Le cœur en braille
De Pascal Ruter
Roman jeunesse
292 pages, 14.20 €
Didier Jeunesse, 6 juin 2012
Jusque-là, pour Victor, une année
scolaire, c’est du saut à l’élastique. Ce qu’il préfère ? Écouter les
Rolling Stones, sa gaver de loukoums avec son copain Haiçam, parler mécanique
avec son drôle de père… Quand il ne s’amuse pas à planquer le papier toilette
des filles, il essaie d’échapper aux punitions qui pleuvent sur lui comme le
paratonnerre. Mais lorsque Marie-José, génie absolu, déboule dans sa vie un
beau jour de contrôle de math, c’est tout son univers qui implose…
P.-S. Si vous avez envie de rire, c’est
normal.
Si vous avez envie de pleurer, c’est
normal aussi.
Avant de vous parler du contenu, je voudrais vous décrire un peu de
l’objet livre en lui-même, je pense que vous le savez déjà, si pas vous
l’apprendrez, je craque souvent pour les couvertures et les beaux livres. Le
cœur en braille est aussi joli à l’extérieur qu’à l’intérieur. Une couverture
solide et cartonnée a rabats, où l’on retrouve à l’intérieur les personnages
illustrés par Anne Montel. De plus, le roman est parsemé de quelques dessins

(des maths, de la géométrie, un bulletin de notes) ce qui rajoute toujours un
petit plus, du moins dans mon cas.
Maintenant, parlons de l’histoire, une histoire qui comme la 4e de
couverture l’indique m’a fait rire et pleurer. Un magnifique roman jeunesse.
Victor, jeune collégien, vit seul avec son père, il a 3 amis, Haiçam,
« son vénérable Égyptien », et les frères (qu’il surnomme Metro)
Étienne et Marcel.
C’est la rentrée et il est bien décidé à ne plus (trop) se faire
remarquer et de ramener de belles notes. Seulement Victor a un souci avec les
mots
(je vous mettrai quelques exemples en fin de chronique) et des difficultés
dans tous les cours (surtout en math)
, malgré ses efforts. Il essaie de
s’appliquer, mais peine perdue. Il pense ne jamais y arriver quand un jour,
lors d’un contrôle de math, sa voisine de banc, Marie-José, va lui souffler la
bonne réponse à un contrôle.
Il ne comprend pas pourquoi elle a décidé de l’aider et lui demande des
comptes, Marie-José lui propose alors de lui donner des cours particuliers en
échange d’une aide que lui seul, Victor, peut lui offrir. La vie de Victor va
complètement changer, il va s’améliorer à l’école, découvrir qu’il a des
possibilités et, surtout, va prendre ses responsabilités très au sérieux.
L’histoire en elle-même est magnifique, une belle leçon de vie, je ne
peux vous révéler ce que demande Marie à Victor, mais, à partir de ce
moment-là, on est complètement happé par ces 2 personnages très différents.
 
Ce
qui au départ n’était que des cours particuliers va prendre une plus grande
ampleur, la relation entre eux évolue vers quelque chose de très beau et de
fort.

Pascal Ruter construit un roman où chaque personnage est atypique et
attachant. 
Victor, le héros, comment ne pas s’attacher à ce garçon qui connaît par
cœur sur les Panhard (vieille voiture), mais ne retient rien à l’école ou
mélange tout, guitariste à ses heures, naïf il prend au pied et à la lettre
tout ce que l’on dit, il vit seul avec son père qu’il admire beaucoup.
Son père est un être fantaisiste, un collectionneur, fan de Panhard, il
vit un peu dans son monde, j’ai eu un peu de mal à cerner ce personnage, malgré
tout lui aussi très touchant dans la façon d’aimer son fils.
Haiçam, fils du concierge, passionné par les échecs, il refait des
parties inlassablement avec son père et idolâtre les grands joueurs d’échecs,
philosophe à ses heures, Turc mais qui fait shabbat, tout simplement parce
qu’il en a envie.
Le surveillant, Lucky Luke, fou courses vélo, un peu bourru au départ,
mais dont la lecture des « Trois mousquetaires » (conseillé par
Victor) va lui changer la vie.
Étienne et Marcel, le Métro comme dit Victor, ils ne font rien à
l’école, leurs projets professionnels : devenir découpeur de blanc de
poulet sur un tapis roulant, car après tout les entreprises manquent de mains
gauches ^^
Et enfin Marie-José, élève surdouée, solitaire, ses parents, des
négociants en arts, sont souvent absents, son rêve passer l’examen pour entrer
au conservatoire. Elle est la seule à ne pas prendre Victor pour quelqu’un de
bête, une jeune fille forte et fragile à la fois
Comme vous le lisez, l’auteur a écrit un roman aux personnages
originaux, grâce à eux on rit, mais le fil rouge du livre lui est triste.
 
On se
laisse porter par les mots (et jeux de mots) de l’auteur, on avance dans le
livre, quand vient LA révélation on a le cœur serré, ensuite on veut lire
comment la situation va évoluer.
Les 2 derniers chapitres, j’ai vraiment sangloté, et en même temps le
livre se finit sur une belle note d’espoir et de leçon de vie donnée par 2
jeunes à des adultes. On sort de cette lecture avec le sourire.
L’écriture de l’auteur est simple et agréable, en même temps c’est
Victor le narrateur, il nous raconte ses aventures avec toute sa simplicité et
sa naïveté et c’est justement cette dernière qui nous fait rire et pleurer, il
dit des choses tellement belles sans s’en rendre compte. Le rythme est un peu
particulier, mais on s’y fait rapidement.
Maintenant, n’oublions pas que c’est un roman jeunesse et que certaines
choses sont prévisibles, certaines seulement !
Un livre qui nous présente la confrontation entre le monde des adultes
qui ne rêvent plus assez et ceux des enfants qui eux, ont encore, des rêves,
des espoirs plein la tête.
Un roman jeunesse que je vous recommande vraiment, il aborde plein de
thèmes comme l’amitié, le handicap, la musique, l’école, les relations père/fils.

Quelques citations :
— On ne se sent pas plus fort finalement, à sentir la fragilité des
autres
— Tu as une superbe hémorroïde au doigt. C’est une vraie ? 
« — Génial un Kamasutra ! Merci ! J’adore ça
— un quoi ? a demandé Marie José (…)
— Un kamasutra, quoi, le dessert italien là (…) »
— Ça y est, j’ai compris, a dit le père de Marie-José. Un tiramisu
— Toute cette année, tu m’as prêté ton rêve. (…)
Pour en savoir plus sur l’auteur :

Pascal Ruter est né en 1966, dans la banlieue sud de
Paris. Depuis qu’il a découvert l’oeuvre de Gustave Flaubert, il considère que
s’il a des yeux, c’est pour lire, et deux mains (surtout la droite) pour
écrire. Il ne voit d’ailleurs pas bien ce qu’il peut y avoir de plus
intéressant à faire que de disposer des mots sur une page. À l’extrême rigueur,
il accepte de regarder des films comme ceux de Charlie Chaplin, de Buster
Keaton, de Jacques Tati ou de quelques autres.

Il aime par-dessus tous les livres où le malheur et la sévérité de la vie sont
dynamités par la cocasserie et la drôlerie de situations loufoques. Il est bon
public et rit très facilement.

Pascal Ruter passe une grande partie de son temps devant des jeunes gens qui
ont entre 11 et 16 ans et essaie de s’y prendre le moins mal possible pour leur
apprendre des choses. Dans ce domaine, comme dans certains autres, il s’en
tient à la devise de Guillaume d’Orange : « Rien ne sert d’espérer pour
entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Il vit actuellement dans un minuscule village, au beau milieu de la forêt de
Fontainebleau. Le Coeur en braille est son premier roman publié. (SourceRicochet

Son 2e livre, «Du bonheur à l’envers » se
passe quand Victor était plus petit, il me tarde de le lire ! 



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