Je ne vais pas te mentir, depuis que la couverture a été dévoilée par la collection R, je voulais le lire, j’étais très intriguée.
Je suis rentrée dans cette lecture comme d’habitude, mon cher lecteur en en sachant le moins possible et le bilan est ultra positif.
Entre fantasy et dystopie, cette nouvelle saga Young Adult m’a totalement convaincue
Quand tu démarres le roman Camélia s’apprête à sortir de sa calèche tout comme ses 5 sœurs : Amber, Valérie, Edel, Padma, Hana, sur la place Royale, à l’occasion du carnaval de la Beauté.
Un festival qui se déroule une fois tous les trois ans dans l’archipel d’Orléans.
En présence de la reine, de la princesse et du roi, les 6 belles vont montrer ce qu’elles peuvent faire avec leurs arcanes.
Une sorte de pouvoirs magiques qui leur permettent de manipuler les traits du visage et du corps, la couleur des cheveux et de la peau, influer sur la personnalité.
Les habitants de l’archipel sont obsédés par la beauté. Ils ne veulent surtout pas que l’on puisse voir leur peau grise suite à une malédiction due à une dispute entre les dieux.
Camelia désire plus que tout être la favorite celle que la famille royale choisira comme sa mère avant elle. Les 5 autres seront réparties dans l’un des cinq « salons de thé » impériaux, ces maisons où l’on reçoit les clients pour transformer leur apparence. Les nobles, surtout, du moins ceux qui ont assez de spintria (la monnaie du pays) pour pouvoir changer ce qui ne leur plaît plus. L’une d’elles retournera à la maison rouge pour s’occuper des nouveau-nés, la future génération de Belles.
« Tous les habitants d’Orléans naissent ainsi – blêmes, gris et flétris, les yeux rouges, les cheveux pareils à de la mauvaise paille – comme si toutes les couleurs s’étaient écoulées de leur corps, leur donnant l’apparence de la cendre. Mais s’ils gagnent assez de spintria, on peut les changer. Chasser la noirceur et trouver la beauté qui se dissimule sous le gris. On peut leur éviter une vie d’insoutenable uniformité. Ils nous demandent de leur redonner un squelette blanc comme le lait. Ils nous demandent de redonner des formes à leur visage. Ils nous demandent de lisser, modeler et sculpter chaque courbe de leur corps comme une bougie à la cire encore chaude. Ils nous demandent d’effacer les signes du temps qui passe. Ils nous demandent de leur donner des talents. Même si la douleur devient si forte durant le processus qu’elle leur arrache des cris épouvantables, et quand bien même le coût de cette transformation menace de les ruiner, les habitants d’Orléans en veulent toujours plus. Et je suis heureuse de les aider. De me rendre utile. »
« Au commencement du monde, le dieu du Ciel tomba amoureux de la déesse de la Beauté. Le Ciel arrosa la Beauté d’une pluie de présents choisis parmi ses attributs les plus plaisants – le soleil, la lune, les nuages et les étoiles. Elle accepta sa demande en mariage et, ensemble, ils engendrèrent les enfants d’Orléans. Mais la Beauté chérissait tant sa progéniture qu’elle passait le plus clair de son temps en sa compagnie. Comme elle refusait de rentrer auprès de lui, le Ciel dépêcha sur terre la pluie, la foudre et le vent pour noyer les premiers hommes. Lorsque la Beauté prit ces derniers sous sa protection, le Ciel les frappa d’une malédiction : ils naîtraient la peau grise comme un ciel sans soleil, les yeux couleur de sang et les cheveux rêches comme de la paille. Et il les condamna à ressentir à jamais une profonde mélancolie qui se transforma vite en folie. En retour, la Beauté créa les Belles, des roses destinées à jaillir de la terre sombre et dévastée afin de rétablir la beauté dans le monde damné, de même que le soleil ramène la lumière. Extrait de L’Histoire d’Orléans »
On les forme à ce rôle dans la maison rouge sous les ordres de Madame du Barry depuis qu’elles ont 13 ans. Toutes sont impatientes de rendre service aux habitants.
Je ne t’en dis pas plus sur le pitch de départ.
Dhonielle Clayton crée une société matriarcale où tout se joue autour de la beauté, y compris les lois.
La reine édicte certaines lois pour limiter les changements d’apparence par exemple.
Elle invente une mythologie novatrice que je ne vais pas trop te dévoiler, car je voudrais que tu en découvres un maximum par toi-même et pour être honnête, si je commence, à te raconter : comment, qui, pourquoi, je devrais te décrire le roman en entier, l’auteure divulgue petit à petit les informations sur le monde qu’elle a créé jusqu’au bout du livre.
Un procédé qui te permet d’appréhender et comprendre complètement les règles, us et coutumes de l’archipel d’Orléans.
La favorite qui sera désignée par la reine (c’est elle qui détient le pouvoir et non le roi) sera plongée bien malgré elle dans les intrigues de la cour.
Plusieurs intrigues ont cours dans ce premier tome : la beauté, bien sûr ; tout ce que les nobles sont prêts à payer, à subir voire à faire subir, tout ce qu’ils sont prêts à endurer pour être le plus beau ou la plus belle ; les complots ; les alliances ; les faux semblants qui ont lieu à la cour.
Révélations, rebondissements, retournements de situations, tout y est pour te donner qu’une envie : lire encore et encore. Que vont devenir nos 6 belles ?
Le plus beau des visages peut renfermer l’âme la plus sombre. La plus courtoise des personnes peut se révéler un monstre. Ne te fie jamais aux apparences, c’est notamment un des thèmes de réflexion qu’apporte la lecture de ce premier opus.
Du côté de l’écriture, je suis tout aussi enthousiaste.
Une écriture visuelle, poétique et totalement addictive. Une écriture qui donne des sensations gourmandes et chatoyantes.
Devant tes yeux surgit une myriade de couleur, de fleurs les plus odorantes, une multitude de teintes féériques.
Dhonielle Clayton a tout imaginé. Les bâtiments, les vêtements, la nourriture, elle a tout décrit pour que tu sois émerveillé.
C’est le culte du beau, en toute chose, y compris dans la nature.
Grâce à ses descriptions qui semblent couler de source, tu vois apparaître de la brume le palais et ses joyaux ; les coiffures et la nourriture, les mets délicats même les animaux sont mignons ; tu vas rencontrer tous les animaux que tu connais, mais en miniature (du chat au dragon en passant par le singe et l’éléphant).
Au début du récit, tu as beaucoup d’informations à emmagasiner ; malgré tout, au bout de 50 pages, j’étais totalement embarquée dans l’histoire.
J’avais aussi hâte que les prétendantes au titre de favorite de visiter les couloirs du palais, j’étais avide de comprendre toute la mythologie complexe et dense mise en place par l’auteure.
De plus par son récit Dhonielle Clayton te fait réfléchir sur les apparences, elle met sur un pied d’égalité toutes les races ou couleurs de peau.
Une autre thématique abordée, mais qui est complètement incluse dans le récit ce sont les orientations sexuelles, elles sont toutes acceptées, aucune n’est pointée du doigt et Dhonielle Clayton n’en fait pas du tout un point de morale. C’est comme je te le dis complètement intégré dans les descriptions.
Les autres sujets sont la jalousie, l’envie, les mensonges, le culte de la jeunesse et de l’abus de la chirurgie esthétique, les dictats de la mode et du corps, le culte de la maigreur que l’on voit partout, dans les magazines, à la TV, dans les publicités, l’auteure les dénonce tout comme les ragots et la presse à scandale. Dans ce monde, tout est épié grâce au ballon-poste, tous les murs et fenêtres ont des oreilles.
 
« RÉVEILLEZ L’AMOUR… SOYEZ IRRÉSISTIBLE EN BLONDE ET JADE

UN INCONTOURNABLE DE VOTRE TROUSSE DE TOILETTE : LA POUDRE CAPILLAIRE AGRÉÉE PAR LES BELLES  
 AYEZ UN TEINT DE MUGUET ET DES LÈVRES ROSES COMME LES BELLES »
 
Ces thèmes poussent le lecteur à réfléchir sur son apparence et, je trouve, à être beaucoup moins intransigeant avec soi-même.
Que toi, ce que tu penses être un défaut, que tu aies des complexes pour un grain de beauté ou une taille plus épaisse ; une poitrine pas assez généreuse ; tu es simplement toi et c’est ce qui fait ta beauté.
Cultiver la différence. Que ferions-nous si nous étions tous identiques ? Un joli message de tolérance aussi à une époque où les gens le sont de moins en moins.
Concernant le rythme, il monte crescendo. Tout comme les protagonistes qui s’affirment au fur et à mesure de ta lecture.
Peu à peu, tout se déroule devant toi.
Tout est savamment dosé et calculé pour te maintenir dans un suspens constant.
Un tempo qui s’accélère pour finir sur un cliffhanger qui me fait désespérer d’attendre 2019 pour avoir la suite dans mes mains.
Du côté des personnages, je ne vais pas trop en dire sur eux si ce n’est qu’eux aussi vont t’étonner. Les prétendantes ; Bree , la femme de chambre ; Rémy , le garde du corps ; Auguste, le fils du ministre ; la reine ; sa fille, la princesse Sophia ; Élisabeth, la fille de Madame du Barry ; Ivy, la favorite précédente ;Madame du Barry ; le ministre de la mode ; les dames de compagnie de la princesse Sophia ; Claire, la sœur de Madame du Barry ; Arabella ; tous ont un rôle à jouer que cela soit positif ou négatif. Par ses protagonistes l’auteure va aborder les 7 pêchés capitaux ; elle va te montrer la différence entre la beauté d’âme et du cœur par rapport à celle de l’apparence.
Un des personnages est vraiment horrible, cruel, certains passages où le protagoniste en question intervient sont lourds à lire.
Le plus beau des visages peut renfermer l’âme la plus sombre. La créature la plus innocente et mignonne ; peut être la plus vile et sournoise personne ; tandis que les êtres renfrognés se révéleront sous un tout autre jour quand il le faudra.
Les fleurs les plus belles peuvent être les plus dangereuses.
Un met savoureux peut être dangereux pour la santé. Méfie-toi de tout et de tous.
N’oublie pas que les apparences sont trompeuses dans ce pays où tout est beau.
Certains vont se montrer d’une cruauté sans pareil et tu auras peur de ce qu’ils peuvent faire pour aboutir à leurs fins. Assouvir leur désir.
Si tu penses, par rapport à la couverture, que ce sera un roman léger où il y aura une romance détrompe-toi, les complots et trahisons sont complexes ; les protagonistes ont de multiples facettes. Quel est leur véritable visage ?
Dhonielle Clayton donne à son livre un titre qui pourrait te sembler superficiel, mais mon cher lecteur c’est tout le contraire.
L’intrigue et les enjeux qui se cachent derrière ce culte de la beauté en toute chose et en tout être sont bien plus complexes que cela ne le laisse supposer.
C’est parfois dérangeant, certaines choses m’ont mises mal à l’aise, tu vas t’interroger sur le poids des apparences et l’importance accordée ou non à la beauté.
En bref :
Un premier tome explosif, aussi émouvant que terrifiant. Une intrigue bien ficelée, une mythologie et une histoire détaillée.
Je pense que l’auteure n’a pas du tout fini de nous étonner. Des questions restent en suspens, cette fin te laisse sans voix, le bien triomphera-t’il du mal ?
Nos 6 belles ont-elles vraiment été préparées à ce qui les attend ?
Je n’ai qu’une hâte : lire la suite de cette saga innovante, enrichissante.
Un très bon premier tome, qui passe à un cheveu du coup de cœur ; il m’a manqué un tout petit peu plus de développement pour l’intrigue centrale, rien de grave rassure-toi, je pense que l’auteure n’a pas tout voulu nous dévoiler dans ce premier tome.
Les belles, tome 1  de Dhonielle Clayton – traduction de Cécile Ardilly – Young Adult, fantasy, dystopie, fantastique – 486 pages, 17.90€- Édition Robert Laffont, collection R-jeunes adultes, en libraire le 22 février
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