Mon cher lecteur quand j’ai lu le résumé de ce livre c’était presque obligatoire que je le lise, tu le sais, je suis passionnée par la Seconde Guerre mondiale.
Je ne vais pas te mentir, je m’attendais à une tout autre histoire.
Pour autant même si je ne l’encenserai pas j’ai été totalement surprise par le dénouement.
C’est une belle lecture qui m’a serré le cœur, mais pas le meilleur livre que j’ai pu lire sur ce sujet, comparé à « un goût de cannelle et d’espoir » j’ai largement préféré le roman de Sarah McCoy même si on ne peut enlever l’originalité du roman de Beate Teresa Hanika.
Le procédé stylistique de l’auteure m’a quelque peu déstabilisée, j’ai été dans le flou pendant de nombreux chapitres, je m’attendais à lire les souvenirs d’Elisabetta quand celle-ci préparait ses confitures d’abricot, mais à son histoire se mêle l’histoire d’une Pola, une jeune danseuse allemande.
Tu n’as aucun repère de temps, cela n’était pas gênant pour Elisabetta et ses bonds dans le passé ou lorsqu’elle parle avec les fantômes de ses sœurs Judith et Rahel là où je me suis embrouillée et perdue dans le récit c’est lors des passages concernant Pola qui est amoureuse de Rahel.
J’avais beau comprendre que cela n’était pas possible que Rahel soit la sœur de Elisabetta je n’arrivais pas à comprendre le lien qui unissait ces deux histoires.
L’auteure choisit délibérément de te laisser dans le brouillard, tu as des pièces de puzzle, mais tu n’as aucune idée de ce que l’assemblage va donner comme image finale.
Elisabetta prépare ses pots de confiture d’abricot chaque année, c’est l’occasion pour elle de faire ressurgir le passé.
Elle se souvient de sa mère chanteuse à l’opéra de Vienne, de son père médecin, du régime nazi qui les font vivre dans la peur même si pour l’instant ils n’ont pas encore été déportés.
La vieille dame parle aux fantômes de ses sœurs, se souvient de Franz le voisin dont petite fille de 10 ans elle était amoureuse, de Hitler sa tortue de terre, des bombardements où il se réfugiait dans la cave là où sa mère stockait les aventures qu’elle préparait toujours avec une branche de lavande.
Quand Elisabetta dénoyaute les abricots de l’arbre que son père a planté à chaque noyau jeté c’est un souvenir qui jaillit, quand elle verse le sucre c’est une avalanche d’émotion, quand elle touille sa confiture c’est les réminiscences de toute sa vie qu’elle voit à la place des abricots. À l’aube de sa mort, les souvenirs se font de plus en plus vifs, nombreux, précis.
Elle loue une partie de sa maison à des danseuses de l’opéra du Konzerthaus, après la Russe voilà que c’est une Allemande qui emménage.
Au départ, Elisabetta ne l’appréciait guère, la fille comme elle dit, comment apprécier une Allemande après tout ce qu’ils ont fait subir aux juifs.
Pola tu la suis jeune, en compagnie de son frère Adèl et de son meilleur ami Gotz, je ne saurais te dire l’âge de ces deux derniers, plus âgés que Pola c’est tout. Je ne saurais pas te dire non plus à quelle date cela se passe, dans une période plus proche de la nôtre (tu ne le sais plus ou moins qu’à la fin du roman) vu le trafic, les voitures. Pola ne veut pas que Adèl soit au courant pour son amie Rahel, non pas parce qu’il ne serait pas content de son amitié avec une fille, mais à cause d’autre chose que je ne peux te révéler, mais qui est vraiment, une très belle et bouleversante histoire.
Finalement, tu comprends que le thème principal du livre est celui de la résilience, de la capacité de pardonner ou non, je ne suis pas certaine que moi j’aurais pu pardonner cet épisode tragique que je ne peux te raconter.
L’auteure te donne une formidable leçon d’humanité, tu t’attends à traiter d’un sujet, mais les thèmes sont bien plus forts que tu ne le penses.
Tu vas d’abord dénoyauter les pages comme les abricots de Elisabetta pour tenter de comprendre où tout cela te mène, ensuite tu vas surveiller la mise en place des personnages et des énigmes doucement, méthodologiquement, peu à peu les liens se font comme la cuisson de la confiture se caramélise, et enfin tu vas voir que d’une histoire simple au départ ce sont une succession d’événement qui vont ressortir comme autant de pot que Elisabetta a préparé toute sa vie durant.
Un livre qui se lit comme une recette, tu ne dois oublier aucun ingrédient et quand tu auras tout réuni cela te donnera un formidable livre, sans être un coup de cœur, il se dégage de ce roman beaucoup de force et de leçon de vie.
Je sais que je reste vague, que ma chronique est plus courte, mais je ne peux vraiment pas t’en dire plus, cette couverture cache beaucoup plus que ce qu’il n’y paraît. Je ne peux même pas te parler des protagonistes comme je le fais d’habitude sans devoir te révéler des énigmes, je peux simplement rajouter que je n’ai pas ressenti d’empathie particulière pour les deux personnages principaux, Pola et Elisabetta, Rahel par contre m’a serré le cœur et la fin m’a fait voir les protagonistes sous un tout autre jour !

Le goût sucré des souvenirs de Beate Teresa Hanika – traduction de Rose Labourie – roman contemporain – 272 pages, 19.90€ – Édition Les Escales, collection domaine étranger, en librairie le 15 février 2018

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