Voilà une sortie que j’attendais depuis l’année passée quand Pauline Mardoc en avait fait un thread sur Twitter.
Directement, je l’avais précommandé.
Aussitôt reçu, jeudi matin aussitôt lu.
Il faut que tu saches que j’ai un cœur de guimauve. Une très forte sensibilité, oui hypersensible, mais, que veux-tu, je ne vais pas changer à 40 ans si ?
Si je te le dis, c’est que ce roman va parler différemment aux lecteurs suivant leur vécu ou leur sensibilité justement
Tu suis Jessie, 16 ans, voilà deux ans que sa mère est décédée et son père lui annonce un soir qu’ils quittent Chicago pour la Californie.
Il a épousé une femme qu’elle ne connaît pas et celle-ci l’a inscrite dans un collège privé. Le lycée Wood Valley.
Jessie est complètement perdue dans ce nouvel établissement ; elle vient d’un collège public, elle n’a jamais dépensé l’argent à tort et à travers, mais surtout elle se sent terriblement seule ; sa meilleure amie Scarlett lui manque ; sa mère et son père qu’elle n’a plus l’impression de connaître.
Un mystérieux personnage qui se nomme lui-même comme Personne-En-Particulier se propose de devenir son guide spirituel par email pour qu’elle puisse comprendre les codes de la jungle de Wood Valley.
Avec qui être amis ; quels sont les bons professeurs, les repas à éviter ; ainsi de suite ; tout ce qu’il ne veut pas c’est lui révéler qui il est.
Il la connaît, mais Jessie n’a absolument aucune idée de qui ça peut être ?
Au fur et à mesure des échanges, l’amitié virtuelle augmente au point qu’ils en viennent chaque matin à se confier 3 faits sur eux et bien moi je vais te donner trois raisons de lire ce roman !
1) Jessie.
Une héroïne que je considère comme une Book girlfriend.
Une bonne copine, une petite sœur que j’aurais envie de protéger.
Elle est forte malgré qu’elle pense le contraire.
Elle affronte les changements qui vont s’opérer dans sa vie avec beaucoup de maturité.
Pleine d’humour et d’amour.
D’amour pour sa mère dont elle parle tellement bien qu’elle m’a serré le cœur.
La perte d’une mère est toujours, je pense, peu importe l’âge, une étape horrible, Jessie te raconte comment elle avance malgré tout, même si son deuil n’est pas encore fait même si elle compte en mois, jours et heures la disparition de sa maman.
Obstinée, ce n’est pas la garce de Ruby qui la fera pleurer ou plier l’échine et en plus elle adore lire ; elle va même trouver un petit travail dans une librairie, car elle refuse de vivre aux crochets de Rachel, la nouvelle épouse de son père.
Un personnage superbement construit. Elle a des réactions et des questions propres à son âge, elle m’a fait rire, elle m’a émue.
Quand Jessie se perd parmi ses questions, quand elle se débat avec sa tristesse et sa solitude tu ressens tout.
Elle est sarcastique, elle aime l’humour noir et je valide.
J’ai fortement apprécié que l’auteure fasse de Jessie, un personnage qui ne se résigne pas à ce que tout lui tombe tout cuit dans le bec ; elle aurait pu, largement, profiter de l’argent, du confort qui lui est offert à LA, mais non elle veut pouvoir se débrouiller seule. Par fierté et par maturité, aussi. Qui peut dire que demain elle sera encore à LA ?
2) Le suspens.
Parfois, dans certains romans, les échanges épistolaires lassent parce qu’ils sont répétitifs, ce n’est pas du tout le cas ici.
Que cela soit par e-mail ou SMS jamais ils ne se pas toujours disent la même chose.
Ils ont des échanges profonds sur leur vie et d’autres avec beaucoup d’humour et de jeux de mots.
Tu te demandes tout du long qui peut bien être ce PEP.
Tu émets des hypothèses comme Jess.
Tu te prends à espérer comme elle que cela soit un des garçons rencontrés puis tu doutes ; est-ce que ce ne serait pas un canular monté de toute pièce pour faire marcher la nouvelle ?
L’auteure arrive à te faire douter jusqu’à deux pages avant la fin et cette fin, parlons-en !
Mon cerveau a eu un bug, je ne peux pas te dire pourquoi, mais Julie Buxbaum à ce passage est sadique avec son lecteur.
3) Les thèmes abordés.
C’est avant tout le thème de deux familles qui se reconstruisent après un deuil.
Jessie et son père ont perdu leurs mère et épouse, Théo et Rachel ont perdu leurs père et époux.
C’est toute la dynamique des deux familles qui est bousculée, ils ne se connaissent pas, ils sont pleins d’a priori, mais au final tu comprends que ces êtres souffrent tous profondément, qu’ils essaient de reconstruire une famille, mais c’est difficile.
Au fur et à mesure, Theo qui m’a paru antipathique change envers Jessie, il m’a fait fondre le cœur ; Rachel est bien plus que cette riche veuve ; le père de Jessie, quand il va se livrer à elle, ce passage est fort, il est pudique, il ne sait pas comment exprimer son amour, il va le faire de la plus jolie des façons.
Jusque là, ils en étaient arrivés à un point où ils se parlaient par SMS.
Bien d’autres sujets sont traités dans ce roman comme la drogue, le harcèlement scolaire, la maladie, les apparences.
J’ai aimé chacun des personnages.
Mme Pollak, la prof de littérature ; Ethan , le mystérieux garçon solitaire toujours en train de lire ; Liam, le beau gosse du Lycée et chanteur dans un groupe de rock qui tourne bien ; Scarlett la meilleure amie de Jessie qui continue à lui envoyer des SMS et la soutenir ; Adrianna, la nouvelle amie que Jessie s’est faite.
Tout ce petit monde qui gravite autour de Jessie est intéressant, attachant et mystérieux, car bien sûr toi tu cherches toujours qui est PEP (Personne-En-Particulier) qui semble être au courant des moindres faits et gestes de Jessie, au lycée ou lors d’une fête.
Un livre qui se dévore, une lecture très fluide et moderne, aucune monotonie ni temps mort grâce aux pensées de Jessie, à sa nouvelle vie que tu suis, et bien sûr grâce aux échanges de SMS que cela soit avec PEP, Scarlett ou Adrianna.
Même si cela peut paraître une banale histoire, eh bien non, mon petit cœur de guimauve a eu plusieurs fois les larmes aux yeux, pas au moins de verser de gros sanglots, mais de belles émotions m’ont traversée.
Lis ce livre, je crois, que ce sera une lecture forte pour les ados ou adulte qui vivent un deuil, ou l’ont vécu.
Pour ceux qui se sentent seuls même s’ils sont entourés, pour ceux qui changent de vie ou de villes.
L’auteure dit une phrase très juste ; pour se sentir chez soi ce n’est pas nécessairement un lieu, une maison, mais, c’est être avec la (les) personne(s) avec qui l’on se sent bien.
Trois de tes secrets de Julie Buxbaum – Traduction de Maud Desurvire – Young Adult – 384 pages, 17.90€ – Édition Pocket Jeunesse, collection Territoires, en librairie le 18 janvier 2018
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