Emma B. Libertine 
de Gustave Flaubert et Lucie Clarence

Roman 
298 pages
Poche, 6.90€
MA Editions, 17 septembre 2013
Emma rêve d’amour et d’aventure, de luxe et de raffinement. Pour échapper à la campagne normande, elle épouse un jeune médecin, Charles Bovary, qui la déçoit bientôt par sa médiocrité. La maternité ne la comble pas non plus. Cherchant par tous les moyens à fuir l’ennui de sa vie de provinciale, elle prend alors plusieurs amants successifs, grâce auxquels elle espère connaître la passion.




Quand
j’ai reçu ce livre je ne savais pas trop à quoi m’attendre, c’était
la toute première fois que j’allais lire un classique revisité à
la sauce érotique, j’avais des craintes justement sur l’adaptation
du texte, mes craintes étaient infondées, Lucie Clarence a fait un
travail admirable sur ce texte, s’inspirant de brouillons de Gustave
Flaubert, mis en ligne par l’université de Rouen (voir lien en fin
de chronique) elle n’est pas tombée dans le piège de la facilité
en abondant le texte de scènes érotiques.

Attention
ne me faites pas dire ce que je n’ai dit, des scènes érotiques il y
en a mais j’en ai lu de bien plus osées dans d’autres romans
, je peux
comprendre qu’à l’époque où le roman est sorti se fut un scandale,
aujourd’hui ce roman n’a rien de choquant si ce n’est le caractère
horrible et perverse de l’héroïne Emma Bovary.

J’avais
déjà lu Madame Bovary
il y a quelques années lors de mes études,
je l’avais trouvé ennuyant, ce n’était pas un classique qui m’avait
plu
, il en a été de même pour Emma B libertine sauf que le travail
de Lucie Clarence donne un nouveau souffle au livre, lui apportant le
piquant nécessaire.
L’auteure s’est attachée a détailler les caractères des personnages, accentuant leurs
travers.

Emma
Bovary née Rouault rêve d’une vie mondaine, mondanité qu’elle ne
fréquente pas dans le village où elle s’est établie avec Charles
son mari.
Ses espoirs de frivolité prennent encore plus de place
lorsqu’elle se rend en compagnie de son mari au bal donné par le
marquis d’Andervilliers,
elle se lamentera sans cesse que croyant
faire plaisir à sa femme Charles décide de s’installer dans une
autre ville
. Elle y fait la connaissance de Léon, le clerc de
notaire dont elle s’éprend mais ni l’un ni l’autre ne franchisse le
cap, plus tard sa vie prend un tournant avec la rencontre de
Rodolphe, noble libertin,
ils entretiendront une liaison passionnée,
dévastatrice pour Emma
, au nez et à la barbe de Charles. Elle
tombera amoureuse de cet homme du moins elle le pense, quand celui-ci
s’en apercevra il la rejettera. Ensuite, ce sera au tour de Léon,
Charles et elle le rencontrèrent par hasard lors d’une
représentation à l’opéra, Charles y avait emmené sa femme pour
lui changer les idées. Comme plus tôt avec Rodolphe elle
entretiendra une liaison avec le jeune homme, mentant de plus en
plus, dépensant sans compter elle mènera son couple à la ruine et
au malheur.
Emma
est une femme orgueilleuse, menteuse, capricieuse, perverse, sadique
avec Léon, manipulatrice avec Charles et son entourage, elle utilise le sexe comme remède à son ennui
. Cette obsession la fera emprunter des chemins tortueux, toujours en proie aux tourments, jamais comblée ne se rendant que trop rarement compte que le bonheur est à ses pieds. De temps en temps elle aura des regains de lucidité, parfois même de culpabilité, elle se tournera alors vers Dieu. Il n’y a que
Rodolphe qui arrivera à lui tenir tête. Ce n’est pas non plus une
bonne mère
, elle voulait un fils elle a eu une fille, elle n’en veut
pas, la pauvre petite Berthe est confiée à une nourrice, sa mère
ne s’intéressant que très peu à elle. On dirait que cette femme tout au long de sa vie navigue en plein brouillard, cherchant un point d’ancrage mais ne le trouvant jamais.
Charles est un homme
amoureux et naïf
, il veut rendre sa femme heureuse mais ne se rendra
compte que bien trop tard que quoiqu’il aurait pu faire ça n’aurait
jamais suffi à Emma l’éternelle insatisfaite
. C’est un personnage
détestable cette Emma et je l’ai détesté. Charles, par contre, je
l’ai pris en pitié, tout comme Berthe leur enfant
.
Les
autres personnages gravitant autour de l’héroïne sont des
caricatures, Homais
le pharmacien athée et progressiste, allant
jusqu’à commettre des actes insensé dans sa quête d’évolution
de la santé, Lheureux le marchand d’étoffe avide d’argent et
manipulateur, les paysans du village d’enfance d’Emma, Justin le
commis d’Homais fou amoureux de Madame Bovary, Rodolphe le pervers,
Léon qui se laisse mener par le bout du nez , aucun d’entre eux ne
m’a plu.
Concernant
l’écriture, Lucie Clarence a une jolie plume, se mêlant
admirablement à celle de Flaubert, on ne se rend pas compte quand
c’est elle ou Flaubert qui écrit.
 
L’auteure n’a pas dénaturé
l’œuvre original
, on retrouve des passages de Madame Bovary, on
n’a pas affaire à l’œuvre complète revisitée mais à un
« résumé » du livre, il se lit très vite
, il est
découpé en 3 parties, la première où Emma se lamente, la seconde
où elle rencontre Rodolphe et la dernière où elle se lie à Léon. L’auteure s’est attachée à montrer la complexité et la perversité
du personnage de Madame Bovary. Les chapitres vont crescendo comme la
perversion d’Emma.
Lucie Clarence ne fait pas dans la démesure, le
nombre de pages est adéquat
, plus je pense que j’aurais été trop
lassée. 
Bien sûr les puristes y verront peut-être un sacrilège,
pas moi.
Je
n’ai ni aimé ni détesté ce livre, je ne regrette pas du tout sa
lecture. Un livre qui pourra plaire à ceux qui ont aimé Madame
Bovary et qui voudrait en lire une approche différente et pimentée.
Je voudrais lire d’autres romans de l’auteure notamment Jane Eyrotica que l’on m’a conseillé et Le dernier Léonard De Vinci 

Pour en savoir plus : 

LUCIE CLARENCE est écrivaine et traductrice. Elle vit aujourd’hui à Paris, après avoir
longuement voyagé au Proche-Orient, son berceau tout autant que celui des Mille et Une
Nuits. Pour elle comme pour Shéérazade, l’art de conter est un art de séduire et de faire
durer le désir. (source Ma Editions)


Quelques citations : 

« Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement  Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l’horizon ». Mais chaque matin, à son réveil, elle l’espérait pour la journée, et elle écoutait tous les bruits, (…) » 

« Est ce que cette misère durerait toujours ? Est-ce qu’elle n’en sortirait pas ? Elle valait bien cependant toutes celles qui vivaient heureuses ! Elle avait vu des duchesses à la Vaubyessard qui avaient la taille plus lourde et les façons communes, et elle exécrait l’injustice de Dieu(…) »

« Mais elle étaient pleine de convoitises, de rage, de haine »

« Alors, les appétits de la chair, les convoitises d’argent et les mélancolies de la passion, tout se confondit dans une même souffrance, et, au lieu d’en détourner sa pensée, elle l’y attachait davantage, s’excitant à la douleur et en cherchant partout les occasions »

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