L’heure du thé
 de Chantal Forêt
304 pages, 18.95€
Roman
Editions l’Archipel, 9 octobre 2013
Séparée de sa sœur depuis l’enfance, Nelly s’apprête à la retrouver dans un restaurant parisien. Mais Anne n’est pas au rendez-vous. 
Inquiète de son silence, Nelly se rend au domaine de la Boissière, en Auvergne, pour y rencontrer le mari d’Anne et la mère de celui-ci.
Dans la pénombre d’une demeure de maître, au fond d’un parc en déshérence, Paul et Alice Maréchal accueillent en parente celle dont ils ignoraient l’existence. La vieille dame en noir apprend alors à Nelly que sa sœur s’est tuée trois jours plus tôt dans un accident de voiture…
Malgré sa réticence à partager l’intimité de ces inconnus, les soupçons qu’elle commence à nourrir incitent Nelly à rester pour répondre aux questions qui la hantent : Comment Anne, jeune artiste bohème, a-t-elle pu épouser cet homme soumis et échouer dans ce domaine isolé ? Alice Maréchal, possessive et hautaine, l’avait-elle vraiment adoptée comme sa propre fille ? Et pourquoi Mado, la gouvernante, paraît-elle gênée par la présence de Nelly ?
Dans le silence ouaté de cette famille bourgeoise, entre l’heure du thé et celle de la promenade, Nelly, en quête de vérité, marche dans les pas de sa sœur et prend d’instinct la place qui était la sienne au sein de cette famille. Un mimétisme qui pourrait lui coûter cher…
Au fond du vieux parc où le temps semble arrêté, Chantal Forêt enferme le lecteur dans un huit-clos angoissant.
Le roman commence en 1980 et nous narre en quelques phrases pourquoi les deux sœurs ont été séparées à la naissance puis, le lecteur bascule en 2003 quand Nelly attend sa sœur à Paris.
Nous sommes directement  plongé dans l’histoire, on ressent l’angoisse de Nelly qui monte jusqu’à son arrivée au domaine de la Boissière où Alice lui annonce froidement la mort de sa sœur.
Alice est un être sournois, une vieille dame antipathique,  elle cache des secrets derrière son sourire de façade qui vous glace le sang.
Même si on comprend très vite le rôle qu’elle a pu jouer dans la vie d’Anne les révélations se font au fur et à mesure de la lecture.
Paul est un homme dépressif, complètement sous la coupe de sa mère, il lui obéit au doigt et à l’œil.
Taciturne, il n’a aucune confiance en lui, on ne sait pas très bien le cerner.
Malgré ses faiblesses c’est un personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il m’a fait froid dans le dos plus d’une fois.
Mado, la gouvernante, elle se plie elle aussi au bon vouloir de Madame Maréchal et prend son rôle à cœur,  si au départ elle est contente de l’arrivée de Nelly, elle va lui suggérer à plusieurs moments de quitter le domaine. 
Au milieu de ces 3 personnes énigmatiques Nelly veut trouver les réponses à ses questions, apprendre à connaître sa sœur, comprendre comment Anne a pu s’attacher à ces gens.
Les journées au domaine se ressemblent toutes, il n’y a pas de place pour l’improvisation, chaque geste ou moment sont les mêmes chaque jour.
Le rituel immuable c’est l’heure du thé, toujours servi à la même heure, il est très mal vu de ne pas y prendre part.
Nelly, au départ, charmée par la maison et ses habitants va très vite réaliser leurs modes de fonctionnement , les non-dits, les relations artificielles; comme si, Paul, Alice et Mado répétaient sans cesse la même pièce de théâtre.
Elle va se méfier de plus en plus de ces apparences, elle se sent épiée, surveillée et le lecteur sent lui aussi la présence furtive et angoissante d’Alice Maréchal entre autre.


 « Incapable d’exprimer une gratitude qu’elle ne ressentait pas, la jeune femme garda le silence. Elle ne savait comment interpréter le geste en apparence bienveillant d’Alice ; ses intentions ne lui paraissaient jamais claires ni totalement innocente, toujours ambiguës. Il lui semblait (…) que la vieille dame s’immisçait dans l’intimité des deux sœurs »
Avec un suspens insidieux Chantal Forêt nous entraîne dans un huit-clos, l’essentiel du roman se passant au domaine de la Boissière.
Un roman psychologique où les tensions pèsent lourd, elles sont presque palpables, on avance dans le roman avec cette sensation d’oppression, du calme avant la tempête
On se méfie de chacun de personnages.


Par son écriture l’auteure arrive à faire ressentir au lecteur ce sentiment de pénétrer dans un lieu interdit, d’être des intrus.
Le suspens est parfaitement rendu grâce aux personnages, Alice, Paul et Mado .
L’atmosphère est un point fort du roman, on sent le malaise, le danger qui semble rôder entre les murs de la maison.

« Le silence retomba, à peine troublé par le discret cliquetis des couverts. Nelly était déconcertée par l’ambivalence de ses propres sentiments à l’égard des Maréchal. Comment pouvait-elle abriter ce mélange de méfiance et d’empathie, d’hostilité et de compassion ? Quel lien subtil avait-elle noué avec ces deux étrangers qu’elle ne parvenait à aimer ni à détester vraiment . « 

La plume de Chantal Forêt est très agréable et le fait que tout soit écrit  au passé renforce encore un peu plus ce climat malsain. 
Les révélations se font petit à petit, l’auteure arrive à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout. 
Les descriptions sont parfaites, elle n’étouffe pas la lecture mais soutiennent encore un peu plus cette ambiance inquiétante.

Un roman qui remplit parfaitement son rôle.

C’est assez difficile à expliquer, en même temps on voit arriver le dénouement et malgré tout on est embarqué au cœur de l’intrigue.

Le temps semble s’être arrêté au domaine de la Boissière, le temps s’arrête aussi pour le lecteur, les pages se tournent sans que l’on s’en rende compte.

Un agréable moment de lecture dans une ambiance feutrée et angoissante. 

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