Mon cher lecteur, aujourd’hui je vais te parler d’un roman d’une auteure que j’aime et que j’admire, une auteure qui, je le sais, à chaque roman va m’embarquer dans un secret de famille.
Avec Clarisse, je sais d’avance que je vais vivre un moment hors du temps, bien confortable dans ma bulle de lecture.
3e roman de l’auteure, 3e roman coup de cœur.
Clarisse Sabard est en train de devenir la reine des secrets de famille.
Il n’est pas aisé de faire voyager un lecteur d’une époque à une autre, chacune avec ses secrets et de garder l’attention sur les deux, de ne pas perdre le lecteur en route.
Pari réussi !!
Que cela soit Faustine à notre époque ou Agathe à la belle époque.
Un roman qui te narre la destinée de femmes hors normes.
Il n’y a pas que Faustine et Agathe, ce livre est un roman magnifique sur les femmes, un très bel hommage qu’elle soit mère, célibataire, en couple, mariée ou non.
Je m’arrête et je te parle du roman, désolée tu vas encore avoir droit à une longue chronique.
2014, Faustine se voit confier un article pour le journal pour lequel elle travaille en free-lance un dossier sur la Côte d’Azur de la Belle époque afin de dénicher des anecdotes hors du commun.
Pour cela, elle va loger chez sa grand-tante Caroline.
Elle ne sait même plus pourquoi elle a accepté si ce n’est la promesse d’un CDI à la clé de la clôture de l’article.
Elle imagine déjà des thés dansants en compagnie de nonagénaire, et ce village Caussières perché dans la montagne ; que va t’elle y faire ? Son meilleur ami Ismaël a beau la rassurer c’est pleine de préjugés qu’elle embarque à bord du train.
Son arrivée est loin de passer inaperçue, à peine sortie de la gare, Sébastien manque de la renverser et Gaby, l’amie de Caroline, sa grand-tante a l’air d’avoir oublié de venir la chercher.
C’est dégoulinante de sueur qu’elle arrive à la rue des chats dans la maison familiale et c’est de cette maison que l’idée de l’article va germer.
1906 Agathe; fille de l’hôtelier du village, passe l’été en compagnie de Simon, son meilleur ami, Jeanne et Pierre. Très souvent, ils pénètrent dans la vieille propriété de Gustave d’Aumart, un riche industriel qui a fait construire cette magnifique maison et son jardin arboré pour y séjourner entre octobre et mai.
Cette villa avec vue sur mer inhabitée pendant l’été où les propriétaires préfèrent partir à Deauville est l’endroit rêvé pour les jeunes gens ; ils sont à l’abri des regards, le concierge dans la confidence les laisse profiter de l’étang où ils y passent des heures de liberté loin des corvées inhérentes à leur condition.
Justement, cette condition de fille d’hôtelier Agathe n’en veut plus, elle rêve de s’élever dans la société, élève modèle, elle adorait se réfugier dans les romans notamment, de George Sand.
Quand, un jour, le fils des d’Aumart, Alfred, 15 ans, les surprend sur les terres de ses parents et leur parle de la célèbre Caroline Otero, Agathe n’y tient plus elle doit demander conseil à cette femme qui a su s’émanciper et devenir riche.
Comme tu le vois les deux héroïnes principales du roman sont Faustine et Agathe, mais Clarisse Sabard va te décrire une panoplie de personnages formidables, j’ai aimé chacun d’eux.
Si j’ai préféré les protagonistes de notre époque, j’ai été passionné par la vie d’Agathe et de ses pairs.
J’ai une tendresse particulière pour Gaby et Caroline, les deux vieilles dames chez qui Faustine va habiter quelque temps. Pleines d’énergie, de repartie, elles sont bien loin de l’image que Faustine s’en faisait. La pétillante coiffeuse Margaux avec qui Faustine va se lier d’amitié, Mamé, Sébastien, Camille, Hammad et ses frères.
Clarice Sabard à travers sa galerie de protagonistes aborde des thèmes et des sujets de société que je ne vais pas te dévoiler.
Faustine et son humour imparable m’ont fait éclater de rire autant en lisant ses réflexions que devant ses gaffes.
Certains d’entre eux m’ont émue.
Ce sont, tous, des personnages, hauts en couleur ; une écrivaine locale de polar ; une blogueuse avec des folloeuses, je te garantis que tu vas avoir Happy de Farrel Williams en tête tout comme la bande-son de Dirty Dancing ; rappelle-toi « on ne laisse pas bébé dans un coin ». (Merci, Clarisse d’être de ma génération)
 
C’est une des forces des romans de Clarice, tu oscilles entre rire et larmes, mais en plus tu as un suspens constant.
Faustine en enquêtant sur Caroline Otero va déterrer des secrets de famille, les deux époques sont liées, des ancêtres sont communs, on dirait que le temps agit en miroir ; un éternel recommencement. Qui arrivera à réparer les erreurs du passé ?

« Je ne crois pas que les secrets révélés fassent du mal (…) c’est ce qu’on enfait qui leur donne toute leur intensité. Ce sont les leçons qu’on en tire qui peuvent nous libérer. »

Pour ce qui est de la Belle époque et ses courtisanes, les « cocottes », elle m’a passionnée, la vie des gens du village, l’insouciance d’avant la Première Guerre mondiale, Nice et Monte-Carlo destination préférées des riches, Caroline Otero qui s’en fichait des convenances, même si sa réputation était entachée elle est restée dans la mémoire des gens, même aujourd’hui, l’après-guerre Paris et sa Closerie des Lilas, Modigliani, Colette, Picasso.
Agathe va réussir à atteindre le but qu’elle rêvait d’atteindre, mais en sera t’ elle pour autant plus heureuse ?
Même si c’est une femme en avance sur son temps, qui écrit sous un pseudonyme la flamme de son regard s’éteint peu à peu. Simon, son meilleur ami, peintre doué, a su le capter, détresse d’une jeune fille, d’une jeune femme qui ne sera pas épargnée par la vie, mais qui prendra le taureau par les cornes.
Agathe est un personnage charismatique, attachant qui va te faire vivre le début du 20e et les années 20 que j’aime tant.
N’oublie pas que durant la guerre les femmes ont dû remplacer les hommes partis à la guerre. Beaucoup se sont émancipées même si les mœurs ne sont pas encore celles d’aujourd’hui et sûrement pas dans un petit village de 1089 habitants.
Que te dire de l’écriture de Clarisse Sabard, si ce n’est qu’elle m’a embarqué sans peine dans cette quête des racines de Caroline en 2016 et sur les secrets que renferme la propriété des d’Aumart.
Addictive et fluide, tu tournes les pages cherchant à comprendre comment les deux époques sont liées.
Quels sont ces secrets oubliés ? Comment les découvrir ? Il n’y a plus de témoins.
Si l’auteure te décrit admirablement ses personnages, il en est de même pour les descriptions des paysages. Embarquement immédiat pour l’arrière-pays niçois, ses sentiers de randonnée, sa faune et sa flore.
Je pense que j’ai un faible pour ce troisième livre de l’auteure et pour les femmes qu’elle a décrites.
Même si c’est dur, car les lettres de Rose et la plage de la mariée m’avaient déjà tous deux convaincu. Celui-ci est un peu différent ; l’héroïne de départ ne part pas à la recherche de ses origines comme pour les deux autres romans.
Malgré tout, Clarisse est une auteure très douée pour les secrets de famille, les non-dits qui ont encore des retentissements dans le présent.
Deux intrigues, un rythme qui ne se relâche pas, des moments de douceur comme cette réconciliation entre sœur, des moments d’émotion, mais que je tais volontairement. L’humour et la légèreté côtoient des sujets plus graves et douloureux.
J’ai tellement envie que tu découvres par toi-même cette pépite et ces thèmes que je vais arrêter là.

Je te prête les clés du jardin de l’oubli ; quand tu l’auras fini, rends-les-moi ou transmets-les à d’autres lecteurs qui auraient besoin de venir se poser dans ce coin de verdure et réfléchir à leur vie, à des lecteurs qui ont besoin d’une bulle des plus confortables pour quelques heures, les pieds trempés dans l’étang, écoutant la nature te révéler tous ses secrets, témoins vivants du passé.
« Il faut savoir s’émerveiller de ce qui nous entoure : le calme d’une forêt, le chant d’un merle. Le bruissement d’un ruisseau qui coule paisiblement. Quand on sait faire ça, les problèmes trouvent toujours une solution »
 
Le jardin de l’oubli de Clarisse Sabard – roman contemporain – Belle époque – 432 pages, 19€ – Édition Charleston, collection littérature générale, en librairie le 13 février 2018
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