Voilà un livre mon cher lecteur qui va être bien difficile et je dirais même douloureux à revivre en t’écrivant ma chronique.
D’ailleurs, cela fait un moment que je l’ai lu, mais je n’aurais pas pu l’écrire avant.
Je m’étais préparée, je savais que ce livre allait me bouleverser.
Je n’ai pas pleuré durant ma lecture, mais j’ai eu les larmes aux yeux pour que quand je referme le livre j’éclate en gros sanglots.
Coïncidence de la vie, destin qui décide à notre place quel livre lire avant tel autre ; peu importe. Au moment où je lisais ce livre et encore plus où je t’écris ces quelques lignes ; je sais que la vie ne tient qu’à un fil et que ce fil on a beau le tenir de toute notre force, espérer qu’il ne cède pas pour retenir nos proches encore près de nous ; le rythme de la vie fait qu’à un moment il se rompt. Le fil casse, que l’on soit prêt ou non.
J’ai une boule dans la gorge, mes muscles se crispent, j’ai cette crainte de ne pas réussir à poser les mots justes et adéquats sur mon ressenti.
Je vais à tout prix me détacher de ma vie personnelle et me glisser à nouveau dans la peau de la mère de Luc, car, après tout, c’est ce que j’ai fait.
Lui comme Evelyn a l’âge de ma fille aînée.
Cela explique sans doute comment j’ai lu ce livre.
J’étais Amanda, tout au long de ce road-trip.
J’ai eu l’impression d’être une présence protectrice pour nos héros. Comme si j’allais pouvoir épargner à ces êtres de papiers toute souffrance. Comme si j’allais aider et comprendre Luc, mais tout autant Evelyn.
Beaucoup de livres m’ont déjà émue ; d’autres m’ont ravagé le cœur ; celui-ci m’a mis le cœur en miette. Je n’observerai plus jamais le ciel et ses étoiles ; le soleil et ses papillons, de la même façon.
Je n’avais jamais pensé à cette similitude entre les battements du cœur et le rythme des battements des ailes des papillons. Je n’avais jamais envisagé que la vie, comme les papillons est éphémères.
Je n’avais jamais pensé que lâcher prise c’est aussi s’envoler vers d’autres lieux.
J’ai cette chanson en tête même si de nombreux artistes se trouvent dans le récit.
Pour ma part, j’associe ce roman à cette chanson et à ce couplet en particulier de
Mistral gagnant de Renaud
À m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Regarder le soleil qui s’en va
Te parler du bon temps qu’est mort et je m’en fous
Te dire que les méchants c’est pas nous
Que si moi je suis barge ce n’est que de tes yeux
Car ils ont l’avantage d’être deux
Et entendre ton rire s’envoler aussi haut
Que s’envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie et l’aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants et les mistrals gagnants
Qu’y a-t’il de plus terrible pour des parents que la souffrance de leurs enfants. Je peux te le dire mon cher lecteur, c’est une peur viscérale depuis que tous trois ont pris leur première respiration.
Combien de temps avant que le bonheur s’arrête à tout jamais ?
Peut-on s’y préparer ?
Voilà le genre de question que Luc se pose.
Lui ce qu’il veut c’est ne plus voir souffrir ses proches.
Est-ce que ce voyage sera le voyage de sa vie ?
Est-ce qu’à chaque étape il verra défiler ses souvenirs ?
Quel choix va-t’il faire ?
Résister ou lâcher prise ? Lutter dans ce face à face avec la mort ou s’avouer vaincu, mais décider de lui même quand le match prendra fin ?
Evelyn saura-t’ elle lui montrer le chemin de la vie ?
Ô combien, mon cher lecteur, je suis émue par ces deux jeunes, 17 et 19 ans ; à cet âge on a toute la vie devant soi, mais pas Luc.
Voilà 3 ans qu’il a été transplanté du cœur, mais des complications importantes surviennent.
Il ne veut plus entendre parler des hôpitaux, il ne veut plus entendre un seul moniteur cardiaque, mais écouter Janis Joplin, Elton John, Freddy Mercury ou les Doors.
Evelyn, elle ne veut plus retourner en Arizona avec sa mère près de son beau-père.
Ils se connaissent depuis des années ; même si pendant ces trois dernières années Luc n’a pas entretenu la flamme de l’amitié Evelyn se charge pour lui de ranimer les braises en déposant sur son paillasson une grue en origami.
Par ce simple morceau de papier elle lui signifie qu’elle ne l’a pas oublié alors quand il propose de l’accompagner dans ce road-trip jusqu’en Oregon elle ne lui dira pas non.
C’est la chose la plus insensée qu’elle n’ait jamais faite, mais elle n’a pas beaucoup d’hésitation. C’est Luc.
Elle sent qu’elle doit faire ce voyage avec lui ;peu importe s’il ne lui dit pas tout ; elle non plus de toute façon.
Ne pas prononcer à haute voix les pensées, les faits douloureux c’est les rendre, encore pour un instant irréel. C’est s’octroyer une pause, c’est rêver, c’est rire en se disant que le danger est loin, que les soucis ne les rattraperont pas au bout de tous ces kilomètres de bitumes, c’est voir la mer, c’est visiter des lieux insolites et vivre chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque jour intensément.
Luc est caustique, il possède un humour noir, mais qui l’aide à dédramatiser tout cela.
Il veut juste être normal que personne ne le considère malade.
Il a blindé son cœur pour éviter à qui que ce soit de s’attacher à lui et de le faire souffrir ensuite.
Plus que tout, il ne veut pas lire de pitié dans les yeux des personnes qui le connaissent.
Evelyn est un personnage aussi très touchant, sa mère cherche l’amour dans des mauvais bras, elle collectionne les petits amis, Evelyn fait tout le contraire de sa mère, sa mère ne voit pas quand elle souffre, Evelyn prend bien soin de lui cacher, elle aussi veut épargner celle qu’elle aime même si elle a très peur de ce possible retour en Arizona. Ce road-trip lui permet d’échapper à ce départ imminent au moins pour quelque temps.
Tolérante et empathique ; solitaire elle n’a que Luc comme véritable ami, voir plus… mais ça il ne le sait pas.
Une jeune fille qui ne pense qu’au bien-être des autres.
« Longtemps après ma mort, tout ce que je regarde en cet instant continuera de briller. Vu les circonstances, il est assez approprié de se sentir ridiculement petit et insignifiant devant cette immensité. Pour autant, j’ai ce cadeau précieux du libre arbitre de continuer à lutter pour vivre ou celui de mettre un point final à tout ça. »
Tu as sûrement compris les thèmes du roman : la maladie, mais surtout ce choix de vivre encore même s’il n’y a plus aucune chance ou très peu, s’acharner ou lâcher prise ? L’euthanasie, car c’est bien de cela que Kelley York et Rowan Altwood vont t’en parler, elles traitent de ce sujet grave et encore très tabou avec beaucoup de pudeur et sans jugement.
C’est aussi et surtout l’amour qui te fait déplacer des montagnes et qui rend ton cœur plus fort encore ; c’est écouter l’autre respirer et le regarder dormir.
C’est saisir chaque nuance dans le regard de l’autre, se comprendre sans se parler… Entendre ses silences.
Ce sont des petits gestes, mais qui expriment tellement pour celui qui les reçoit ou qui sait ce qu’est leur signification. Comme les origamis d’Evelyn, ils ont une raison, ils viennent d’une légende japonaise.
Extrait de Wikipédia sur l’explication de cette légendé :
La légende des mille grues (羽鶴, せんばづる, senbazuru ou zenbazuru) est une légende originaire du Japon, où l’origami est très pratiqué1, qui raconte que si l’on plie mille grues en papier dans l’année, retenues ensemble par un lien, on peut voir son vœu de santé, de longévité, d’amour ou de bonheur exaucé. Pour que le vœu, la chance ou la santé se réalise, on doit fabriquer le senbazuru pour une personne bien particulière et faire une prière à chaque grue achevée. Une seule personne doit conserver le senbazuru, celle pour laquelle il a été fait. Moins nombreuses sont les personnes à avoir fabriqué la guirlande, plus le vœu sera fort car il aura demandé beaucoup plus de patience et de persévérance… En général, on offre un senbazuru à une personne très proche, souvent malade (depuis Sadako Sasaki), ou plus culturellement pour une naissance ou un mariage. La guirlande des 1 000 grues est devenue un symbole mondial de paix et les gens peuvent en laisser dans les temples ou jardins de prières (notamment à Tokyo et Hiroshima). La guirlande est alors laissée à la merci des éléments et symbolise des messages. Elle a alors le même sens que les drapeaux de prières tibétains.
Que te dire sur l’écriture si ce n’est que Kelley York me bouleverse à chacun de ses romans, mais encore plus avec celui-ci qu’elle a écrit à 4 mains avec son épouse Rowan Altwood.
Tu vas alterner les chapitres entre Evelyn et Luc.
Tu vas lire, toi, ce qu’ils cachent tous deux au plus profond de leur âme.
D’emblée, tu sais, que ce livre, va te secouer avec ce prologue qui te glace le sang, l’épilogue qui m’a fait exploser le cœur même si j’ai eu des ratés, de gros moments de refus, deux moments où j’ai dû fermer le livre deux secondes le temps de reprendre mon souffle, j’étais en train de me dire : non non pas ça. Je l’ai même dit tout haut à un moment…
Malgré tout ce que je te dis, il sort de ce livre une puissance de vivre, une rage de vaincre incroyable, les auteures ne tombent à aucun moment dans le trop-plein d’émotion.
Tu vas rire ; tu seras en colère, ou dans l’incompréhension ; il y aura des moments de tension et d’autres d’angoisse. Tes certitudes qui volent en éclat, et cette incroyable lucidité de Luc sur son état. Une leçon de vie, quelle maturité à cet âge !
Un livre pour de nombreux lecteurs, jeunes à partir de 15 ans ou adultes.
Il fera réfléchir beaucoup de monde sur le sens de la vie.
La seule chose sur laquelle on n’a pas prise c’est de quand ?
Quand cela nous arrivera-t’il ?
Qu’est ce que l’avenir nous réserve ?
Profitons de chaque instant et de la beauté du monde qui nous entoure ; regarde le ciel, les nuages et les étoiles ; la pluie et le soleil ; rêves, vis, ris chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque jour et, surtout, dis, à très proches, combien tu les aimes avant qu’il ne soit trop tard, petit conseil de souris
Dans mes mains se trouve un papillon, il ne bouge plus puis peu à peu il bat des ailes ; mes bras tendus vers le ciel je le laisse s’envoler, attrape-le ; regarde-le ; il est bleu, il se prénomme « les derniers battements du cœur ».
Les derniers battements du coeur de Kelley York et Rowan Altwood- traduction de Laurence Richard – Young Adult, euthanasie – 336 pages, 17.50€ – Édition Pocket Jeunesse, collection Territoires, en librairie le 15 février 2018
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