Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer.
Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses.
Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais.
Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches.
Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées…
Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

« Lorsque que le silence remplace la vérité, le silence devient mensonge »

Premier chapitre
Mars 2012.
Tu fais la connaissance de Emma, traductrice-correctrice pour une maison d’édition londonienne.
Elle feuillette un journal, ce qu’elle y lit la cloue sur place : « découverte du corps d’un bébé retrouvé sur un chantier de construction. »
Emma qui se parle à elle-même en disant de son mari, Paul : « Il ne connaît pas la vraie Emma. Je m’en suis assurée. »

 

Second chapitre
Le même jour, la même année, tu rencontres cette fois Kate, la journaliste (que tu as peut-être déjà rencontré dans La veuve, le précédent roman de Fiona Barton) lit le même entrefilet que Emma et décidé de creuser, peut-être que si elle arrive à étoffer, résoudre l’énigme elle tiendra un bon article.
Une journaliste de la vieille école, têtue et qui n’a pas peur de fouiller le passé quitte à se salir les mains.

 

Troisième chapitre
C’est au tour du troisième personnage principal de parler.
Angela, toujours à la même date. Pour Angela, cette date du 20 mars est un jour noir, c’est l’anniversaire de sa fille Alice. Un bébé enlevé à la maternité durant les années 70 et dont on n’a jamais trouvé de piste.
Une mère brisée qui essaie de faire bonne figure, mais qui n’arrive pas à oublier.
Elle veut savoir ce qui est arrivé ce terrible jour.

Tour à tour, Fiona Barton va passer d’une femme à l’autre.
Plus tard, tu auras des chapitres consacrés à Jude, la mère de Emma.
Elle va s’attacher non seulement à te montrer l’avancée de l’enquête sur le corps du nourrisson retrouvé sur ce chantier, mais elle va surtout s’attacher à te dresser un portrait très fouillé de ses personnages.
Elle va te montrer leurs failles, leurs secrets, leurs doutes, les inquiétudes de mères de Angela, Jude et Kate.
Tu es emporté dans le récit, car tu veux savoir deux choses surtout : que cache Emma qui a l’air si horrible qu’elle ne veut pas que cela se sache et qui est le bébé retrouvé ?

J’ai éprouvé beaucoup d’empathie pour Angela et Emma, Kate, j’ai un peu de mal avec elle.
Elle est brute de décoffrage, je ne l’ai pas trouvé souvent proche des protagonistes qu’elle côtoie.
Peut-être est-ce pour se préserver de toute cette enquête ? Je ne sais pas.
Néanmoins, plus le roman avançait, plus je m’y suis attachée. Sous cette carapace se cachent les angoisses d’une femme énergique de cinquante ans qui doit constamment faire ses preuves dans un monde majoritairement masculin (et macho il faut le dire), un monde où internet a changé les moyens d’informations. Les enquêtes de terrain sont rares, c’est de l’info en continu que cherche le lecteur.
Jude est sans aucun doute le personnage le plus antipathique, je ne peux trop te parler de chacune des intervenantes sous peine de te gâcher ta lecture, Jude est le genre de femme qui accuse sa fille de tous ses maux, une femme autoritaire, une avocate qui ne se remet jamais en question.
Angela est celle qui est, à mon sens, la moins approfondie du côté psychologique, malgré tout tu assimiles parfaitement son portrait.
En effet, qui peut se remettre d’un tel choc ? Personne.
Étant maman je n’ai pas eu besoin de nombreux détails pour ressentir pleinement sa détresse lors de cette fameuse date fatidique ni tout l’espoir qu’elle met quand elle lit elle aussi ces 3 fameuses lignes du journal.
À la fois, elle voudrait que cela soit le squelette de son bébé Alice qui a été retrouvé et en même temps elle a peur des réponses. On le comprend aisément.
Les autres personnages sont Will, Al, Barbara, Harry, Joe.
Ils sont liés d’une manière ou d’une autre aux narratrices, ces 3 femmes ont un lien entre elles, mais lequel ?

C’est cette fameuse question qui va te titiller et t’amener à dévorer ce suspens psychologique axé sur les personnages.
Il est rempli de révélations et de suspens.
Des révélations qui arrivent au bon moment. Fiona Barton te livre un récit bien ficelé, un suspens qui est maintenu, un mystère qui s’épaissit grâce aux révélations qui sont subtilement insérées.
Tout est dosé, mesuré.
Les informations sont révélées à des moments clés, tu les apprends juste avant les intéressés ou en même temps.
Du coup, ce sentiment qu’elles sont toutes coupables ou qu’elles cachent quelque chose est renforcé.
Je ne peux pas te dire que le rythme est trépidant, mais l’auteure ne te perd pas en route, je n’ai ressenti aucune longueur ni temps mort. Comme l’auteure a pris ce postulat de départ d’axer son intrigue autour des 3 femmes, elle les développe peu à peu, c’est intriguant et captivant. Le rythme de lecture est rapide grâce aux chapitres relativement courts, mais aucunement dénués d’intérêt.
J’ai apprécié ce thème de la relation mère/enfant qui est traité et bien exploré.
Autant du côté de l’enfant que du côté des mamans.
La fin est idéale et m’a même émue, je ne peux pas dire que j’ai été très surprise je l’ai vu arriver quelque temps avant la révélation finale, mais la manière dont Fiona Barton conclut son récit m’a beaucoup plu.
Elle en écrit juste assez pour ne pas finir frustrée, ni longue, ni abrupte.

En bref

Fiona Barton livre ici une histoire bien écrite et rythmée, racontée sous quatre angles différents : Kate, Angela, Emma et Jude.
Un roman psychologique bien conçu.
Créatif, même si le thème de l’enfant enlevé est courant, ici, l’auteure apporte des intrigues et des questionnements supplémentaires.
Tu vas douter de tout, tu vas remettre en doute tes hypothèses, tu vas immédiatement te prendre au jeu, tu sens parfois que tu es proche du dénouement et puis non, c’était une pièce du puzzle, mais pas encore l’image totale.
Des personnages très réalistes, loin d’être lisses.
Je n’avais aucune idée de là où l’auteure allait m’emmener, quelle direction l’intrigue allait prendre.Un excellent exemple de thriller psychologique à suspense lent, avec une fin que je n’ai pas vu arriver (ou très tardivement) et totalement inattendue.

Une belle réussite et un roman que je conseille.

PS : tu peux aisément lire les tomes à part, ce sont des enquêtes différentes.


❦ La coupure ❦ Roman de :Fiona Barton ❦ 480 pages Fleuve Éditions, le 13 septembre 2018 


 

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