Emmeline ou Emmy, jeune femme de 22 ans, rêve de devenir reporter de guerre, dans ce Londres en plein chaos elle travaille à mi-temps comme dactylo dans une étude notariale et est volontaire la nuit pour le service de feu auxiliaire.
C’est elle, avec ses collègues qui reçoit les appels chaque nuit des gens désespérés, en panique, blessés après un bombardement de la Luftwaffe, gardant toujours son calme aussi difficile que cela soi d’entendre les cris, le bruit et les pleures à l’autre bout du fil. 
Un jour en rentrant de son travail elle lit une annonce dans le journal, le London Evening Chronicle recherche une assistante. 
Emmy n’y croit pas, sa chance de devenir journaliste est là à portée de main. 
Avec l’insistance et les encouragements de sa meilleure amie et colocataire Bunty, elle va répondre à l’annonce ; quelle ne sera pas sa surprise quand quelques jours plus tard elle obtiendra un rendez-vous ! 
C’est Mr Collins, chroniqueur et rédacteur en chef adjoint qui la recevra. 
Contre toute attente, Emmy se voit proposer le poste, tellement euphorique qu’elle ne pose pas de question sur son travail. 
Elle se voit arpenter les rues de Londres à la recherche d’informations politiques, interroger des gens peut-être célèbres, être active sur le front, aidant la cause comme elle le pourra.
Elle se sentait inutile à l’étude notariale, Bunty, elle, travaille au cabinet du conseil de guerre, voilà un travail intéressant, mais maintenant tout va changer puisqu’elle sera, un jour, quand elle aura fait ses preuves à Londres, correspondante de guerre. 
Pleine d’enthousiasme, ayant révisé tous les sujets d’actualité elle se présente à son nouveau travail de rêve. 
C’est Kathleen, la secrétaire, qui la reçoit, Mrs Bird la rédactrice en chef par intérim n’étant pas là. 
L’espoir de Emmy va être très vite anéanti quand elle va comprendre qu’en fait elle a été engagée comme dactylo non pas pour le Evening Chronicle, mais pour un hebdomadaire féminin appartenant au groupe, le Woman’s Friend. 
Elle devra juste trier les lettres que Mrs Bird reçoit pour le courrier des lectrices ; taper les réponses pour la rubrique « Henrietta Bird vous répond ». 
Notre héroïne est encore plus atterrée, au bord des larmes quand elle obtient la liste des sujets inadmissibles, des mots inacceptables, dans ce cas les lettres et cartes des femmes qui écrivent au journal doivent être découpées et jetées.
Mrs Bird monte sur ses grands chevaux, elle hurle si elle voit apparaître des mots tels qu’adultère, amour, politique, amoureux, chambre à coucher.
Mrs Bird et l’hebdomadaire furent au début des années 1910 célèbres, cette femme austère et autoritaire se fait une idée de la dépravation, c’est simple toute relation, même la plus innocente ne passe pas la barrière de la censure. 
De plus quand elle daigne répondre aux quelques lettres qu’elle a jugées admissibles ce sont des conseils du siècle dernier, ahurissants, dénués d’empathie. 
Mrs Bird ne supporte pas la faiblesse et donc les appels à l’aide des femmes et jeunes femmes inquiètes par ce temps de guerre où les relations ne sont plus les mêmes.
Emmy va prendre des risques, elle ne conçoit pas que l’on ne réponde pas aux lectrices qui se sont donné la peine d’envoyer une enveloppe timbrée espérant une réponse personnelle. 
Je ne t’en dis pas plus. 
Emmy va mener sa petite révolution au journal, mais en cachette de tous y compris de Bunty qui ne cautionnerait pas. 
Emmy est une jeune femme courageuse, une merveilleuse amie, pleine d’empathie pour ses collègues, voisins et amis. 
Une autre femme, que l’on apprend à connaître, est cette chère Mrs Bird, je n’ai jamais vu une personne aussi antipathique, elle ne demande pas elle exige, elle ne parle pas elle hurle ses ordres et bien sûr les bavardages entre Kathleen et Emmy sont totalement interdits ; ce n’est que perte de temps. Je comprends pourquoi aucune assistante n’est restée. Cette femme est un dragon, A.J. Pearce n’a pas besoin d’énormément de descriptions pour que tu te la représentes.
Un sacré personnage.
Elle est froide, agressive et dicte ses ordres en coup de vent entre deux œuvres de charité, sa rubrique ne l’intéresse guère.
Un personnage que j’ai aussi apprécié en dehors de Bunty c’est Mr Collin, sous ses airs toujours débordés, son bureau bordélique il sera un précieux allié pour Emmeline. 
Tu rencontreras aussi William, Jack, les parents de Emmy, Roy, Thelma et Mary, ses collègues de la caserne et Charles. 
Si les personnages sont nombreux et pour la plupart attachants, le réel intérêt du roman réside dans les descriptions de Londres pendant la guerre, de ses quartiers dévastés, des bombardements quotidiens, mais surtout de cette vie qui continue.
 Hitler n’empêchera pas les Londoniens de rire, danser, s’amuser. 
A.J. Pearce retranscrit admirablement la bravoure de la brigade des pompiers, une scène m’a particulièrement marquée, ces hommes même s’ils ne sont pas sur le front risquent leur vie chaque jour pour aider les citoyens.
L’auteure va te faire explorer toute une gamme de sentiments et d’émotions vécues par la narratrice Emmy. 
Elle te transporte en quelques pages dans cette guerre, un monde devenu moche et cinglé, une guerre odieuse qui ne fait pas de cadeaux. 
Les hommes sont en train de se battre, leurs femmes, fiancées ou familles attendent dans l’angoisse une lettre, elles ne doivent pas leur parler de leur crainte, leur devoir patriotique est de se montrer joyeuses en toute circonstance.
Tu auras aussi une, voire plus, histoire d’amour, « il pouvait nous envoyer tous les avions de la Luftwaffe, mais il ne pouvait pas empêcher les gens de s’aimer et de célébrer leur nouvel amour » 
L’écriture est fluide, descriptive, puisque comme je te le dis tu perçois tout ce que Emmy ressent, tu lis les lettres des abonnées et lectrices, elles recherchent des conseils, de l’espoir en ces temps difficiles, certaines sont très émouvantes. 
En avance sur son temps, Emmy veut mener carrière, elle pense qu’une femme doit décider ce qui est bien pour elle même, elle est à l’opposé de Mrs Bird, c’est David contre Goliath. 
Les passages se déroulant à la caserne de Carlton Street te font mesurer combien les habitants de toutes des villes bombardées ont souffert. 
Ne pense pas que c’est un livre triste, non pas du tout ; oui, il y a des scènes dramatiques, mais A.J .Pearce fait passer un véritable message d’espoir à travers sa narratrice, tu n’auras pas de description du manque de nourriture par exemple, oui c’est cité, mais juste survolé lors d’une conversation. 
Je ne dirai pas que c’est un magnifique livre sur la Seconde Guerre mondiale, mais une façon de l’aborder assez inédite, rafraîchissante. 
Une lecture doudou avec une héroïne qu’on ne peut qu’aimer et admirer pour sa force de caractère et sa ténacité.
Une lecture divertissante, une héroïne pétillante, tu as des moments plus tristes, mais, vraiment, ce qui ressort de ces pages c’est la joie de vivre contagieuse de Emmy même si elle aussi s’inquiète pour son frère et ses amis au front.
Un roman qui met en valeur les femmes qui, elles, sont restées à Londres et doivent bien continuer à vivre malgré toutes leurs craintes. 
Un bel hommage aux femmes, une lecture, je ne dirais pas feeling good, mais presque.

 

La fin est un peu brutale, mais n’a en rien gâché ma lecture. 
Quelques pages supplémentaires n’auraient pas été de refus preuve que j’ai aimé cette lecture. 
 
 
 
Chère Mrs Bird de A.J. Pearce – traduction de Roxane Azimi – Roman historique – Seconde guerre mondiale – Londres – 360 pages, 21€ – Édition Belfond, collection Le Cercle, en librairie le 5 avril 
 
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