obéir dans une langue qu’elle ne maîtrise pas, elle va affronter épreuve après épreuve.
Certaines plus légères que d’autres. Elle sera toujours là pour épauler son mari même si elle vient à douter de sa fidélité à cause de l’Américaine Christina.
Son envie d’améliorer les conditions de vie des Cingalais ne l’aidera pas à nouer des liens autant du côté des Anglais que du côté des autochtones qui ne tolèrent aucune charité.
Jamais elle ne baissera les bras devant l’adversité au contraire.
C’est une femme forte, volontaire, parfois téméraire, mais qui toujours à la volonté de bien faire.
Malgré ce lourd et dramatique secret qu’elle cache au plus profond d’elle, elle continue à grimper sur les marches de son destin.
Laurence est un personnage que j’ai eu du mal à cerner au départ, mais, plus le roman avance, plus sa psychologie se fait sensible. C’est un homme profondément meurtri. Ils n’arrivent pas à oublier son passé. Quand on apprend pourquoi il a été distant à certains moments de leur vie commune, mon cœur s’est serré.
Verity quant à elle est un être diabolique, elle fera preuve de ruse pour essayer de détruire ce couple pourtant uni.
C’est une peste qui a une relation dérangeante avec son frère, Laurence ne fait rien pour entretenir cela, il ne s’en rend même pas compte, tout ce qui lui importe depuis toujours c’est que sa sœur ne manque de rien, leurs parents sont décédés alors qu’elle n’avait que 10 ans. Depuis il veille sur elle.
Tu auras envie de le secouer pour qu’ils ouvrent enfin les yeux.
Capricieuse, sournoise, je l’ai haïe. Gwen a bien eu du courage de garder son calme, bien sûr nous sommes au début du 20e siècle, les mœurs étant différentes que maintenant il aurait été mal venu qu’elle se révolte contre son mari, même si celui-ci est assez ouvert d’esprit, qu’il fait en sorte que ses ouvriers soient bien traités. En fait Laurence, c’est cela un homme qui est bon malgré ses abords bourrus.
McGregor et l’ayah Naveena, sont aussi des protagonistes importants du roman, mais leur psychologie à eux est moins développée même si l’ayah a eu, aura une importance capitale dans la vie de Gwen et Laurence.
Comme je te le disais, non seulement l’histoire, mais aussi l’écriture, sont captivantes.
C’est une romance qui te prouve que le pouvoir de l’amour surmonte la vindicte, la jalousie, le chagrin et la douleur, et peut donner au cœur la force de pardonner, accepter, changer et avancer avec un espoir renouvelé.
C’est un roman bien écrit, avec des détails historiques très intéressants, situés dans un endroit magique, rempli de drames fascinants qui m’ont gardée en alerte du début à la fin, Dinah Jeffries s’est investie dans les personnages sur le plan émotionnel.
J’ai vraiment apprécié l’atmosphère dans ce roman-ci, le rythme est constant, le secret de Gwen m’a fait souffrir, j’ai vraiment éprouvé de la peine pour elle.
Si je mets 5 étoiles, c’est pour le final du roman, il apporte toutes les réponses, on se dit que toute cette souffrance pour un secret de famille ; de la crainte de tout perdre alors que parler aurait peut-être pu tout arranger.
J’ai apprécié que l’auteure ne tombe pas dans le mélodramatique, Hugh le fils de Gwen et Laurence apporte de la légèreté et de l’humour. Un enfant plein d’énergie, curieux, enthousiaste.
Par rapport au premier roman de l’auteure que j’avais lu et où je lui reprochais d’avoir fait que survoler la saga familiale qui se déroulait sur une longue période ici, pas du tout.
Tu verras la difficulté des soldats à se remettre de la Première Guerre mondiale, le crash de Wall Street qui aura des retentissements même à Ceylan et qui se termine à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.
Des thèmes sensibles sont abordés comme le deuil, la maladie, le racisme et en même temps tu lis la frénésie des pays et des gens qui se remettent de la guerre. La mode et l’insouciance vue à travers le personnage de Fran, la cousine de Gwen. Les innovations techniques, les inventions. Bref par bien des aspects tu m’as compris c’est passionnant à lire.
Dinah Jeffries m’a fait quitter mon canapé pour vivre une aventure dans un autre temps et un autre lieu.
Des paysages chatoyants, une héroïne attachante, les hauts et les bas de la vie, des peines et des joies qui sont inhérents à toute vie de couple.
La mariée de Ceylan de Dinah Jeffries – traduction de Jean-Yves Cotté – romance historique – 480 pages, 18.20 € – Édition Milady, collection Milady romans, en librairie le 14 février 2018
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