Comme des images


De Clémentine Beauvais
Roman jeunesse
Éditions Sarbacane, collection exprim !, 5 février 2014
Il était une fois… des ados sages comme des images, au prestigieux lycée Henri-IV, à Paris. Un lycée où les élèves, dès la seconde, se voient déjà en avocat, en médecin, en ministre.
L’histoire commence le jour où Léopoldine a rompu avec Timothée, par vengeance peut-être, a envoyé un mail avec une vidéo de Léopoldine, à tout le monde. Ses amis, sa sœur jumelle Iseult, les profs, les lycéens, les parents : tout le monde »



Souvenez-vous. Août 2013 je lis mon gros coup de cœur de l’année, un livre qui m’avait bouleversé, qui m’avait mis une grande claque, je parle de « Je suis sa fille » de Benoît Minville (chronique ici), puis 2014 arrive j’enchaîne les lectures, certaines que j’adore, mais sans Le coup de cœur.
Un coup de cœur pour moi c’est un livre qui vous prend aux tripes, quand, une fois refermé, les personnages vous poursuivent ou l’histoire vous reste en tête.
 « Comme des images » est mon premier GROS coup de cœur 2014.
Je l’ai lu en lecture commune avec Nathan du blog « Le cahier de lecture de Nathan », sa chronique arrive. Lui comme moi sommes conquis. Pour vous dire, le message qu’on s’est envoyé disait juste : wow !
J’ai commencé le livre sans lire le résumé ou la quatrième de couverture, oui, depuis le début de l’année c’est ce que je fais, au moins c’est totale découverte.
 Je peux vous dire que Clémentine Beauvais m’a happé dès la première phrase « Il y un corps dans la cour du lycée Henry-IV ».
À qui appartient ce corps, comment est-il arrivé là ? 
Les faits : une vidéo de Léopoldine se retrouve diffusée sur le Net un soir, le lendemain ça a fait le tour du lycée, des élèves aux professeurs.
Qui a diffusé cette vidéo, pourquoi ? Comment Léopoldine va réagir c’est ce que le livre va nous raconter.
N’allez pas imaginer que c’est uniquement un livre sur les dangers de la toile, en partie oui, on ne peut faire autrement que de penser aux ados qui se sentent en sécurité derrière leur écran, qui donnent leur confiance si vite, je le vois bien avec ma fille (elle a 15 ans), nous avons été comme ça nous aussi, à 16 ans c’est l’insouciance non ?
Clémentine Beauvais à travers son roman va bien plus loin que cet incident qui fait déjà froid dans le dos, elle évoque tout ce qu’il peut se passer entre les murs d’un lycée, que cela soit la pression exercée sur les élèves, les amitiés qu’on pense éternelles, réelles, mais aussi,et même surtout, des faits bien plus profonds que cela.
Elle nous peint une amitié qui, au départ, nous semble très belle ; elle nous raconte la vie des 2 jumelles Léopoldine et Iseult, des jumelles monozygotes si leur ressemblance est à s’y méprendre leur caractère sont complètement différents, au milieu des deux il y a la narratrice.
Léopoldine c’est un peu le soleil, Iseult la nuit, l’une est populaire et extravertie, l’autre vit dans son monde, est plus renfermée. Elles s’entendent comme de vraies jumelles, mais…
Oui je me suis directement sentie happée par le livre d’autant plus que la narratrice, c’est vous, c’est moi, c’est votre meilleure amie, c’est une fille croisée dans la rue ; à aucun moment on ne sait son prénom, on se glisse dans sa peau, je me suis retrouvée au cœur de l’intrigue, vivant les faits au même moment que les protagonistes, voyant tout ce qu’il se passe à travers les yeux de la narratrice.
Une intelligence de la part de l’auteure d’avoir utilisé ce procédé, on s’attache à la narratrice puisque c’est le lecteur, je ne sais pas si je suis très claire. 
Bref, me voilà vendredi 16 h commençant ce livre et le finissant vers 21 h impossible de le poser, il me fallait savoir le fin mot de l’histoire.
Pourquoi cet énorme coup de cœur ? Parce qu’à travers des détails, des mots toujours très justes, l’auteure nous montre l’envers du décor, que ce soit l’envers du décor de l’école, mais aussi entre les jumelles, entre Léopoldine et sa meilleure amie (la narratrice), elle ébranle nos certitudes sur les sourires de façades, sur la pression mise sur les élèves à qui on demande toujours plus sans vraiment se poser la question s’ils savent assumer ce poids sur leurs épaules, elle nous dresse une caricature des lycées dits « réputés », tellement sûrs d’eux.
Elle fait perdurer la tension et le suspens tout au long du livre, le corps dans la cour, on pense savoir de qui il s’agit eh bien non, j’ai pris une claque magistrale, vraiment !
Je suis passée par tout un panel d’émotion à travers ma lecture.
Je ne connaissais pas du tout la plume de l’auteure, elle m’a conquise.
J’ai complètement adoré et adhéré à son écriture, des instants pris sur le vif, presque disséqué à la loupe, des faits concrets comme en vivent des milliers d’écoliers. 
Clémentine Beauvais ne mâche pas ses mots c’est brut de décoffrage, chaque personnage est détaillé, vous y êtes dans le lycée, vous vivez les évènements avec vos tripes.
Il y a tellement d’autres faits que je voudrais vous raconter, en 204 pages l’auteure traite de sujets importants, des sujets dont, peut-être, on évite de parler, on ferme les yeux… encore plus facile de faire l’autruche.
Elle soulève le débat sur un système qu’il serait malvenu de critiquer. Et tellement bien plus !
Un livre comme je les aime, un livre qui provoque le débat, bouscule les idées reçues.
Un livre qui pousse à la réflexion sur l’image que l’on a de soi et celle que nous renvoient les autres.
Un roman, qui, une fois terminé, vous fait cogiter, et si ça avait été moi ?
Mention supplémentaire pour : 
-la couverture qui est déjà belle en soit, mais qui prend tout son sens à la lecture du roman
-pour la mise en page, on a droit à des conversations de Facebook, des lettres envoyées, des extraits de rédactions, des emails, etc.
Tout ceci fait, qu’en plus d’être passionnant, il n’y a aucune monotonie.
Tout est pour moi, parfait !
Des dialogues que l’on prend en pleine figure. Percutant, mordant, saisissant, cruel, mais réaliste ! Attention je n’ai pas dit glauque, c’est raconté par une ado de 16 ans. 
Tout en étant criant de vérité, tout en nous mettant face aux réalités, c’est frais et ça se lit très vite.
Je ne peux que vous le conseiller de le lire, j’ai été émue, bouleversée, révoltée. En le refermant je me suis posé des questions, un roman pour les adultes comme pour les ados, un livre qui, une fois finit vous reste en tête.

Ma chronique est peut-être décousue, je m’en excuse, les mots sortent comme ils me viennent, j’aurais été incapable de l’écrire sur le vif, encore trop secouée que j’étais par cette lecture.
Pour en savoir plus : 

Clémentine Beauvais (source site de l’auteure)
En parallèle de ses études à l’université de Cambridge, en Angleterre, où elle termine un doctorat, Clémentine Beauvais a publié cinq livres pour enfants en France. 

Son premier livre a été publié en 2010. Elle est publiée en France chez Talents Hauts, Alice et Sarbacane, et bientôt en Angleterre chez Hodder Children’s Books. (source babelio)
0