Mon cher lecteur, tu connais comme moi le chanteur, mais connais-tu l’auteur ?
Vu la poésie de ses textes et les quelques phrases en 4e de couverture je m’attendais à être bouleversée. 8 phrases et j’avais les frissons :
Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?
Tu commences le livre avec l’enterrement de la maman de Bruno, 6 ans. Jugé trop jeune pour assister aux funérailles, c’est de la fenêtre de la maison familiale qu’il observera le cortège funéraire.
Qu’est ce qu’on comprend de la mort quand on est petit ?
Trop souvent, les adultes pensent nous épargner des peines en taisant ou n’en nommant pas certains chagrins.
Cali avec ses mots/maux d’enfants va te démontrer que lui il a tout compris à la vie, à la mort, mais surtout à l’amour.
Un amour total, sans limites, qu’il voue à sa maman Mireille.
Comme tous les enfants du monde il ne dose pas son amour, il est immense et c’est donc un tsunami dans son univers de petit garçon que la perte de sa maman.
Je ne peux pas te dire que c’est une autobiographie, mais je sais que la maman de l’auteur est décédée quand il était jeune. 
Qu’importe roman ou autobiographie cela n’enlève rien à la beauté et la poésie du texte.
 
Ce qui ressort de ce texte c’est la grande peur de mourir, que lui ressentent, mais aussi la peur de perdre les gens qu’il aime.
Alec, son nouveau meilleur ami, Carole, son premier grand amour, son papa qui se laisse porter par la vie, mais qui ne vit plus ; son frère, ses sœurs, sa petite chatte mimi ; qui au départ il va s’interdire d’aimer ; il lui a donné le même nom que sa maman, Mireille et si c’était une erreur de lui donner ce prénom ?
« Je le vois, maman, il fixe ton dernier lit, la banquette rouge contre le mur où je t’ai dit au revoir pour la dernière fois. La banquette rouge où tu te tenais, si fatiguée ; où tu m’as dit « je t’aime mon petit Bruno ». Tes yeux étaient devenus vides. Ceux de papa le sont encore plus. »
Il est aussi plein d’amour à donner, en manque d’amour, il recherche sa maman dans d’autres bras, il lui parle très souvent mais n’a plus de réponses, il ne comprend pas pourquoi les adultes effacent si vite toute trace de sa maman, pourquoi ils ont décidé de brûler toutes ses affaires, une seule rescapée : une photo du mariage de ses parents qui ne le quitte plus.
Écrit tout en poésie ; la gorge nouée par les mots de ce petit bonhomme, tu poursuis ta lecture sur un peu plus d’une année.
La colère qui l’emporte, mais qu’il ne comprend pas, ils souffrent de voir les gens qu’ils aiment pleurer, il a l’impression de semer la tristesse partout où il va.
Tu lis l’extinction de la flamme du foyer et la cape sombre jetée dessus.
Tu cherches avec Bruno une autre maison où il ferait un peu moins triste, tu lis les fêtes catalanes, mais est ce qu’il a encore le droit d’être heureux ? Une grande question qu’il se pose, aussi jeune qu’il soit.
Un texte absolument bouleversant, poétique, écrit tout en pudeur sur ses maux d’enfants avec ses mots d’enfants.
La dissolution de son foyer qui tient à moitié debout ; un papa devenu silencieux ; une sœur de 12 ans qui prend le relais de sa maman.
Tu lis ses espoirs et ses attentes, tu lis la religion en laquelle il ne croit plus ; il est où ce dieu qui lui a pris sa maman ? Tu penches ta tête sur la stèle de la défunte et tu écoutes avec lui ce silence, ce vide laissé. Plus aucun cœur ne bat sous la pierre, mais bat très fort dans le cœur de Bruno.
C’est le petit Bruno, le narrateur, tu as l’impression qu’il te prend la main et te chuchote tous ses secrets dans ton oreille et que tu les accueilles au plus profond de ton cœur et de ton âme de lecteur.
Comme je te le dis, c’est poignant, mais tu lis aussi les bêtises d’un enfant, des enfants de cet âge. Bruno entouré, mais si seul avec son chagrin qu’il ne peut nommer même s’il comprend beaucoup de choses que l’on ne prononce pas devant les enfants comme son papa qui se tait ou qui sent bizarre, son papa qu’il ira chercher en lui donnant la main au bistro d’en face pour l’emmener loin de cet endroit qui ne sent pas bon. Qui est l’adulte ? Qui est l’enfant ? Je ne jette pas la pierre du tout aux adultes, mais la maturité de ce petit garçon de 6 ans est étonnante ; il comprend tellement de choses, mais il ne sait comment les nommer.
Tu l’aimes cet enfant, tu as envie de lui donner la main et de ne jamais la lâcher.
Tu comprends aussi quelle difficulté ce sera pour lui d’aimer.
Tu as envie de répondre aux questions qu’il se pose, mais qu’il ne dit pas.
Un petit cœur de 6 ans avec une tonne d’amour et de tristesse qui parfois déborde et parfois pas, un immense flot d’amour et un profond respect qu’il a pour ses aînés et son papa. Mon père, ce héros.
Cali, une souris de Belgique non pas fan du chanteur, mais amoureuse de tes textes et paroles, te remercie pour ce moment de grâce et de poésie. Merci pour ce cœur, ces larmes glissées dans ses pages, ce sourire aussi minuscule soit-il par moment.
Un superbe témoignage, poignant qui m’a pris aux tripes.
Un roman qui parlera a beaucoup d’entre vous, mes lecteurs, tous, nous avons croisé de près ou de loin la perte d’un être cher quand nous étions enfant ; tous, nous n’avons peut-être pas compris à ce moment-là ce qu’il se passait.
« Derrière toi il y a la nuit – et le cimetière désert.
Derrière toi, il y a nous.
Ils n’ont rien brûlé.
Rien de ce qui compte vraiment.
Tu es là, ma belle maman.
ta peau est immense quand elle me touche. Ta voix est la bonté même quand elle me raconte qu’on ne va pas mourir. Jamais. »
Seuls les enfants savent aimer de Cali – Roman – 192 pages, 18€ – Édition du Cherche Midi, en librairie le 18 janvier 2018
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