4e livre de la saga de l’auteure Britannique Jane Thynne, c’est avec énormément de plaisir que j’ai retrouvé son héroïne Clara Vine
Tu le sais, je suis passionnée par les romans sur la Seconde Guerre mondiale, je cherche à comprendre l’impensable.
Tu as déjà vu sur le blog plusieurs romans sur le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale ou sur les camps de concentration ici avec Jane Thynne c’est à Berlin même que je t’emmène avant que le pacte germano-soviétique ne soit signé le 29 août 1939 ; après la nuit de Crystal ou des milliers de juifs ont été arrêtés, déportés ou, pour les plus chanceux, leurs logements et propriétés saisis.
Clara est une espionne anglaise qui justement va chercher à savoir si cette rumeur d’un rapprochement entre Staline et Hitler, aussi invraisemblable soit-elle, existe vraiment et si c’est le cas prévenir au plus vite les instances du secret service, car cela voudrait dire le déclenchement de la guerre.
Mon cher lecteur, je te conseille vivement les romans de Jane Thynne déjà parce qu’ils combinent histoire, espionnage, suspens, avec en pointillé une histoire d’amour, mais qui ne prend pas le pas sur l’intrigue.
Elle est là pour apporter de la légèreté au récit.
De plus, tu peux totalement lire les tomes indépendamment, oui plusieurs personnages sont récurrents comme notre héroïne, mais les dates et les enjeux ne sont pas les mêmes. Tous s’appuient sur des faits historiques, tu vas rencontrer des personnages célèbres, mais à des époques différentes, tous ont en commun la montée du nazisme.
(Les roses noires, tome 1 (1933) – Le jardin d’hiver, tome 2 (1937)  et La guerre des fleurs, tome 3 (1938)).
Dans cet opus, tu commences le récit en avril 1939 et tu le termines avant la signature du pacte germano-soviétique.
Deux intrigues se détachent des autres, car, crois-moi, Jane Thynne veut savoir si son lectorat a le cœur bien accroché en te faisant mêler et entremêler plusieurs intrigues et rebondissements.
La première intrigue est celle de la mission de Clara et de son amant Léo, espion lui aussi, qui a disparu.
Clara est actrice au studio de l’UFA, le studio d’enregistrement validé par Goebbels, ministre de la propagande nazie. Elle est connue pour ses talents, mais aussi grâce au nom de son père, grand sympathisant du régime nazi en Angleterre.
Tu vas me dire que fait une Anglaise à Berlin à cette époque ?
C’est un concours de circonstances et en même temps si elle peut y être c’est grâce à la nationalité allemande de sa mère, même si les papiers de Clara sont falsifiés.
À cette époque de pureté raciale tous les membres de la Chambre de la culture allemande doivent pouvoir prouver que leur nationalité est dite « pure » sur deux générations avec la deutsche Reich kennkarte et le Ariernachweis, des papiers obligatoires pour pouvoir travailler hors Clara a du sang juif.
Tu imagines le danger qu’elle encourt, elle représentante de la Chambre de la culture du Reich, espionne pour l’Angleterre fréquentant tous les plus grands dirigeants du parti, Hitler parfois lui-même.
De la première à la dernière page Clara, va te faire suer de peur par les périls qu’elle encourt et les risques qu’elle prend.
La seconde intrigue est l’assassinat de Lotti Francke, une des jeunes filles faisant partie de « Foi et beauté », l’équivalent des jeunesses hitlériennes pour garçons. Les filles y apprennent à comment être de bonnes épouses des officiers SS, chaque fille ayant les bons traits (cheveux blonds, yeux bleus) peut faire la demande pour en faire partie. Pour Lotti et Hedwig, l’organisation est pour elles un passeport pour une vie meilleure, venant toutes deux de quartiers défavorisés.
Lotti croisera à un moment le chemin de Clara, car la jeune fille travaille comme costumière aux studios de l’UFA. Passionnée par la mode et le cinéma ce travail lui permet entre autres d’approcher les grandes vedettes et se nourrir des potins des célébrités. Douée et jolie, elle ne passait pas inaperçue.
Au fur et à mesure que le livre progresse, les deux lignes de l’intrigue convergent.
« Les circonstances avaient réuni les deux femmes, mais le destin avaient entrelacé leurs existences »
La vie de Clara est aussi rythmée qu’inattendue.
Elle travaille au studio bien sûr, sort en compagnie de son amie journaliste Mary, est invitée aux réceptions des dignitaires du parti, Goebbels, Goering, Himmler, les époux Von Ribbentrop. Etc.
Elle sera même réclamée par la talentueuse et célèbre réalisatrice Leni Riefenstahl qu’Hitler adule pour tourner Germania, un film censé montrer la genèse de l’Allemagne.
Clara ne manque pas, d’aider et de prendre des nouvelles de, son amie Steffi, ancienne costumière des studios ne pouvant travailler que dans la clandestinité étant juive ni de rendre visite aux parents de Lotti et de leur promettre de les informer si elle apprend quelque chose au sujet du meurtre de leur fille.
Elle oublie encore moins ; son filleul Enrich avec qui elle essaie de passer le plus de samedis possible même si celui-ci à 16 ans est farci de l’idéologie nazie.
Tout cela avec un aller-retour à Paris pour faire des photos pour le magazine Vogue en réalité bien plus, mais ça je ne te le dis pas.
Elle ira une fois en Angleterre dans une des branches de l’intelligence secret service.
Clara sait qu’elle doit se méfier de tout et de tout le monde, elle sort toujours avec une oreille attentive et des yeux partout. Épiant le moindre mouvement suspect, repérant un bruit de pas inconnu.
Sa méfiance la poussera à éviter Conrad Adler, un homme qui se trouve souvent sur son chemin depuis qu’elle l’a croisé lors d’une sortie avec ses amis journalistes Hugh Lindsey, Charles Cavendish et Mary Harker.
Jochen le petit ami de Hedwig et la jeune fille elle-même lance une autre intrigue que je ne te dévoile pas.
Des chapitres sur ce jeune couple d’amoureux se glissent entre les chapitres consacrés à Clara.
Jeanne Thynne embarque son lectorat dans un Berlin sous haute tension, on vient de fêter les 50 ans du führer.
Tous les dirigeants sont à couteaux tirés.
Ils se livrent à une guerre sans merci de celui qui aura la plus belle réception, celui qui se fera remarquer par Hitler.
Tous se livrent à un véritable pillage des richesses (tableaux, bijoux, etc.) des musées ou ayant appartenus aux juifs.
Un Berlin où le peuple se prépare à la guerre avec la construction des abris antiaériens, les longues files d’attente devant les commerces pour se procurer le minimum vital. La guerre n’a pas encore commencé, mais tout le pays travaille pour l’effort de guerre.
Lire la radicalisation des Allemands qui adulent Hitler, lui qui a su relancer l’économie, construire des autoroutes il ne peut qu’être un homme intelligent. C’est ce que pense le peuple. Tous sont rodés au salut hitlérien ; tous ont chez eux un autel à la gloire de l’homme et de son idéologie.
La peur domine chez tous, la Gestapo rode, la moindre incartade au code de conduite vaut une arrestation. C’est dans ce climat de peur, d’incertitudes et d’idéologie nazie que notre héroïne et les autres protagonistes naviguent.
La propagande abonde, de nombreux Allemands, juifs ou non, vivent dans un état de peur constant.
La recherche minutieuse et détaillée de Jane Thynne sur le parti nazi pendant cette période rend le livre absolument fascinant. J’ai été captivé par les descriptions des différents chefs de parti, y compris Goebbels, Goring, Himmler et leurs conjoints, et la quantité de dissensions qui existaient entre les différents dirigeants. Son écriture me donnait l’impression d’être transportée à Berlin et à Paris avec Clara.
La confiance d’Hitler dans sa suprématie n’a apparemment pas connu de limites. Tu vas rencontrer beaucoup d’autres personnages historiques de cette période, ceux qui étaient encore admis ou tolérés soit ceux qui étaient considérés comme des artistes dégénérés comme Picasso, Freud, Marlène Dietrich, le ministre Chamberlain.
Une grande partie du roman te fait naviguer dans les différents arts. Le cinéma, la mode, la peinture, la photographie et tu vois à quel point ils avaient tout planifié ;se rendant même dans les pays avant la guerre pour y recenser les tableaux par exemple au Louvre à Paris.
Tu es imprégnée de la culture allemande, sur ce que le Reich et donc Hitler aimait ou pas.
J’ai été étonné de découvrir son amour pour le 7e art. Pas que cela soit important pour ce qui suivra dans les 5 prochaines années, mais, lire que cet homme se détendait en regardant Mickey Mouse à quelque chose d’assez hallucinant surtout que c’était avant ou après avoir pris des décisions qui nous entraîneront dans ce que l’on connaît aujourd’hui.
Un monde où tous les journaux sont contrôlés, la moindre information filtrée. Journalistes allemands, comme étrangers, sont sur écoute.
Comme je te le disais tu peux vraiment lire cet opus indépendamment, l’auteure a fait un très bon travail d’écriture non seulement pour aider le lecteur à naviguer dans les événements des tomes précédents, mais aussi pour que tu ne sois pas perdu dans tous les faits, personnages qui se mêlent et s’entremêlent.
C’est fluide, haletant, c’est la peur au ventre que j’ai suivi Clara dans ses déplacements. L’intrigue principale est l’espionnage, le meurtre de Lotti se met en place plus lentement, mais les deux sont combinés de manière adéquate.
Ton intérêt pour les deux est constant.
Les chapitres, où Edwig, la meilleure amie de Lotti, a la parole sont très intéressants à lire, les remises en question que se fait ce personnage endoctriné, mais qui, malgré tout, se posera de plus en plus de questions sur ce qu’on lui enseigne.
Clara est l’héroïne et mon personnage préféré. Je dois dire que Conrad Adler m’a aussi fait peur qu’il m’a intéressée. Naviguer parmi toutes ces personnes cruelles me donnaient à la fois des frissons, mais m’a aussi fortement intriguée.
On a plus l’habitude, de lire leurs faits et atrocités commises pendant la guerre plutôt que de les voir évoluer comme ça avant la déclaration de la guerre ; ils sont insouciants, fêtards même s’ils font déjà froid dans le dos.
Cela reste une fiction, mais remarquablement documentée.
Le rythme est soutenu, la fluidité est de mise malgré toutes les informations, un vrai tour de force de la part de l’auteure de tenir son lecteur en haleine comme cela.
Le suspens est constant, j’ai pris peur plus d’une fois, Clara se met dans des positions délicates. Un seul moment m’a fait dire que les ficelles pour s’en sortir étaient un peu trop grosses.
En bref : J’ai été complètement immergée dans cette Allemagne où la montée du nazisme est à son apogée ; où tous les pays limitrophes ou pas, retiennent leur souffle. Une ville où des espions de plusieurs nationalités se croisent, mais au quel faire confiance ?
Il plaira à tous les amateurs de suspens et à tous les amoureux de l’histoire.
Une saga que je conseille vivement pour le point de vue différent, ici tu es en Allemagne aux côtés des dirigeants tristement célèbres.

Clara Vine, tome 4 : Foi et beauté de Jane Thynne -traduction de Philippe Bonnet – Espionnage, historique, suspens, romance – 380 pages, 22€ – Edition JC Lattès, en librairie le 7 février 2018

0