Un nouveau roman de Jodi Picoult c’est assurément un livre que je vais lire, car tous ont ce point commun de traiter de thèmes délicats.
Elle essaie d’éveiller les consciences sur des sujets qui l’ont indigné. Ce livre, mon cher lecteur, est un des plus forts que j’ai pu lire, le plus fort dans le sens où il a bousculé toutes mes certitudes. Il m’a ébranlée et m’a fait réfléchir sur notre société.
Je le dis souvent, je ne suis pas raciste, et c’est vrai, je ne le suis pas, mais jamais je ne me suis interrogée sur certains des points relevés par l’auteure, ce roman m’a vraiment poussé loin dans mes réflexions.
Pas négativement, du tout, à chaque fois que je le refermais je me disais, mais comment se fait-il que je n’y ai jamais fait attention ?
Tout simplement parce que nous sommes entraînés dès notre plus jeune âge par des images que cela soit dans les albums jeunesse, la télévision, etc.
Je pense que je pourrais écrire des dizaines de pages sur ce roman t’expliquant tout mon cheminement, mais je ne le ferai pas.
Je serais ravie d’en discuter avec d’autres lecteurs et à toi je te le conseille si comme moi tu as en horreur le racisme, si tu as envie de comprendre bien au-delà de la simple apparence, mais pousser la réflexion jusque dans les moindres détails.
Attention Jodi Picoult n’écrit pas du tout un livre moralisateur, il appartiendra à chacun d’en tirer ses propres conclusions.
Tu vas suivre 3 personnages, l’auteure leur donne la voix tour à tour. Tu as Ruth l’infirmière sage-femme, africaine-américaine, ensuite tu as Turk un suprématiste blanc qui s’apprête à devenir père et enfin Kennedy, avocate de La Défense publique.
Kennedy est le personnage auquel je me suis identifiée, c’est elle qui m’a fait le plus réfléchir grâce à Ruth.
Je reviendrai ensuite en détail sur chacun d’eux.
L’histoire de départ est simple et à la fois horrible. Tu te dis que non ça ne peut pas arriver en 2015, date à laquelle le roman a été écrit et pourtant si, cela se passe tous les jours.
Ruth Jefferson prend son service comme chaque jour depuis 20 ans, infirmière dévouée, c’est plus une vocation pour elle qu’un métier.
Elle sait comment rassurer les futures mamans, choisir les mots qu’il faut pour apaiser les jeunes mères et rassurer les papas.
Une femme totalement dévouée à son métier.
Ce jour d’octobre va complètement changer sa vie.
Quand elle entre dans la chambre de Turk et Brittainy Bauer pour venir vérifier les constantes du jeune bébé Davies né de la nuit, le père demande à ce qu’elle sorte et fait appeler sa supérieure Marie.
Un post-it sera glissé dans le dossier du bébé indiquant qu’aucune personne africaine-américaine ne doit s’occuper de ni de son fils ni de son épouse.
Pour Ruth, c’est une terrible injustice, ses collègues ne trouvent pas cela si horrible que cela.
Tout s’aggrave quand le bébé a un problème de santé, ce petit bout de quelques jours meurt. Fous de chagrins et de colère Turk et Brittainy accuse Ruth d’avoir tué leur fils par vengeance. Si Ruth pensait être épaulée par l’hôpital qui la connaît depuis 20 ans elle se trompe, elle sera arrêtée de la nuit, emmenée au poste puis en prison en attendant de passer devant le juge pour la lecture des mises en accusation.
C’est Kennedy McQuarrie qui est chargée de son dossier ce jour-là, elle deviendra par la suite son avocate.
Ruth est accusée de meurtre avec préméditation.
Que va devenir Edison son fils de 17 ans, un brillant étudiant promis à un grand avenir ?
Ruth l’élève seule ; son mari ; soldat est décédé en Afghanistan.
Elle ne vit que pour son fils, elle a toujours voulu lui donner le meilleur.
Elle habite un beau quartier, elle met de côté tout ce qu’elle peut pour qu’il puisse aller à l’université.
Elle ne comprend d’ailleurs pas sa sœur Adisa qui elle, au contraire, n’a pas voulu quitter Harlem.
Ruth osera t’elle tout dire à Kennedy, cette jeune blanche comprendra t’elle à quoi ressemble la vie de Ruth et celle de tous les africains-américains ?
Ruth peut-elle abandonner une partie du contrôle qu’elle a gardé pendant toute sa vie tout en disant ce qu’elle ressent vraiment ?
Est-ce que Kennedy sera capable de faire face aux choses qu’elle apprend non seulement sur les autres, mais aussi sur elle-même ?
Ce n’est qu’une partie des questions que tu te poses et que les héroïnes se posent.
Ruth a toujours fait de son mieux pour se « couler » dans la moule quant à Kennedy non, elle ne peut pas avoir de préjugés raciste, elle ne l’imagine même pas.
Deux femmes qui vont, chacune, essayer de comprendre le monde de l’autre.
Comme le procès a un gros tapage médiatique Edison, le fils de Ruth en est affecté, ses amis lui tournent le dos, ce qu’a toujours craint Ruth est en train de se passer. Elle a toujours voulu que Edison se sente normal, pas à part.
Quand j’ai lu la première phrase du point de vue de Turk, je l’ai d’emblée détesté. Je pensais qu’il n’y avait aucun moyen de trouver quoi que ce soit de rédempteur dans ce personnage.
Tu es confronté à son passé, de la manière dont il a été élevé.
Comment il en est venu à être aussi impliqué dans « Le Mouvement » et les choses horribles qu’il a faites.
Tu apprends aussi comment il a rencontré sa femme, Brittainy et la vie qu’ils ont vécue et vivront après le drame.
Le point de vue de Turk est dur à lire et à comprendre.
Comment peut-on arriver à ce niveau de haine et de cruauté ?
Btittainy n’est pas en reste.
L’écriture comme d’habitude m’a transportée. Tu ne ressens aucune longueur, ton attention est braquée sur les 3 personnages principaux et leurs réactions.
Il est aisé de suivre les points de vue alternés des personnages, les protagonistes, leur psychologie, leur enfance sont superbement développés. Tu les comprends peu à peu.
Comme pour ses autres romans on ne peut nier l’immense travail de recherches qu’a accompli l’auteure.
Jodi Picoult ne cesse de m’étonner de la manière dont elle divertit et éduque si je peux dire.
 Elle te pousse dans tes retranchements, tu te mets toi aussi, et ce plusieurs fois au cours de ta lecture à te demander et si c’était moi, est-ce que j’aurais fait les mêmes choix ?
En Bref : Il y a tellement plus de choses que je voudrais te développer, mais je vais m’arrêter là en te conseillant mille fois de le lire.
Vraiment, c’est un roman qui ne peut laisser insensible et qui est actuel, aussi difficile et intolérable par moment, oui tu vas être révolté, mais tu ressentiras énormément d’empathie pour certains des personnages et si tu as déjà lu Jodi Picoult tu sais qu’elle te réserve des retournements de situation complètement inattendus.
Des fins mémorables. Elle n’écrit jamais un roman au hasard.
Mille petits riens de Jodi Picoult – traduction de Marie Chabin –  roman contemporain – littérature américaine 592 pages, 23.50€ – Éditions Actes-Sud, en librairie le 7 mars 2018
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