Il y a certains voyages qu’on n’aimerait jamais avoir à faire.

Et que l’on fait pourtant s’ils offrent le seul moyen de survivre.
Été 1990.
Afsana, 15 ans, se trouve à bord du Transsibérien vers la Russie. Elle vient de loin. De très loin. Sa ville, Kaboul, l’endroit où elle se sentait jadis chez elle, a été ravagée par la guerre civile, suite à l’arrivée des talibans.
Depuis, Afsana et les siens sont en fuite, parcourant le pays d’un bout à l’autre, en perpétuelle recherche d’un lieu où enfin trouver la paix.
Cet ultime trajet en train est l’occasion de se remémorer les événements qui ont précédé le départ, mais aussi toutes les étapes de cette longue fuite en famille.
Afsana se souvient de la belle maison au coeur de la ville et de l’arbre de Judée dans le jardin, de l’amour de ses parents, de leur foi en l’avenir. Du bonheur d’être unis.
Mais aussi de l’horreur qui s’immisce progressivement dans le quotidien et qui finit par les contraindre à partir.
Avec, au bout du voyage, une unique question : comment recommencer lorsque tout a été perdu ?
Mon cher lecteur, aujourd’hui je t’emmène en voyage à bord du transsibérien à la rencontre de Afsana et des siens.
« Il y a des voyages qu’on n’aimerait jamais avoir à faire. Et que l’on fait pourtant s’ils offrent le seul moyen de survivre »
Au moment où j’écris ses lignes quelques jours après ma lecture je peux te dire que c’est un coup de cœur ; en tout cas, un livre que je n’oublierai pas.
Tu le vois, je lis de tout, des histoires plus légères, du fantastique, mais j’ai toujours cette passion pour l’histoire qui reste importante pour moi.
L’histoire en général, mais aussi l’histoire des peuples et des nations de notre planète.
Avec sous les étoiles silencieuses j’ai appris à connaître Kaboul juste avant le départ des Soviétiques et l’arrivée des talibans, j’ai aussi replongé dans le passé avec les goulags sous Staline, et j’ai relu en compagnie de Afsana, Anna Karenine. Tu mélanges tout cela même s’ils n’ont d’apparence aucun point commun et tu entres dans ce wagon à bord du Transsibérien ou Laura McVeigh va te narrer l’histoire de Afsana et de sa famille ainsi que celle de Napoléon, le contrôleur du train qui les protège et s’est attaché à eux.
« J’avais cinq ans lorsque nous avons quitté Kaboul pour de bon. C’est une chose terrible que de fuir sa maison en pleine nuit, de voir la peur dans les yeux de ses parents et de savoir qu’on ne reviendra jamais. c’est une chose terrible que de ne plus être chez soi nulle part. Mais quand on peut plus lire, apprendre,chanter, ni même marcher toute seule au soleil, on ne peut plus vivre. »
Ce livre est découpé en 6 parties, mais pour moi il y en a surtout deux.
La première partie où tu suis la famille d’Afsana, les jeux et les disputes entre frères et sœurs : Javad, Ara, Petit Arsalan et Sitara ; les parents Baba Dil et Madar Azita qui leur racontent comment était Kaboul autrefois, quand ils pouvaient aller tous les deux à l’université.
Elle se destinait à être médecin, lui, avocat.
Le Kaboul où résonnait la musique, où naviguaient les cerfs-volants dans le ciel ; les femmes surtout, elles qui avaient une place dans la société avant que les talibans arrivent et ne prennent le pouvoir.
Dans ce long voyage d’est en ouest et d’ouest en est, ils ne savent pas se décider où s’arrêter pour être en sécurité et enfin avoir à nouveau un endroit où vivre. Juste cela. Vivre.
Ils se souviennent de la maison bleue qu’ils habitaient, d’Arsalan, l’ami de la famille, du jardin où les enfants ont passé tant de temps à regarder les pétales tomber de l’arbre de Judée sous lequel ils aimaient tant se réfugier avant que ne pleuvent les bombes.
Pour la maman Azita, ses enfants y compris ses filles doivent avoir une éducation.
Ils sont très cultivés, parlent 3 langues avec l’anglais et le russe.
Ils connaissent leur géographie.
Le soir, la famille passe un moment à écouter les histoires d’autrefois, un conte ou un opéra de Stravinsky.
Je me suis fortement attachée à chacun d’eux, que cela soit les aînés comme les plus jeunes. Forcément un peu plus à Afsana qui est la narratrice et te parle à la première personne, elle a entrepris de noter tous ses souvenirs dans un cahier afin de ne rien oublier.
Arrivée à la seconde partie, les larmes ont coulé toutes seules et j’ai entrepris un autre voyage ; celui-ci, introspectif, en compagnie de Afsana. Je l’ai écoutée raconter les horreurs de la guerre, la bestialité et la méchanceté des hommes. Mais toujours, elle a en elle cet espoir de trouver enfin le bonheur.
Elle s’interroge aussi en observant les touristes comme toi, comme moi, qui eux n’ont pas dû tout quitter du jour au lendemain, mais ils ont choisi de voyager. Où est le bonheur ? Qu’est-ce que c’est le vrai bonheur ? Elle essaie aussi de comprendre ses parents, anciens militants. Elle n’avait que 5 ans quand ils ont quitté Kaboul, malgré tout elle se souvient de certains points, mais reste avec des interrogations.
« Là, sous l’immensité du ciel criblé d’étoiles et de constellations silencieuses, si vaste et si majestueux, là j’aurais l’impression que notre périple n’a pas été vain, au bout du compte. Si seulement j’arrivais à vider mon esprit de toute pensée le temps d’écouter le ciel nocturne, j’entendrais enfin ce que l’univers veut me dire »
Et elle, dans tout cela, que va t’elle devenir ? Institutrice comme son père la voit, elle avide de savoir, passionnée de littérature passant des heures à lire Anna Karenine.
Une jeune fille de 15 ans qui en lisant s’interroge aussi sur l’amour, est-ce que c’est plutôt comme dans son roman ou comme ses parents ? Et ses parents se sont-ils toujours aimés ?
Elle te raconte comment son père se renferme et combien sa mère parvient à embellir chaque épisode de leur vie.
La première partie est plus légère que la deuxième même si tu es triste de voir cette famille de réfugiés nomades d’un bout à l’autre de l’URSS.
La seconde, m’a secouée et en même temps m’a fait moi aussi réfléchir sur le sens de la vie.
Sur ces instants de bonheurs fragiles, sur ce que l’on voit aux actualités et ce qu’il en est réellement.
Ce n’est pas le premier livre que je lis sur l’Afghanistan, par contre je pense que c’est le premier qui remonte aussi loin.
Tu vas voir le pays des années 60 à 90 tout comme l’URSS en train de changer.
Avec une écriture simple et fluide, Laura McVeigh livre ici un premier roman à la fois bouleversant et d’espérance.
Les post its sont nombreux, car de nombreux passages m’ont émue par la voix de Afsana.
Tu sais que quand je mets beaucoup de post its c’est que l’écriture m’emporte et que je ne veux pas oublier certains passages, ou parce que les mots sont beaux, qu’ils méritent de figurer dans mon cahier de citations.
« J’ai du mal à comprendre comment les hommes continuent à reproduire les mêmes erreurs, encore et encore ; des pays différents, des époques différentes, et toujours les mêmes méthodes, à base de terreur et de haine. »
Je savais que j’allais aimer ce roman, tout comme j’ai aimé ceux de Khaled Hosseini et Nadia Hashimi, mais ici l’auteure m’a vraiment surprise je ne m’attendais pas du tout à cela.
Tu vas lire le périple d’une famille de réfugiés, un périple aux mille dangers, mais l’auteure va bien plus loin que cela.
N’oublie pas que le mot voyage peut prendre plusieurs significations. Je ne t’en dis pas plus, je ne veux surtout pas te spolier.
En bref :
C’est un roman pour tous les amateurs de contemporains, ceux qui comme moi attachent une importance à l’histoire.
C’est aussi léger que dur à lire, c’est émouvant et apaisant.
Tu te sens ballottée à bord de ce wagon, mais aussi secouée.
Si tu veux en savoir plus sur Kaboul, le communisme, l’Union soviétique, sur le sort d’une famille de réfugiés comme il y en a des milliers sur les routes depuis tant d’années, si toi aussi tu cries à l’injustice je ne peux que te conseiller ce roman.
Tu te rendras compte que finalement le bonheur tient vraiment à très peu de choses et est aussi très fragile. Que l’espoir peut être aussi fort que la tentation d’abandonner.
Sous les étoiles silencieuses de Laura McVeigh -traduction de Julie Sibony – roman contemporain – Irak – Kaboul – 336 pages, 19.50€ – Editions Fleuve, en librairie le 8 février
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