L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet 
de Rief Larsen
444 pages, 8.10€
Roman
Le Livre de Poche, 15 juin 2011
réédtion à l’occasion de la sortie du film de Jean-Pierre Jeunet

T. S. Spivet est un jeune prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Un jour, le musée Smithsonian l’appelle : le très prestigieux prix Baird lui a été décerné et il est invité à venir faire un discours. À l’insu de tous, il décide alors de traverser les États-Unis dans un train de marchandises pour rejoindre Washington DC… Mais là-bas personne ne se doute qu’il n’est qu’un enfant. Muni d’un télescope, de quatre compas et des Mémoires de son arrière-arrière-grand-mère, T. S. entreprend un voyage initiatique qui lui permettra peut-être enfin de comprendre comment marche le monde… Notes, cartes et dessins se mêlent au récit avec un humour et une fantaisie irrésistibles.


Ce livre est un livre unique pour plusieurs raisons ; tout d’abord, l’objet en tant que lui-même est magnifique, un format plus grand
et large que les livres de poche habituels ce qui a permis que chaque page soit
entourée d’annotations, de plans, de schémas, d’idées du jeune T.S. (voir
photo), ensuite unique par les mots de
l’auteur
qui vous emmènent à travers le continent Nord-américain, en
quelques phrases le lecteur est directement immergé ; unique par sa construction, comme je vous le disais le roman est
plein de notes, T.S. Spivet réfléchit tout le temps, il nous renvoie dans les
marges afin de suivre ses réflexions, une phrase, un objet, un mot déclenche
des pensées qu’il note et que nous lecteur lisons aussi ; cette façon de
construire le roman rend le personnage terriblement vivant
, comme si nous
lisions son journal intime qu’il n’avait confié qu’à nous, enfin, unique par son sujet et sa façon de
le traiter
, une intrigue qui paraît déjà originale à la lecture du résumé mais
qui est loin de révéler le trésor qu’il y a dans ce roman.

Tecumseh Sansonnet Spivet (T.S), 12 ans, vit à
Divide, Montana dans un ranch avec :
son père
, un dresseur de mustangs, passionné du Far West, sa mère, le Dr Clair, une entomologiste
à la recherche depuis 20 ans d’un coléoptère, un insecte qui peut-être n’existe
pas, Gracie, sa sœur de 16 ans, ses
passions, le théâtre et Miss USA. L’ombre
de son frère aîné, Layton
, plane encore sur la maison, il est décédé
quelques mois auparavant lors d’un accident avec un fusil. Lui ce qui le passionne c’est le dessin et la cartographie.
Alors que T.S. et
Gracie sont occupés à éplucher des épis de maïs, que sa mère s’apprête à partir
en expédition scientifique, le téléphone
sonne, un coup de fil qui va bouleverser la vie du jeune garçon, Mr G.H. Jibsen du célèbre Smithsonian l’appelle

(voir lien wikipedia) pour l’informer qu’il
a reçu le prix Baird
,
une récompense prestigieuse pour la popularisation de la sciences.
L’homme au téléphone pense parler à un titulaire de
doctorat,
T.S ne le
contredira pas. C’est son secret, aucun membre de sa famille ne sait qu’il
envoie régulièrement ses croquis à des revues scientifiques, qu’il a déjà été
publié, ce jeune prodige de 12 ans
décide d’accepter le prix et de se rendre à Washington pour prononcer un
discours lors du 150ème anniversaire de l’institution. Il fait son
baluchon et part traverser le pays.



Reif Larsen n’a pas simplement écrit un roman, nous ne lisons pas uniquement les aventures du
jeune T.S lors de sa traversée,
un voyage mouvementé pendant lequel le héros
sera confronté à son jeune âge et à des difficultés qu’il n’avait pas envisagées
(monter dans un train, la faim, etc.) mais
3 récits en un livre
.
Nous avons donc l’histoire principale, celle de
T.S. et son voyage vers Washington
,
un 2eme récit qui s’entremêle avec le
sien celui de son ancêtre, Emma Osterville
, une scientifique qui consignait
tout dans des carnets et que T.S a emporté avec lui pour son périple. Des
écrits qui l’aideront lui mais aussi à comprendre un peu plus sa mère et enfin un 3eme récit avec toutes les
annotations tout autour du texte principal
. 
Ces digressions prennent
vraiment tout leur sens et nous permettent de saisir toutes les facettes de
T.S.
, des dessins, des plans, des notes, des réflexions qu’il fait sur sa vie,
sa famille, tout est bon à être dessiné ou retranscrit.
Parfois une simple
illustration avec un texte fort qui nous montre peu à peu la cicatrice profonde
et invisible du jeune garçon.

Ce n’est pas un banal roman gentillet d’aventures
même si l’écriture de Reif Larsen est simple et accessible, que les mots
coulent de source, la lecture se complique par les croquis et annotations
qu’on ne peut s’empêcher de déchiffrer en lisant.
Déchiffrer car, des flèches vous indiquent quel dessin ou note lire et quand
les lire.

J’ai lu le roman 2
fois, une première fois en m’attachant plus spécialement à l’intrigue principale,
à savoir comment T.S. allait pouvoir arriver à son âge et sans aucune
préparation ni moyen à traverser de part en part le continent mais en lisant
quand même les annotations,
j’avoue pas toutes ; ensuite j’ai repris le livre une seconde fois, là j’ai
vraiment lu note par note, explications et dessins avec le texte et c’est là
que se révèle tout le talent de l’auteur et la beauté de ce livre.
C’est l’ensemble qu’il
vous faut lire, du sérieux avec des
définitions ou articles scientifiques pointus, de l’humour avec les jeux de mot du jeune garçon, de l’émotion, un roman complet.





Vraiment un très beau récit initiatique ! Je
me suis fortement attachée au héros, le fait que ce soit le narrateur y a
contribué
mais pas seulement, T.S. au
cours de son épopée se pose des questions existentielles
, (
quand un enfant
devient-il adulte, comment 2 êtres aussi différents que ses parents ont pu s’aimer
et se marier, les rêves que l’on fait enfant se réalisent-ils tous, comment se
remet-on de la perte d’un être cher, comment sait-on si on est bon ou mauvais, etc.
), ses
interrogations sur la Vie, ce regard d’enfant sur le monde qui l’entoure m’ont parfois
bouleversée, parfois fait rire, certaines ont trouvé résonances en moi, toutes
sont intéressantes et surtout rendent T.S tellement présent et vivant.

Même si j’ai trouvé quelques longueurs au roman, surtout dans
la dernière partie, c’est vraiment
le seul reproche que je pourrais lui faire.

J’ai vraiment apprécié ce roman « extravagant » pour
son fond et sa forme
, ce voyage sur terre et dans les pensées du héros.

Une lecture pas si simple qu’il n’y paraît mais qui ne vous laissera pas indifférent que ce
soit juste en vous basant sur le voyage du héros, qui vous divertira grâce aux
notes du roman allant de la carte à la recette de cuisine.


Je n’ai pas encore vu le film, je suis curieuse de le voir maintenant que j’ai lu
le roman de Reif Larsen, je me demande
comment les scénaristes ont pu retransmettre le travail de l’auteur même avec l’aide de la 3D. 

Un travail
qui a dû lui demander de nombreuses heures pour son intrigue mais surtout pour
ces nombreuses recherche scientifiques au sens large, l’auteur a vraiment
poussé ses réflexions jusque dans le moindre détail.

Dans cette réédition, en fin de volume, on trouve un entretien entre Jean-Pierre Jeunet et un journaliste qui explique sa manière de réaliser le film, comment il a connu le livre, etc. c’est très intéressant à lire , je n’ai qu’une envie c’est de voir le film. 

Quelques citations : 
« J’ai un peu honte de
l’avouer, mais même si j’étais à peu près sûr que tout ce qu’il disait été très
raciste et très grave, je crois que j’aimais bien Ricky. […] Est-ce que c’était
mal ? Que se passe-t-il quand les mots sont mauvais mais que le sentiment qui
les enveloppe est bon ? J’aurais peut-être dû lui dire de la fermer et
descendre illico du camion, mais j’étais tellement fatigué, et il faisait si
bon à l’intérieur… »
« On est un vrai adulte
si : 
1. On est toujours fatigué. 

2. On n’a pas hâte
que ce soit Noël. 
3. On a très peur
de perdre la mémoire. 
4. On travaille dur
toute la semaine. 
5. On porte des
lunettes de vue autour du cou et on oublie toujours qu’on porte des lunettes de
vue autour du cou. 
6. On prononce les
mots : « Je me rappelle quand tu étais grand comme ça » et on secoue la tête en
faisant une UA-1, UA-24, UA-41, qu’on peut traduire grossièrement par : « Je
suis très triste parce que je suis déjà vieux et que je ne suis toujours pas
heureux. 
7. On paie des
impôts et on aime bien s’énerver avec d’autres adultes en se demandant « ce
qu’ils peuvent bien faire avec tout le fric qu’on leur file ». 
8. On aime bien
boire de l’alcool tous les soirs tout seul devant la télévision. 
9. On se méfie des
enfants et de ce qu’ils peuvent avoir derrière la tête. 
10. On ne se
réjouit de rien. »


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