J’étais bien loin de m’imaginer la richesse de ce livre, je l’ai commencé sans relire la 4e de couverture.
L’auteure aborde un fait d’actualité, mais je vous en dirai plus après.
Malgré les aspects que j’ai aimés, j’ai un avis plutôt mitigé sur ce livre, quelques longueurs m’ont empêché d’adhérer totalement aux personnages, la magie présente ne m’a pas fait rêver, mais m’a parue brouillonne ou pas assez exploitée.
Des thèmes qui arrivent à la fin m’ont paru plus intéressants.
Revenons à l’histoire.
2007, nous suivons Fabia Moreno et sa fille Ella lors de leur emménagement à York. Elles ont quitté le sud de l’Angleterre pour cette ville du nord. Fabia veut réaliser son rêve, passionnée de mode surtout des années 30 et 50, elle décide d’ouvrir une boutique de vêtement de marque vintage.
Robes, accessoires, chaussures, tout ce dont une femme peut rêver.
Fabia a un don pour dénicher la tenue qui redonnera confiance en sa cliente, qui la mettra en valeur même quand les femmes n’ont jamais osé porter de robe ou de pantalon.
Tandis que le magasin de Fabia prend forme ; Ella 15 ans suit les cours dans son nouveau collège.
Autant Fabia est excentrique autant Ella est renfermée ; elle ne porte que du noir pour éviter qu’on ne la remarque.
Passionnée de littérature, c’est dans les livres qu’elle trouve du réconfort.
Elle se fait quand même deux amis. Billy et Katrina. Billy est son meilleur ami, Katrina, jeune fille riche et hautaine, je dirais qu’elle se sert d’Ella pour ne pas être seule.
Ella est mystérieuse, ne parle quasiment pas, mais surtout ne comprend pas sa mère.
Fabia, sa mère, lui cache quelque chose, Ella le sait, mais quoi ?
Il ne s’agit pas de son père Enzo, immigré italien décédé alors que Fabia était enceinte, non sa mère a des tocs incompréhensibles pour la jeune fille, pourquoi coudre des mots magiques dans les ourlets des robes des clientes, qui est Maddar — Bozorg dont les enveloppes bleues couvertes de timbres du bout du monde les suivent ? Et cette valise dont sa mère ne veut pas lui montrer le contenu.
Cette méfiance qu’elle a envers les hommes et surtout envers ce conseilleur municipal Pike.
Sophie Nicholls mêle magie et actualité à son récit, si j’ai décroché à certains passages concernant justement ces pouvoirs que semblent détenir Fabia et Ella, un don qui semblent les alerter d’un danger, j’ai aimé suivre ces 2 femmes, oui c’est paradoxal puisque je suis mitigée, mais l’auteure a réussi à me faire poser plein de questions dont je voulais la réponse.
De plus, l’écriture est fluide, elle nous entraîne facilement dans le monde de la mode avec les descriptions des tenues, des marques, des matières. Un des aspects qui m’a fait le plus rêver alors que là il n’y a point de mystère.
On vit avec elle l’effervescence qui s’empare rapidement du magasin, jusqu’à ce son passé décide de la rattraper alors qu’elle vivait enfin son rêve, qu’elle avait rencontré un homme charmant en la personne du docteur David. Ella de son côté s’attache de plus en plus à Billy, mais elle sent qu’une catastrophe va arriver.
Ce côté mystérieux, la magie et le passé que cache Fabia nous poussent à continuer même si comme je vous le disais j’ai ressenti quelques longueurs, il y a plusieurs rebondissements dans la vie des deux héroïnes qui m’ont permis d’apprécier quand même ma lecture.
On comprend Ella qui est une adolescente en révolte contre sa mère, elle est gênée que sa mère ose porter des tenues voyantes, qu’elle dise tout haut ce qu’elle pense, même et surtout, devant Billy.
C’est à ce dernier que je me suis le plus attachée, Billy ne vient pas d’une famille aisée, il est courageux, loyal et patient avec Ella.
Il est toujours là pour elle, un précieux soutien à côté de Katrina et de sa mère jean Cushworth.
Ces deux-là je les ai prises en grippe directement.
On comprend aussi les raisons de Fabia, on apprend une partie de son passé grâce à ses souvenirs, aux lettres de Maddar — Bozorg.
2 femmes différentes, opposées, l’une rêveuse, l’autre organisée, l’une excentrique l’autre simple, parfois les rôles s’inversent et on se demande qui est la mère et qui est la fille, toutes deux issues d’une lignée de femmes fortes, mais cela on ne l’apprend vraiment qu’à la fin.
L’épilogue est beau, fort et donne une admirable conclusion au récit. J’ai vu que c’était une saga, alors même si je ne le note qu’à 14/20 j’ai suffisamment d’éléments pour avoir envie de lire la suite des aventures de Fabia, Ella et la génération suivante.
Le thème du livre est bien loin des futilités de la mode : l’émigration, la méfiance des gens depuis les attentats de 2001. Ce n’est pas présent tout au long du livre, mais c’est ça qui relie les 2 femmes, déjà rejetées en tant qu’émigrée Italienne, mais si elles étaient d’un autre pays ? Comment les gens les considéreraient ?
L’auteure vous parle des conditions misérables de Calais, c’est un regret que j’ai, la fin du roman m’a beaucoup plus intéressée, j’aurais aimé que l’auteure le développe plus tôt.
De la mode, de la magie, une relation mère-fille, une histoire de génération, d’un pays perdu, d’un passé qu’on s’efforce d’oublier.
Comme vous le voyez, j’ai aimé ce roman même si j’ai quelques regrets. Il m’a fait énormément penser au film « Chocolat » avec Juliette Binoche même si le magasin est différent.
Une robe couleur de vent de Sophie Nicholls – roman contemporain – 331 pages, 15,90€ – Édition Préludes, en librairie le 4 octobre 2017
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