Au moment où Donald Trump accède au pouvoir, Benoit Cohen, cinéaste français installé aux États-Unis, apprend que sa mère s apprête à héberger, dans l hôtel particulier du 7e arrondissement où elle vit seule, Mohammad, un migrant afghan. Alors que Benoit Cohen s insurge contre ce président raciste qui menace de fermer les frontières, il ne peut s empêcher de s inquiéter pour sa mère qui, sans lui en avoir jamais soufflé mot, ouvre sa porte à un étranger. Il revient alors à Paris et rencontre Mohammad. Ce garçon qui, de déracinement en déracinement, a grandi, à l instar des chats, sept fois plus vite qu un jeune occidental, va lui confier son histoire. Entre Benoit, exilé volontaire, et Mohammad, réfugié malgré lui, une relation intense se noue, sous le regard de Marie-France, qui vient compléter cet improbable trio. Dans ce récit singulier, Benoit Cohen décrit, non sans humour, ce chemin exaltant et complexe qu est la rencontre de l autre et s interroge sur ce que « donner » veut dire.



Mon cher lecteur, aujourd’hui, en terminant ma lecture, je suis au-delà de faire connaissance de la plume de l’auteur, j’ai surtout appris à connaître l’homme derrière ses mots.
Un homme aux multiples casquettes, un homme profondément humain et qui m’a, plus d’une fois, fait me poser et réfléchir.
Un homme, mais je devrais deux hommes, Mohammad, je ne te connais qu’à travers ces lignes, je ne t’ai rien apporté, mais tu m’as comblé.
Tes valeurs, ton périple, ton histoire, ton vécu, tes ressentis, ta profonde sensibilité, ta soif d’apprendre, de comprendre et de te comprendre m’ont donné à moi, lectrice, Belge de 41 ans, un énorme élan d’énergie.
Je suis persuadée que tu changeras de nombreuses vies, regarde, tu as déjà commencé avec Marie-France et Benoit, ainsi que tous ceux qui ont, un jour, croisé ta route, tu changeras la vie de chaque lecteur de ce roman.

Mon cher lecteur, tu sais comme j’aime dire qu’il est nécessaire de faire passer les bons livres pour faire passer les messages.
Celui-ci en fait partie. Il faut le faire passer, il faut que tu le lises.

Ce qui ressort de ce live en premier lieu c’est le respect et l’amour.
L’amour fusionnel entre Benoit et sa mère Marie France, point besoin de long discours, ces deux-là se comprennent en une seule phrase.
L’amitié naissante entre Benoit et Mohammad est une amitié qui est faite pour durer, une amitié établie qui accueille l’autre dans toute sa complexité.
Le respect des autres de Marie France m’a profondément touché.
Quelle femme, quelle mère extraordinaire ! Jamais elle ne s’impose (sauf en décoration😉) elle n’impose aucun choix de vie, elle donne son avis oui, que ce soit à ces 3 fils ou à Mohammad.
Une femme exceptionnelle, qui vit et comprend le monde dans lequel nous vivons. Une femme qui refuse de se replier sur ses acquis et son confort parisien. Une femme âgée, mais si jeune de caractère et si ouverte d’esprit.
Un modèle même si je ne crois pas qu’elle sera heureuse que j’écrive ceci.
Benoit et sa maman ont en commun beaucoup de choses, mais tous deux sont avant tout humbles.
Je refuse qu’on dise que ce roman est un énième livre sur les réfugiés, il est à part, c’est l’histoire de 3 personnes ; différentes de par leurs origines, leurs personnalités ou leurs aspirations, mais que l’amour unit. Cette façon d’apprivoiser l’autre, de ne pas le brusquer, de ne jamais forcer et sûrement pas obliger. On sent beaucoup de pudeur et de retenue autant dans les mots de Benoit que dans ceux de Mohammad. Ce qu’ils ressentent profondément l’un et l’autre leur appartient et je le respecte.

Je vais maintenant parler personnellement à chacune de ces 3 personnes, tu le sais maintenant, mon cher lecteur, que quand un livre m’a plus marqué qu’un autre j’ai besoin de leur glisser mon ressenti, qu’ils soient êtres de papiers ou non comme ici.

Marie-France, je sais, tu n’aimes pas ce statut de personne remarquable tu le dis à ton fils, mais je suis d’accord avec lui
« il faut que cela se sache pour que d’autres aient envie de suivre ton exemple. »
Nous avons en commun l’amour des livres ancrés dans le réel, notamment, mais aussi celui de ne pas détourner le regard de l’autre, l’empathie sincère et non pas qui sert de faire valoir, cette façon de décrypter ce que l’on veut nous faire croire lors des journaux télévisés, informations parfois, désinformation souvent.
J’ai tant à vous dire, tout comme à Benoit et à Mohammad, mais c’est tellement difficile d’exprimer en mots mon ressenti.
Je vous dirai juste merci, merci pour Mohammad, pour eux, pour moi aussi.
Sans vous rien de tout ceci n’aurait été possible.
Oui, je sais que vous allez me dire qu’il y a des millions de Mohammad, mais ce roman, poussera, je pense, j’espère, à ouvrir encore plus les esprits.
Cette phrase je l’ai notée pour mes enfants adolescents :
«chérir la différence de nos enfants et la vie qu’ils choisissent vers leurs bonheurs ».
Merci elle est pleine de sens pour moi, j’essaie de l’appliquer chaque jour auprès de mes 3 ados.

Benoit, je suis vraiment désolée, mais je ne suis absolument pas cinéphile, je ne te dirai pas que oui j’ai vu tes films ni lu ton premier livre pour bien me faire voir, quand tu m’as contactée je ne te connaissais pas du tout.
J’ai aimé et apprécié ce regard que tu portes sur cette Amérique où tu vis, j’ai ressenti le même malaise que toi et que tant d’autres, tu l’as écrit, Fernando te l’a dit, quand on aime un pays on reste et on résiste.
Je suis bien d’accord, que chacun à notre manière, à notre échelle, suivant nos possibilités, on peut résister.
Ce livre est un merveilleux roman lumineux, différent, car il donne la parole et rétablit l’humanité perdue.
Tu leur as rendu la parole, tu apprends à cesser de déshumaniser.
En effet ils s’appellent avant tout Hakim, Farah, Ali, Hamze, etc., ils ont un métier, ils ont un passé, ils ne sont pas que réfugiés.
L’association SINGA a tout compris à mon sens comment faire bouger les choses.
Ils ont compris, en effet, que c’est vers du positif qu’il faut parler aux Européens, ce n’est pas seulement qu’un petit pourcentage d’un pays, mais des millions de personnes.
Tendre la main.
Tu l’as tendu à ton tour cette main.
Je suis certaine depuis des années, que les livres transmettent poussent à la réflexion quand ils sont écrits avec authenticité et celui-là l’est.
Plus authentique, je ne pense pas que tu aurais pu l’être davantage.
Si Marie France, ta mère, est un exemple, tu es toi un modèle pour ceux qui refusent de plier.
À la fois chêne pour ta famille, ton épouse et tes enfants et roseau, il n’est pas né celui qui te fera plier et te taire. Merci !
Ces passages sur ton père m’ont énormément touchée, tout en finesse et délicatesse comme le reste tu lui as rendu un puissant et vibrant hommage.

Mohammad, je termine par toi, non pas parce que tu comptes moins, non au contraire, j’ai l’espoir de peut-être un jour pouvoir te rencontrer même si je serais très intimidée face à toute ta culture et ton intelligence.
Je ne tutoie pas par manque de politesse ; à vous 3 vous êtes entré dans ma vie de lectrice et dans ma vie personnelle.
Je vous considère avec beaucoup de respect tous les trois.
Tu m’as ébranlée, tu déclames des vérités, qui devraient être universelles, sans probablement t’en rendre compte.
Tu n’as oublié aucune des personnes qui ont eu la chance de croiser ta route, ce n’est pas toi le chanceux, c’est eux, c’est nous.
Je te vois comme une étoile, une étoile qui brille plus fort que toutes les autres, ta lumière rejaillit sur les autres et fait rayonner davantage.
Tu le dis, ton père est un homme généreux, tu l’es encore plus. Tu donnes sans compter.
Jamais tu ne t’es résigné, toujours tu as continué à avancer.
Tu refuses qu’on t’impose ton futur.
Tu t’en es voulu de ce passage à vide quand enfin tu as pu poser ton sac à dos, ne plus avoir peur.
Comment faire quand toute sa vie on n’a connu que l’humiliation, le danger, la crainte ?
C’est toi qui donnes de l’amour même si tu penses ne plus pouvoir, car tu ne t’aimes plus.
« Il s’allonge à nouveau et essaie de reprendre ses esprits. Il s’en veut terriblement de ne pas pouvoir montrer plus de gratitude. Toutes ces années d’errance, d’incertitude, de tension, de violence, l’ont asséché. Il n’arrive pas à avoir de compassion, d’empathie, ni le moindre altruisme. Comment fait-on pour donner de l’amour quand on ne s’aime pas soi-même »
Tu es jeune, mais tu te sens vieux, « comme un chat, il a vieilli sept fois plus vite que les êtres humains qui l’entourent » je te dirais moi que comme les chats tu as sept vies.
Oui, la violence que tu as connue t’a détruit, mais une infime partie de toi, cela fera partie de ton vécu, mais ton vécu ne définit pas la personne que tu es aujourd’hui ; ce sont tes choix et tes décisions, l’éducation que tu transmettras à ton tour qui feront de toi l’adulte de demain.
Ta maman peut être très fière de ce fils à la sensibilité accrue, mais aussi pour ta résilience, cette sensibilité t’a permis d’analyser, comprendre le monde qui t’entoure. Le même monde que moi, que nous, que eux.
Tu ne te penses pas assez cultivé pour t’exprimer, tu ne saisis pas toutes les nuances de la langue, mais te rends tu comptes que tu es déjà trilingue ? Je ne peux pas en dire autant et j’ai pourtant eu accès aux manuels, écoles et livres.
J’espère que Benoit, ou toi donnerez de tes nouvelles.
Tu vas me manquer. Beaucoup. Tout comme Marie France et Benoit, mais ils comprendront si je leur dis que c’est toi qui as gravé ton empreinte dans mon cœur.

Je te parle des associations à la fin, mon cher lecteur. Même si tu te dois de lire ce roman il est important que ces associations soient connues.

« Toute la différence tient en un mot : Welcome. Si on ne se sent pas le bienvenu, on ne peut pas s’intégrer. Difficile de trouver la force de se reconstruire dans un pays hostile. Cette notion d’accueil est au centre de la réussite de l’intégration. »

En bref :
un superbe roman sur deux hommes que rien ne prédestinait à ce qu’ils se rencontrent, leur enfance et adolescence ont été on ne peut plus opposées, mais ils ont pourtant tant de similitudes, Benoit partage ce sentiment de ne pas réussir à transmettre tout ce qu’il veut dire en anglais, il est comme Mohammad frustré de ne pas réussir à exposer ses idées.
Deux hommes qui ont quitté tous les deux leur pays et qui vivent en terre étrangère, l’un a pu choisir l’autre non.
Deux hommes convaincus que la seule chose qui peut sauver le monde c’est l’éducation, pas uniquement celle que tu apprends sur les bancs de l’école, celle qui passe par l’altruisme, la compréhension de l’autre sans jugement.
Je te parle des deux hommes de ce roman, mais il y a aussi et surtout Marie France sans qui rien de tout cela ne serait arrivé, je n’aurais pas lu ce livre et je ne pourrais pas t’en parler.
Un livre qui commence le jour de l’élection de Trump et qui se finit 1 an après son investiture pendant que Trump détruit, Mohammad lui se reconstruit.
Un roman qui est en dehors de la religion, les deux hommes sont athées, l’un est juif de par son père, mais ne pratique pas, il est sensible aux traditions, mais ne les célèbre pas, Mohammad lui au contraire de Benoit a toujours dû cacher son athéisme.
Il le dit si bien il le tait non pas par gêne, mais par amour pour ses parents.
Il ne s’est jamais retrouvé dans cette religion qui interdit, il veut être respecté dans son pays, en tant que hazara, il est chiite, une minorité discriminée par la majorité sunnite.
Tout jeune, il disait à ses frères et sœurs qu’il ferait science-po, qu’il ferait changer les choses, il ouvrirait l’esprit des jeunes. Je pense qu’il est bien parti pour.
Je pense que tu as compris après cette longue chronique où c’est mon cœur qui parle que je te recommande ce livre.
J’ai vécu intensément chacune de ces 276 pages.
Une écriture fluide, authentique, pudique et poétique.
Un auteur que je veux lire à nouveau.
Un roman qui pousse à l’introspection, mais qui n’a aucun ton moralisateur.
Un écrit juste, juste dans ses paroles, juste dans son ton léger et grave à la fois, juste dans sa taille.
Il n’en fallait pas plus pour faire passer ce splendide message d’humanité.
Merci monsieur Cohen, non pas de m’avoir contactée, mais pour d’avoir écrit ce livre et délivré ces messages.

« La seule chose qui peut sauver le monde c’est l’éducation. La plupart des guerres sont menées par des gens qui n’ont aucune éducation. Quand il y a des guerres, il n’y a plus de sécurité, sans sécurité pas d’argent, sans argent pas d’éducation et sans éducation, de nouvelles guerres. C’est un cercle vicieux. Quand ton seul but dans la vie est de survivre, l’éducation devient un luxe et non une priorité. » 

ASSOCIATIONS :

SINGA : http://singafrance.com

WINTEGREAT : http://wintegreat.org

FONDS DE DOTATION MERCI : http://www.merci.com/fr/fonds-dotation 

Fiche du livre : https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/litterature-francaise/mohammad-ma-mere-et-moi


❦ Mohammad, ma mère et moi ❦ Roman de : Benoit Cohen ❦ 288 pages Édition Flammarion, en librairie le 4 avril 2018 


 

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