Mon cher lecteur, si tu cherches un roman Young Adult original, qui est à la fois très proche du thriller et qui se déroule en Afrique de l’Est où milices et corruption sont monnaie courante je te conseille de lire ce livre. 
L’autrice Natalie C.Anderson écrit une fiction, mais ancrée dans la réalité. 
 
Elle a travaillé de nombreuses années au sein d’une ONG, elle écrit ce roman pour les filles, sœurs et femmes réfugiées au Kenya. 
Elles ont fui les persécutions, abus, viols, massacres qui ont lieu encore aujourd’hui. 
Par son héroïne, Tina, Natalie C.Anderson va te parler de ces pays et des atrocités qui y sont commises, mais sans jamais dépasser du cadre de son intrigue. 
C’est écrit intelligemment, un roman qui pourra plaire aux ados comme aux adultes. 
Tina, 16 ans, vit dans les rues de Sangui, une ville du Kenya. 
Sa maison : le toit d’un immeuble. 
Sa survie : voler pour les Goondas, un gang majoritairement de garçons, orphelins comme elle.
L’unique personne dans sa vie : sa sœur Kiki, qui vit dans un pensionnat, Tina a voulu la mettre à l’abri depuis le décès de leur mère.
Son but ultime : venger sa mère.
Elle a été assassinée 5 ans plus tôt, Tina est prête à tout pour accomplir sa vengeance.
Elle est proche de réussir, voilà que Mr Omoko lui donne la mission de pénétrer dans la demeure de celui qu’elle pense responsable, Mr Greyhill, un homme d’affaires véreux.
Pour cette mission, elle est accompagnée de son mentor Big Boy du frère de celui-ci : La Fouine, ainsi que de son meilleur ami Skinny, qui, même s’il ne fait pas partie du gang, a des connaissances importantes en informatiques pour neutraliser les alarmes de la propriété.
Tina y est presque, mais elle se fait surprendre par Mickael, le fils de son ennemi. 
Ils se sont connus autrefois, dans une autre vie avant qu’elle ne devienne la fille qui n’existait pas. 
À partir de là, l’autrice ne va te laisser aucun répit. 
D’aventures en révélations, de rebondissements à coups durs ; Tina va, coûte que coûte, vouloir savoir pourquoi sa mère a été assassinée. 
Qui était-elle avant de venir au Kenya ? Quelle était sa vie au Congo ?
Tina ne sait rien, tout ce qu’elle possède de sa mère c’est une carte de Sainte Catherine et une photo.
Tina est une héroïne forte, aveuglée par la haine, déterminée à accomplir sa mission. La sienne, pour elle, par pour Omoko ni Big Boy. 
Elle sait qu’elle va au-devant de grands dangers, qu’elle met sa vie en périls, mais qu’importe le prix. Tout ce qu’elle garde en tête ce sont ses règles.
Dans sa quête, son enquête elle sera aidée par Skinny et Michael, ce trio est, on ne peut pas faire plus opposé.
Michael, le métisse, riche, qui vient d’une école privée en Suisse, Skinny le geek, extraverti au look improbable et enfin Tina la tête brûlée, tatouée, membre d’un gang.
Si au départ Tina n’est guère enchantée que ce deux-là la suive, elle se rend compte que finalement seule elle n’arrivera à rien ou du moins pas aussi facilement. Skinny et ses talents d’informaticien, Michael et son argent peuvent l’aider. 
Au fur et à mesure, à leur contact, la jeune fille va comprendre que non, elle n’est pas si seule au monde que cela, elle compte pour au moins 3 personnes avec sa sœur. 
Sa carapace va se fissurer, petit à petit même si elle reste sur ses gardes. 
L’amitié entre elle et Skinny est belle, l’histoire, entre Michael et elle, est aussi mignonne et profonde même si elle ne prend pas la pas sur l’intrigue principale. 
L’intrigue est extrêmement bien ficelée, même si j’avais deviné de petites choses, je n’ai pas vu venir certains rebondissements. 
Ce qui m’a le plus plu dans ce roman c’est le décor, l’autrice nous livre un texte engagé en dénonçant la corruption de la police, les milices, les gangs, les investisseurs qui s’enrichissent en fermant les yeux sur ce qu’il se passe réellement dans les différentes mines du pays. 
Engagé, mais sobre, il est accessible et en même temps montre bien la situation en Afrique de l’Est. Traite des êtres humains, violences faites aux femmes, recrutement obligatoire d’enfants pour en faire des soldats de milices. 
Une histoire documentée, qui dénonce et explique.
Des faits qu’il faut, à mon sens, faire découvrir aux plus jeunes, Natalie C.Anderson le réalise très bien. 
Elle a pris des libertés par rapport au lieu, l’histoire reste une fiction, mais elle s’est inspirée des nombreux témoignages qu’elle a entendus lors de ses missions humanitaires.
L’enquête de Tina sur le passé de sa mère est émouvante, elle va découvrir des facettes insoupçonnées de cette femme forte.
Le suspens est constant, j’ai pris peur plus d’une fois pour notre jeune héroïne, la fin est à la hauteur du reste du roman même si quelques faits sont un peu prévisibles.
À la fin du livre, tu trouveras une liste d’ONG, d’hôpitaux et d’œuvres caritatives qui aident sur place tous ces réfugiés, ces blessées, ces femmes violées reniées par leur famille.
Je suis, comme à chaque fois, horrifiée par ce qu’il se passe dans tellement de pays du monde. La misère humaine, les crimes perpétrés au nom de quoi ? L’argent ? La gloire ? Un territoire ? 
 
Tu l’as compris une lecture indispensable, forte que j’ai beaucoup aimé et que je te conseille pour le thème qu’on ne voit pas souvent en littérature Young Adult.
 
 
La fille qui n’existait pas de Natalie C. Anderson – traduction de Julie Lafon – Young Adult – 416 pages, 16.90€ – Édition Pocket Jeunesse, en librairie le 1 mars 2018
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