Le cœur des louves 
de Stéphane Servant 
541 pages, 17.50€
Young Adult
Les éditions du Rouergue, 21 août 2013
 Célia est arrivée seule, à la fin de l’été.
Livrée
à elle-même dans la vieille maison, elle attend sa mère. Le
village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses
montagnes couvertes de forêts et son lac noir.
Leur
retour réveille de vieilles histoires.
Celle
d’une grand-mère à la réputation sulfureuse.
Car
ici, tout le monde se connaît depuis toujours.
On
s’aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par
la force s’il le faut. 
Pour
découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se
tailler un chemin , entre mensonges, et superstitions. 
Et
se faire louve pour ne pas être proie.

Célia
emménage avec sa mère dans la maison de sa grand-mère Tina
. La
dernière maison d’un village perdu au milieu de la montagne et des
forêts.

Dans
ce hameau, des liens étranges subsistent entre les habitants, les
étrangers ne sont pas les bienvenus, la famille de Célia en
particulier. Une haine que Célia ne parvient pas à expliquer
.

En
cherchant à comprendre cette animosité qui pèse sur sa famille
depuis 3 générations elle ne se doute pas qu’elle ouvre la boîte
de Pandore
.

Nous
sommes presque dans un huit-clos
, toute l’action se passe majoritairement
dans ce village mystérieux.

On
suit le destin, le passé et le futur de 3 générations de femmes.

Tina
la grand-mère
, qui recevait les habitants pour des consultations,
considérée comme une sorcière, elle n’a jamais trop parlé ni à
sa fille ni à sa petite-fille.

Catherine,
la mère de Célia
, elle a fuit la maison de son enfance pour devenir
une auteure à succès, sombrant peu à peu dans la dépression,
l’alcool et les rencontres d’un soir quand le père de Célia les a
quittées, elle n’a plus rien écrit depuis plusieurs années.
Célia,
jeune fille qui s’est élevée un peu seule au milieu de ces adultes
blessés par la vie et qui se débat avec ce silence qui opprime sa
famille.

Chaque
personnage, les principaux comme les secondaires ont une grande
importance dans le récit,
c’est par leurs descriptions que l’on
commence à démêler peu à peu, au fil des pages ce qui est légende
ou réalité
.

Stéphane
Servant nous entraîne au cœur d’une ambiance lourde et sombre, cette
atmosphère perdure tout au long de la lecture, on sent le poids des
secrets
, des mensonges enfouis depuis plus de 60 ans, des non-dits
qui ont rendu ces 3 femmes malheureuses.

Dans
cette ambiance morose, on suit Célia sur les traces du passé, se
débattant entre les légendes et superstitions qui entoure ces
forêts et ces habitants.


Des
gens ordinaires qui, à un moment, ont basculé dans l’innommable,
peu à peu sa quête de vérité l’entraîne dans la folie du
passé.

Un
poids tellement lourd à porter pour la jeune fille qu’elle se
réfugie dans un monde où plus rien ne peut l’atteindre.
Elle
bascule entre raison et délire, elle se fait Louve, un animal qui ne
craint ni les hommes ni la vérité.

Grâce
à l’écriture de l’auteure, à la fois poétique et mélancolique
on
plonge au cœur de ce hameau, on détaille chaque recoin de la forêt
, c’est la forêt elle-même qui devient le cœur de l’intrigue,on se
sent oppressé par moment
et pourtant on ne peut lâcher le roman,
les descriptions sont nombreuses mais ne nous empêchent pas
d’apprécier le roman à sa juste valeur.

Le
livre dévoile lentement ce qu’il cache
, Stéphane Servant s’est
attaché à décrire chaque trait de caractères, chaque lieu,
chaque sentiment de ses protagonistes.


Le
mystère s’épaissit de plus en plus,
nous laissant désemparé, ne
sachant plus où est la réalité.
On
se demande si nous sommes plongés au cœur d’un rêve (ou
cauchemar) ou si l’héroïne le vit vraiment.

Le
suspens nous tient en haleine jusqu’au bout.

C’est par moment étrange, par moment oppressant. Le lecteur ne sait pas sur quel pied danser.

La
narration utilisée n’est pas commune
, récit à 2 voix, l’histoire
de Célia se mêle à celle de sa grand-mère
, des passages qui
concernent Célia où l’auteur utilise la 3eme personne et des
passages sur Tina qui là se font à la première personne.

On
alterne les chapitres entre ces 2 narratrices surtout à partir de la
moitié du roman. C’est par moment assez déroutant.

A
la fois roman et conte
, l’auteur nous fait comprendre que les
non-dits du passé peuvent avoir des incidences dans les générations
futures.

La
haine, le pardon, le désespoir, les mensonges, les mythes et
croyances, les malheurs, les trahisons, la vengeance, des passages
très éprouvants, par moment dérangeant d’autres plus légers voir
irréels,
la joie, la peur, la folie, la raison, c’est un roman qui
pèse lourd sur le lecteur mais qui n’en est pas moins beau.

Je
ne le conseillerais toutefois pas avant 16 ans et à des lecteurs que
les longueurs ne rebutent pas. 

C’est le genre de livre qu’on aime ou
qu’on déteste.

Un
livre vraiment étonnant. Un roman unique, unique de part son
écriture, par sa construction et par le(s) mystère(s) qui
l’entoure(nt).




Une citation : « Dans quel mesure le texte qu’avait écrit sa grand-mère reflétait-il la réalité de ce qui s’était déroulé ici ? Finalement, ce carnet n’était-il pas semblable aux romans de Catherine ? Des parcelles de vérité réagencées par la mémoire pour tenter de donner un sens à ce qui apparaît comme flou, absurde, désordonné. » « La vie est une fiction dont nous sommes à peine les narrateurs. L’auteur, lui, demeure invisible »

Pour en savoir plus : 

Le site de l’auteur Stéphane Servant

Stéphane Servant est né dans le sud de la France en 1975. 
Curieux et touche-à-tout, il s’est aventuré dans la littérature étrangère, le développement culturel, le graphisme, et l’écriture scénaristique.
Il a longtemps travaillé en milieu scolaire et associatif en tant qu’intervenant artistique et chargé de projets culturels.
Aujourd’hui, il est auteur, scénariste et illustrateur pour la presse, la communication et l’édition jeunesse.
Il vit près de Carcassonne. (source)



Le site des Editions du Rouergue 

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