*Coup de cœur*
Je ne pensais vraiment pas aimer autant cette dystopie, j’étais curieuse de la lire. 
Une dystopie écologique recommandée par Leonardo DiCaprio, adaptée au cinéma. 
Qu’avait donc ce livre pour avoir un tel emballement autour de lui très peu de temps après sa sortie aux États-Unis ? 
Voilà les questions que j’avais en le commençant.
J’ouvre le roman, en 2 pages l’auteure, Kayla Olson, vous embarque dans son monde, je ne l’ai plus quitté.
 
Nous sommes à peu près en 2051, les rescapés disent l’an zéro, l’année où tout a basculé. 
Nous suivons Éden, jeune fille orpheline, elle est dans un goulag au bord de la plage, elle observe ceux qu’on appelle les loups. Une guerre mondiale a éclaté, je ne peux tout vous révéler, mais sachez qu’en gros la disparition de la classe moyenne et le climat de plus en plus incertain ont poussés les plus défavorisés à renverser l’Ordre Mondial. 
Ce sont maintenant les pauvres au pouvoir, les loups, les riches sont soit tués soit enfermés dans des goulags comme ceux de la Seconde Guerre mondiale, ils travaillent, sont exploités, ils ont à peine de quoi se nourrir.
 
Ce qui était justement l’idée, j’imagine. Une bonne idée, au fond, quoique un peu dure à avaler : que trop de gens étaient déconnectés de la réalité, portés par le dur labeur des autres qui se tuaient à la tâche rien que pour survivre. Que trop d’entre nous étaient ingrats et se croyaient tout permis, trop habitués à voir tout ce qu’ils touchaient se changer en or. Ils n’avaient pas tout à fait tort. Ces problèmes sont aussi vieux que l’humanité : ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien.
 
L’enjeu pour Éden, la patience ; voilà 2 ans depuis que le conflit a commencé qu’elle épie son ennemi : les soldats surveillant l’océan, le seul moyen de s’échapper de l’île pour rejoindre Sanctuary. 
Tous les matins depuis que les Loups nous ont arrachés aux vies que nous chérissions pour nous entasser dans des goulags. Je m’assois là où les gardes peuvent bien me voir –là où je peux bien les voir, là où je peux tout voir. Je regarde l’eau, je regarde les vagues. Je ne regarde pas que l’eau. Je ne regarde pas que les vagues. Je cherche des failles.
 
Son père décédé, célèbre ingénieur lui a à laissé un guide où il a écrit comment accéder à cette île qui accueille les réfugiés.
Lors d’une révolte au goulag elle peut s’enfuir à bord d’un voilier avec trois autres filles qu’elle ne connaissait pas : Finnley, Hope et Alexa.
La traversée est périlleuse, vont-elles trouver cette île ? Sera-t-elle vraiment un lieu d’accueil ? Existe-t-elle vraiment ?
Je ne peux vous en dire plus, vous ne pouvez pas imaginer la frustration que je ressens là tout de suite tellement j’ai envie de vous raconter ce qu’il se passe avant et après.
 
Ce qui m’a le plus enthousiasmé dans ce roman c’est l’écriture. 
En peu de pages, vous avez une description visuelle du monde tel qu’il est. 
Les couleurs jaillissent des lignes, que ce soit celle du sable, de la mer ou de la végétation.
Si Kayla Olson est douée pour les descriptions environnementales, elle l’est tout autant pour toute la portée scientifique et climatique. 
Vous comprenez très vite pourquoi tout a basculé, ce que je vous ai dit ne sont que quelques intrigues. L’univers est incroyablement riche et dense, tout a été pensé ; réfléchi ; mesuré, rien n’a été laissé au hasard. 
Je ne suis absolument pas étonnée qu’il soit adapté au cinéma, car on dirait qu’il a été écrit pour.
Les descriptions sont très cinématographiques, vous voyez l’horizon se dérouler devant vos yeux, vous assistez à la beauté du coucher de soleil avec toutes ces différentes teintes.
 
Et les protagonistes dans tout cela ? 
J’y viens justement. Éden, l’héroïne même si elle n’est pas parfaite, ses faiblesses en font un personnage crédible, elle agit en adéquation avec son âge et son environnement. On s’y attache très vite. Téméraire et en même temps réfléchie, courageuse même quand elle est confrontée à ses phobies, loyale même quand ça lui déchire le cœur de devoir agir pour le plus grand nombre au sacrifice de quelques un. Très censée, loin d’être naïve, elle réfléchit à ce qu’elle a perdu, nous fait part de ses pensées dans des chapitres d’une seule page, mais d’une puissance de mot, la portée est incroyable. Ces chapitres sont très poétiques.
 
Vous cogitez sur les dérives scientifiques ; sur la disparition de la classe moyenne, à l’heure où les inégalités sociales sont de plus en plus aux actualités ce livre y fait écho ; sur la fragilité de la vie, que du jour au lendemain ce que vous pensiez acquît ne l’est pas forcément, autant matériellement qu’humainement ; de la corruption, des failles du système, on pense aux dictatures, à ces pays en guerre et aux peuples soumis à l’heure actuelle, même si le monde est totalement inédit comment ne pas penser à ce qui se passe dans le monde aujourd’hui ?
J’ai mis quantité de post-its, sur ses citations, ses réflexions, je vous en écris quelques-unes. (Si je pouvais je les mettrais toutes tellement je trouve la plume de Kayla Olson magnifique)
SURVIVRE : Ce n’est pas aussi facile qu’inspirer, expirer. Ce n’est pas aussi facile que mordre, mâcher, avaler. Ce n’est pas facile. Tous les Loups ne sont pas partis babines retroussées, bien décidés à planter leurs crocs dans la gorge de leur voisin pour étancher leur soif de sang. Je le crois sincèrement. Tous les Loups ne voulaient pas une nouvelle vie au prix d’autres vies. Les Loups voulaient une nouvelle vie, juste pas au prix de la leur. Alors la soif de sang l’a emporté. Les griffes et les crocs. La volonté de survivre coûte que coûte. Et les plus modérés ont laissé faire, sous peine de se retrouver pris dans le carnage. Mordre. Mâcher. Avaler. Survivre, c’est autant une question de peur qu’une question de bravoure.  
 
Le plus dur, c’est l’oubli : ces moments immobiles, ce calme en suspens, juste après le réveil, bonheur paisible d’une fille qui n’a jamais perdu tout ce qu’elle a toujours aimé. Le plus dur, c’est l’oubli. Parce que comment puis-je oublier ? Cet énorme poids qui s’abat sur moi, immuablement, tous les matins –enfin, presque tous les matins : certains matins, je ne me sens pas en paix du tout au réveil –, m’est devenu plus apaisant que la paix elle-même. Comme si ça voulait dire que je me souviens. Comme si je n’étais pas la fille la plus indigne du monde, ou la pire petite amie de l’univers parce que je suis encore debout, alors que je devrais me sentir brisée ; parce que je suis calme, alors que je devrais être perpétuellement au bord des larmes ; parce que j’ai chaud, alors que je devrais sentir le froid éternel de leur absence. Je devrais. Le plus dur, c’est l’oubli. Et les souvenirs aussi.  
 
L’être humain n’est pas programmé pour choisir la mort. Pas la sienne, en tout cas. Alors, je choisis la vie. Et l’ironie du truc, c’est que le résultat est le même.  
 
Quand les Loups nous ont volé nos océans, nos plages, notre liberté, notre joie de vivre et tous ceux que nous aimions, j’ai repris mes levers de soleil. Le soleil était fidèle. Le soleil ne mentait pas. Le soleil pulvérisait l’obscurité en un milliard d’invisibles petits éclats avec ses rayons jaunes, orange, rouges et, parfois même, roses et violets. J’en regardais le plus possible. Seule, mis à part pour les gardes faisant leur ronde, assise sur le ponton de bois. Il fait noir, maintenant. C’est peut-être la nuit la plus noire de toute ma vie. Et j’ai bien l’intention de voir le lever du soleil demain matin.  
 

Jadis, en des temps très lointains, la lettre Z était ma préférée. Z, c’était un sommeil paisible. C’étaient des tigres et des flamands roses dans un parc, des expos de papillons exotiques. C’étaient les zèbres du Serengeti et trop de filles qui s’appelaient Zoé, juste parce que, pour les Grecs, ça voulait dire « vie ».   Maintenant, Z est devenu l’opposé de la vie. Z, c’est de l’excès de zèle généralisé. C’est Zéro, le jour honni : toutes ces vies, cette joie de vivre perdues. (…). Et demain, Z, ça voudra dire quoi ?

Bien sûr, il va y avoir à un moment donné un garçon, mais au contraire de bon nombre de romans Young adult ou jeunesse ici leur relation n’est absolument pas prioritaire.

L’enjeu : la sauvegarde du monde. La survie est au centre du roman, tout ce que notre héroïne va devoir faire pour se protéger, mais aussi la survie de la terre.


Survivre, ce n’est pas seulement s’échapper à temps. Survivre, c’est une lutte quotidienne pour s’extraire des ruines et avancer vers l’inconnu, quoi qu’il advienne. Nous possédons tous en nous la force nécessaire… il suffit juste d’y croire.  

Tous les protagonistes rencontrés apportent quelque chose, vous douterez comme moi de tous, car nous sommes dans un monde où la confiance est réduite à néant.
Il y a les filles avec lesquelles Eden a pu s’enfuir, rejointes plus tard par les garçons : Cass, Phœnix et Lonan, ensuite nous faisons connaissance de Will, Gray, Ava, le professeur Marieke, Zhornof, Pellegrin. Aussi incroyable que cela puisse être les amis et la famille qu’Eden a perdu, l’auteure les rend très réels à l’image de Birch son petit ami, de Emma sa meilleure amie.
Pellegrin, Lonan et Eden sont mes personnages préférés.
Quant à la dystopie, et bien ce ne serait pas rendre justice au livre en ne le classant que dans ce genre, il y a un côté thriller avec les épreuves auxquelles vont faire face les protagonistes, un suspens qui est constant, vous ne savez pas en tournant la page à quelles horreurs vous allez être confrontés, les apparences sont trompeuses, vous-même vous allez douter que tout cela est bien vrai. 
Il y a aussi un côté science-fiction avec toutes les technologies futuristes développées dans le roman.

C’est un véritable page turner, je ne pouvais plus m’arrêter de lire, je voulais savoir ce qui allait arriver à Éden. 
Des scènes d’horreur, certaines où vous aurez le cœur qui bat à du 200 à l’heure, j’ai eu tellement peur pour les personnages, des moments de très fortes émotions et là encore je ne peux pas vous en parler sans dévoiler l’intrigue, l’auteure joue avec vos sentiments comme avec les apparences, j’ai été tiraillée autant qu’Éden, qu’aurais-je fait à sa place ?

Une dystopie écologique, car l’auteure nous pousse à réfléchir sur la montée du niveau de la mer et là nous ne sommes pas dans une fiction. Qu’est-ce qui arrivera si le réchauffement climatique ne s’arrête pas ?
 
À l’heure actuelle où le marché de la dystopie semble saturé, quelques unes sortent du lot, l’empire de sable est incontestablement une dystopie unique, originale et menée d’une main de maître par son auteure.

Puissance des mots avec une consonance très forte avec le monde d’aujourd’hui, suspens et tensions, une écriture fluide et visuelle, des personnages forts autant dans la bonté que dans la méchanceté, un mélange de genres qui fonctionnent parfaitement, énormément de réflexion sur ce qui va advenir de notre planète ou ce que nos comportements irréfléchis vont provoquer, des pistes de pensées sur le sens de la vie, du sacrifice, sur les apparences souvent trompeuses, que quand tout semble perdu il nous reste encore l’espoir, que rien n’est acquis pour toujours, mais tout n’est pas perdu non plus, la force de l’esprit sur le corps ; et tellement, mais tellement d’autres choses.


Je n’en reviens toujours pas de toutes ces choses que je tenais pour acquises. Avant : quand les sourires étaient encore spontanés, pas juste intéressés ; quand les larmes étaient encore de joie, pas juste de tristesse ; quand la vérité était encore noire ou blanche, ou grise, pas irrémédiablement entachée de sang. Avant : quand l’espace entre deux personnes était plus chargé d’énergie positive que négative, d’« alliés » que d’« ennemis » ; quand les rêves étaient portés par les nuages, pas lestés de plomb ; quand la liberté tenait plus de l’évidence que du miracle. Au printemps, quand l’air était encore frais et léger, avant qu’il ne se charge d’humidité et de moustiques pour devenir cette épaisse soupe estivale, je m’allongeais sur le transat du jardin et contemplais l’étincelante voûte du firmament. Je m’imaginais que les étoiles étaient de vrais diamants comme dans la berceuse que me chantait maman. Que c’était cette immensité noire qui était le vrai sol, et la terre ferme, leur ciel, et qu’on était tous suspendus par les orteils. Lorsque Zéro a frappé, j’ai compris qu’il y avait plus d’une façon de mettre le monde à l’envers. Que rien n’était aussi immuable ni, en même temps, aussi impossible qu’il y paraissait. Et que les renverseurs de monde pouvaient toujours se bercer de douces illusions, les diamants leur resteraient éternellement inaccessibles.

 

Un livre à lire autant pour les ados que pour les adultes tant la réflexion est importante. 


L’empire de sable de Kayla Olson – Dystopie, thriller, science-fiction, Young Adult – 486 pages, 17.90€ – Edition Robert Laffont, collection : R-jeunes adultes – En librairie depuis le 21 septembre. 
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