Stoppe le magicien
Vole le Livre
Sauve le futur
De nos jours à New-York : les magiciens vivent terrés dans Manhattan, qu’ils ne peuvent quitter sous peine de mort. Esta, une magicienne à l’affinité hors-norme, a le don de voyager à travers les époques et de figer le temps. Elle seule peut se rendre en 1902. Là où tout a commencé. Là où le Magicien s est jeté du haut du pont de Brooklyn avec l’Ars Arcana, le Livre ancien contenant tous les secrets, condamnant la magie a des lendemains sans espoir…

Quand tu liras cette chronique, j’aurai lu ce roman il y a déjà quelque temps, nous sommes le 15 juillet et le livre ne sort que le 19 septembre. Comme il me tarde de vous parler de ce beau bébé de 646 quand vous aussi vous l’aurez lu.
Tu le sais quand il y a de la magie dans le thème direct cela me parle, mais en plus ici tu as des voyages dans le temps, plus particulièrement en 1902.
Le New York de 1902 te dépayse totalement ; Lisa Maxwell t’entraine dans ces rues de Manhattan où les gangs sévissent, où les quartiers sont divisés.

L’intrigue : Esta de nos jours est envoyée par le professeur Lachlan pour sa mission la plus importante jusqu’à présent, la plus importante, mais aussi la plus lointaine et longue dans le temps. Elle doit empêcher Le Magicien de détruire Le Livre.
Un livre qui permettrait de détruire la barrière magique de Manhattan.
Dans le roman de Lisa Maxwell, les magiciens sont ostracisés, ils peuvent entrer dans New York, mais la magie les empêche d’en sortir.
Quiconque franchit la barrière se retrouve privé de ses pouvoirs et bien souvent en meurt.
De nos jours, la magie a fort diminué, avec le temps elle s’est altérée.
Il faut retrouver le livre et changer le passé et donc le futur.
Pas si simple pour Esta qui sait que la moindre altération du passé change beaucoup le futur, qu’est-ce qu’elle va retrouver en rentrant si jamais elle réussissait sa mission ?

 

Le livre commence lentement, ne t’attends pas à lire une histoire haletante du début à la fin, car ce n’est pas le cas. J’ai dévoré ce beau pavé en deux jours, et maintenant tu sais quoi ? Je pleure pour avoir la suite. Le final est un gros retournement de situations, des révélations inattendues.
Un cliffhanger que je n’ai pas du tout vu arriver.
Les lecteurs américains le comparent à la saga de Leigh Bardugo : Six of Crows, honte à moi, je ne l’ai toujours pas lu alors que les tomes sont dans mes bibliothèques.
En tout cas ce qui est certain, c’est que, si tu aimes les vols, les ruses, les faux-semblants, les rôles à jouer, les mensonges, les coups de poignard dans le dos. Si tu aimes ne pas savoir comment et en qui avoir confiance, comme notre héroïne, Esta, avec en plus des pouvoirs magiques ou des affinités comme c’est écrit dans le livre alors tu vas adorer cette saga.
Si j’ai autant aimé ce premier opus malgré le temps qui passe lentement c’est pour les personnages. Ceux du passé, plus particulièrement.
C’est en 1902 que tu passes la plupart du temps.
Il y a Esta bien sûr notre personnage principal du présent, mais aussi Harte, le magicien du passé, Dolph ; chef de gang de ceux qui ont du pouvoir, Viola, Tillie, Nibs, Jack.
Ceux que j’ai préférés ? Dolph, Esta et Harte, j’y reviendrai ensuite.

 

Pour qu’une saga ou un roman soit réussi pour ma part en plus de l’intrigue et des personnages il faut que l’écriture m’emporte, et c’est le cas.            
Même si je t’ai parlé de tempo plutôt lent, ce n’est pas pour autant que je me suis ennuyée, Lisa Maxwell prend le temps de développer non seulement son intrigue, te faisant comprendre les enjeux du passé et du futur, mais elle t’écrit en plus une psychologie fine de ses personnages.
Fine et élaborée, rusée aussi ; bien intelligent sera celui qui arrivera à deviner ce qu’il va se passer, à moins que comme Esta tu saches tisser les lignes du temps ?
En plus de tout cela j’ai aimé que le monde magique de Lisa Maxwell ne soit pas sans te faire penser à notre monde actuel et les pays, religions, minorités rejetées ; ici, elle parle de la migration des magiciens qui pense trouver à New York une ville où ils ne seront plus persécutés et se retrouvent pris au piège.
Cette barrière créée sur le pont de Brooklyn pour détruire les magiciens m’a fait penser à ce qu’il s’est passé dans les années 30 et 40 et encore aujourd’hui dans certains pays du monde.
L’ostracisation, la méfiance, les délations, les tortures, les opprimés asservis, les agissements en secret, les frappes discrètes, les incendies volontaires, les enlèvements, la peur, les ghettos, l’immigration massive et incomprise, la pauvreté de ces êtres aux affinités particulières, enfants comme adultes ; j’y ai vu un parallèle avec tous les camps que nous avons connus ou qui existent encore.
Il y a non seulement ce thème, mais dans ce thème elle écrit des phrases pertinentes qui poussent à la réflexion sur l’homosexualité, la place de la femme, les religions, ce besoin qu’ont les gens de croire à quelque chose de supérieur à eux, les enfants abandonnés et tant d’autres sujets aussi.

 

Dans son roman, même si les hommes pensent détenir le pouvoir surtout en 1902 Esta, Viola et Bridget mènent leur barque. Des femmes fortes, c’était rare pour l’époque.
Enfin, l’ordre (L’ortus Area) qui veut réduire à néant la magie, tuer tous ceux qui sont nés avec sont les dirigeants et les plus riches de la ville. Intrigues politiques, pots de vin, trahisons sont monnaie courante.
Les services de secours sont corrompus, personne ne vient en aide à ceux qui en ont réellement besoin, ce n’est pas non plus sans rappeler les dictatures, tu ne trouves pas ? .

 

L’intrigue, la recherche du Livre ou Le livre des mystères ou l’Ars Arcana ou encore le livre de Toth.
Lisa Maxwell mêle plusieurs mythologies surtout égyptiennes et des personnages connus comme Vanderbilt ou plus encore Isaac Newton.
Tu entendras parler de Babylone, du palais de Kephren, de l’étoile des Djinns, de la larme de Delphes, de l’œil du dragon, du grand princeps, de la clé d’Ishtar.
Objets magiques, personnages ou lieux fictifs ou réels se mêlent habilement.

 

Découpé en 4 parties, la première te montre comment ils en sont arrivés là.
Tu vas commencer par te trouver en 1902 sur le pont de Brooklyn, puis en 1926 sur l’Upper West Side, ensuite ; en 1889, sur la Madison Avenue, et enfin 1901 dans le quartier de la Bowery ensuite tu resteras en 1902 l’année où tout peut changer.
Chaque partie apporte son lot de questions et de réponses, mais aussi de remise en doute, de retournement de situation, de batailles, de révélation sur les personnages, qu’elles sont leurs véritables aspirations.
La dernière partie est haletante, j’ai vraiment eu peur pour les deux héros du roman Esta et Harte que j’ai totalement pris en amitié.
Ce ne sont pas les seuls que j’ai appréciés tu as aussi : Viola Vaccarrelli la laceuse de couteaux, Jianyu Lee une sorte d’espion, Nibsy sorte de bras droit de Dolph, Tillie la « cuisinière » du repère de Dolph : La Strega.

 

Dolph est sans aucun doute, hormis Harte et Esta, le personnage le plus travaillé et ambigu.
Dolph, sous ses airs de personnages corrompus, cache un cœur bien plus noble, il pense avant tout à la communauté ; il n’agit pas pour son seul bien :

« Je voulais savoir comment tu réagirais en découvrant les gens que je protège. Trop de mages préfèrent cultiver l’envers-soi, et beaucoup n’adresseront jamais la parole à quelqu’un qui ne vient pas du même quartier qu’eux. Ils ont pour seul intérêt la protection de leur famille, c’est exactement ce que veut l’ordre diviser pour mieux régner, il ne voudrait surtout pas que nous comprenions que nos avons plus de choses de commun que de différences. »

 

Esta en vient à douter, le professeur Lachlan ne se préoccupe pas de ceux qui vivent en dehors de leur petit cercle.
Et si elle se trompait ?
Esta aime les gens et la ville de l’époque, elle s’y est attachée ; pourra-t-elle, malgré tout, continuer sa mission et les abandonner à leur sort ? Les trahir eux, mais aussi, et surtout, Harte ?
Un sentiment de culpabilité qui ne l’avait, jusque là jamais envahi, l’étouffe.
Tu liras aussi que si Dolph a un cœur noble son autre côté, la part sombre n’est pas très belle à voir.
Il a d’ailleurs un lien avec la splendide couverture, elle prend tout son sens, je n’avais pas vu certains détails avant de lire sa signification à un peu plus de la moitié du roman.

 

Dolph doit et veut recruter Harte afin de pénétrer dans le lieu où est détenu le livre.
Pour cela, il va demander l’aide d’Esta, elle doit l’approcher et le mettre en confiance afin qu’il rejoigne l’équipe de départ sans lui ils n’y arriveront pas.
Esta veut y arriver non seulement pour Dolph, mais surtout pour le professeur.
Harte doit faire partie de son équipe pour son affinité, mais aussi ses liens avec Jack Crew, neveu de J.P. Morgan, maître des lieux.
Mais attention ! Chacun cache ses véritables aspirations, tous veulent doubler l’autre dans cette quête : Harte, Dolph, Esta, sous les ordres du professeur, et d’autres dont je ne peux te dévoiler le nom veulent tous s’emparer du livre, tu vas être très étonnée par certains.

 

Pour en revenir à nos deux protagonistes principaux
Harte et Esta vont se retrouver harcelés de toute part, chacun les voulant dans leurs camps.
Ils se ressemblent plus qu’ils ne veulent croire, outre leur caractère et leur valeur, ils ont été tous les deux abandonnés.
Les failles venant de leur passé font ce qu’ils sont : déterminés.
Ils ont aussi du mal à accorder leur confiance, et cette envie de trouver sa place enfin le principal trait de caractère commun : cette muraille qu’ils ont construite autour de leur cœur.
Un mur qui étouffe le moindre sentiment. Ils ne veulent plus s’attacher et risquer de souffrir ensuite d’un nouvel abandon.
Harte et Esta doivent jongler avec tant de personnes et de forces différentes, l’un comme l’autre ne peut se confier, l’enjeu est trop important
Ils vont devoir taire leur cœur, toute tendresse pour mener à bien leurs obligations.
Des personnes qu’is aiment, risquent gros suivant ce qu’ils décideront.
Leur situation est précaire et pas enviable, le moindre faux pas peut les mettre plus qu’en danger.
Harte et Esta sont comme des aimants, ils s’attirent autant qu’ils se repoussent niant leur sentiment.
Ce n’est pas une romance, pourtant tu sens la tension entre eux, des moments comiques avec les pics qu’ils se lancent ne laissant jamais l’autre percer leur carapace, des moments de doutes avec toujours cette éternelle question de confiance et de tristesse, tu lis les aspirations de l’un et de l’autre.
Ce ne sont pas des héros avides de pouvoir.
Tout ce qu’ils veulent c’est libérer ceux qu’ils aiment et être libre d’aller et venir partout dans le monde.

 

Esta est impulsive, rusée, intelligente, loyale même si sa loyauté sera mise à l’épreuve.
C’est un véritable numéro d’équilibriste qu’elle joue, un faux pas et elle sera démasquée.
Elle commet des erreurs, mais vu son jeune âge c’est tout à fait compréhensible.
Elle va pourtant devoir plonger dans la fosse aux lions tout comme Harte.
Harte, sous ses airs de dandy, se cache un être bien plus profond que ce qu’il laisse percevoir à tous, personne ne le connaît, seule Esta arrive à voir à peu près au-dessus des apparences.
Il est mystérieux, plus rusé qu’il ne le laisse croire.
Tu ne peux jamais savoir ce qui se passe dans son esprit.
Au départ, tu penseras qu’il n’est pas digne de confiance, mais comme tous sa psychologie est développée au fur et à mesure.
D’ailleurs, je n’ai pas dit plus haut que ce sujet des apparences était une autre mise en lumière de l’auteure.
Qui dit vrai ? Qui manipule qui ? Tu vas aller de surprises en étonnement, tu vas vouloir nier l’évidence et vouloir que tout cela ne se passe pas, que le passé puisse encore changer.
Lisa Maxwell ne te laisse aucun répit. Et si tout le roman n’était que mirage.
Tu verras toi aussi, tu vas douter de tout et de tous.

 

En bref :

 

J’ai ri, j’ai réfléchi, j’ai été émue, en colère, attendrie, je me suis fait avoir aux jeux de dupes.
La confiance et les apparences, vastes thèmes que Lisa Maxwell explore intelligemment en les mêlant à son intrigue.
Sans être un coup de cœur je suis comblée par ce tome 1, vivement la suite !

 

Une très belle et bonne saga YA fantastique non pas innovante, mais traitée dans les moindres détails, l’auteure n’a rien laissé au hasard.
Si elle n’est pas innovante dans l’ensemble, le système de magie dans ce monde est très différent de tous les autres que j’ai lus.

 

C’est magique, mais ça ne l’est pas.
Chaque mage a sa propre affinité.
Tu sais déjà que Esta manipule le temps, mais tous ont un pouvoir assez extraordinaire et inédit.
J’ai envie de te les révéler, mais ce serait te spolier, tu les découvriras au fur et à mesure de ta lecture.
Comme pour la psychologie de ses protagonistes, Lisa Maxwell te laisse cogiter sur leurs véritables dons, certains seront révélés assez tôt, d’autres m’ont bien fait cogiter, je n’avais absolument pas deviné leur capacité surtout qu’elles n’ont pas souvent lien avec leur caractère. Je veux dire par là qu’un d’eux peut te paraître fragile, doux, attentif et son pouvoir est tout le contraire, la puissance n’a rien à voir avec l’apparence, quand je te dis que le thème de l’apparence est un thème complexe et exploité tout au long du roman.
Une saga au haut potentiel que je ne peux que te conseiller ; si je ne dis pas de bêtises, c’est une duologie.
La taille peut peut-être te faire douter ou t’intimider, mais crois-moi, il fallait toutes ces pages pour que ce tome soit aussi réussi.

Quelques citations

« Les gens font toutes sortes de choses quand ils se laissent guider par leurs craintes »

« Les rumeurs ne dataient pas d’hier. Les nouveaux arrivants apportaient toujours avec eux les peurs de leurs parents et grands-parents, ceux qui avaient survécu aux Désenchantement (les chasses aux sorcières et autres inquisitions qui émaillaient l’histoire de l’Europe). Ils étaient devenus des parias.

“Bien sûr, les journaux se servaient de ces troubles comme la preuve que les arrivées massives d’immigrants étaient une menace pour la société.”

“La plupart avaient été élevés dans la haine de deux dotés d’une affinité, une haine attisée par l’Ordre. Mais tous avaient envie de croire qu’il existait quelque chose de supérieur à eux, à condition que ce quelque chose soit entre les mains des bonnes personnes.”


❦ Le dernier magicien, tome 1 : l’Ars Arcana ❦ roman de : Lisa Maxwell ❦ 650 pages ❦ Édition Casterman, à paraître le 19 septembre 

 

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