Alerte coup de cœur, oui je te le dis d’emblée. 
Aujourd’hui, je te retourne pour te parler du nouveau roman de Laurence Peyrin, j’ai lu ses 4 romans, mais tu trouveras la chronique de Miss Cyclone, son ouvrage précédent, ici.
J’aime tant l’écriture de l’autrice, celui-ci est mon préféré des 4 ; rendez-vous est pris pour le prochain.
Laurence fait partie des autrices dont je lis les livres les yeux fermés sans même regarder le synopsis ; tu le sais, j’aime me laisser le plaisir de la découverte.
Quelle aventure j’ai vécue ! Maggie, je t’aime. Maggie, tu es entrée dans mon cœur, ton histoire, ton destin ont été les miens. 
Comme j’aimerais que tu existes, que l’on puisse discuter à deux. 
Femme inspirée et inspirante.
Merci infiniment, Laurence, d’avoir écrit cette histoire, j’en ai chéri chacun des aspects. 
Roman à multiples facettes, mon cher lecteur, je vais tenter de t’expliquer ma tendresse infinie pour ce livre.
Tout commence avec Maggie, en 1946 tu remontes avec elle l’allée qui mène à Sheperd House dans le comté du Kent, comme elle tu sentiras tes pas lourds, ton esprit qui résiste sur ce futur travail indigne de ton héritage. 
Sa grand-mère Augusta O’Neill avait été infirmière, membre de l’union sociale et politique des femmes et suffragettes très engagée ; sa mère, quant à elle, Elizabeth, avait toujours refusé de porter le nom de son mari, mettait des pantalons et a élevé Maggie comme dans cet esprit : les femmes peuvent parler de tout haut et fort, décider pour elle même et être indépendantes.
Des femmes militantes très en avance sur leur temps. Maggie a dû renoncer à sa carrière de médecin qu’elle rêvait de devenir, par la force des choses, sur les conseils du docteur Heady, elle a été engagée comme femme de chambre pour les Lyon-Thorpe. Pour elle, c’est une horrible régression.
Où sont passés ses rêves ?
Qu’en penseraient ses aïeuls ?
Maggie se sent perdre le peu de dignité qu’il lui reste.
Elle ne le sait pas encore, mais ce jour où elle a franchi la porte aux armoiries de lion changera sa vie à tout jamais.
Comme te décrire Maggie ?
Elle aussi a des idées bien ancrées, en avance sur l’époque. 
Résolument socialiste, elle défend, autant qu’elle le peut, les femmes. 
Peu importe si ce n’est que dans la cuisine du manoir des Lyon-Thorpe ; une fois qu’elle a un os à ronger, elle ne le lâchera pas. 
Ni Colin, ni la gouvernante Bertha et sûrement pas Pippa-ma-chère, encore moins, son époux Sir John, ne la feront taire.
Baisser les yeux ? Jamais, si une injustice est commise c’est en déesse Thémis que Maggie se change.
Nul être au monde ne la fera dévier de sa ligne de conduite, de ses objectifs et de ses ambitions.
Aucun homme ne décidera à sa place. C’est sa vie !
Je me suis prise d’empathie immédiatement pour ce personnage fort et marquant, je pense que tu l’as compris.
Je ne peux ni te raconter son passé avant 1946, ni son avenir ; sache juste que cette jeune femme de 26 ans engagée et engageante va prendre Kitty, sa collègue, sous son aile, puis ce sera Sir Albert, le grand-père de John ; seule Maggie a l’air d’attacher un tant soit peu d’attention à ce vieux monsieur, perdu dans son passé auprès de sa chère Clemmie, puis un pauvre chaton abandonné rachitique.
Maggie prend les plus faibles sous son aile.
Une façon d’être qu’elle gardera toute sa vie.
De l’amour elle en a à donner, féministe, elle l’est, mais romantique aussi ; elle adore par exemple Scarlett et Rhett d’ »Autant en emporte le vent », son livre de chevet est « La ferme africaine » de Karen Blixen (d’ailleurs, j’ai envie de relire ce roman grâce à elle).
Une seule personne va éroder ses convictions : Sir John.
Maggie est quasi un roman à elle seule, mais ce serait vraiment injuste que je ne te dise pas quelques mots sur cette galerie de personnages que j’ai rencontrés.
Je me les suis tous imaginé, je les ai vus interagir à la table de l’arrière-cuisine, me passionnant pour leurs discussions, un microcosme que Maggie explore au début comme une anthropologue.
Kitty ; un peu plus âgée que Maggie, mais tellement innocente ; Colin, même si l’entente avec lui c’est comme l’eau et le feu je l’ai malgré tout aimé, tout comme sa femme Bertha ; Bernard le discret et loyal majordome ; Baptiste fidèle et dévoué à Sir John ; même Pippa-ma-chère, je me la suis figurée dans un tourbillon de soie rouge figée dans son boudoir le thé à la main.
Ce cher docteur Heady, une figure paternelle, un homme bon. Plus tard, il y aura Richard, son meilleur ami, Bob et David.
Bien sûr que je vais te parler de Sir John, ce Rhett Butler anglais.
Un homme charismatique, son titre lui pèse.
Il voudrait juste pouvoir retourner en Afrique combattre les trafiquants d’ivoire, mais il a promis de gérer les affaires familiales jusqu’à la majorité de son fils aîné, une parole engagée est une parole qu’il garde même s’il a des regrets.
C’est une parole donnée, il ne déviera pas de sa trajectoire. J
uste et loyal. Honnête, droit, mais libre.
Les joutes verbales avec Maggie sont délicieuses à lire.
Le féminisme de Maggie l’amuse ; il ne s’en offusque pas du tout. Pas même quand elle critique la noblesse anglaise dont il fait partie.
« Aime et fais ce que tu veux » Voilà ce qu’il dit, une citation de Saint-Augustin.
Oui, je l’avoue, il m’a fait, succomber.
Je ne veux surtout pas te spoiler ce riche ; fort et bouleversant roman ; je vais donc m’arrêter là pour ce qui est du pitch et des protagonistes.
Tu te doutes que j’ai aimé l’écriture. C’est même plus que cela, je l’ai absorbée, j’ai décortiqué chaque phrase, j’ai bu chaque mot ; j’ai avalé chaque dialogue et digéré tout cela sur le final à la hauteur de ce que j’imaginais et qui m’a à la fois fait sourire et tiré des larmes.
Autant te prévenir, il est hautement addictif. Assure-toi d’avoir quelques heures devant toi ; une fois commencé je ne voulais plus quitter Maggie, je voulais tout connaître d’elle, de ce qu’elle allait faire et choisir.
Je t’avoue que j’ai préféré la première partie, mais j’ai été émue dans les deux. L’autrice m’a fait ressentir chaque sentiment de Maggie, ses joies et ses peines, son amour et sa dévotion pour les autres. Ses secrets, le poids de son passé, les obligations de son présent.
Cette femme, hors du commun, inspirée et inspirante.
Laurence Peyrin ne le sait sûrement pas, mais elle-même m’inspire avec ses romans, par ses personnages féminins forts et si justes.
Ils ont des failles ; ce n’est pas des happy ends tout le temps non, c’est la vie avec ses hauts et ses bas, les hommes et femmes avec leurs qualités et leurs défauts.
J’aime la construction de ses récits, j’aime les thèmes qu’elle aborde, j’aime ses descriptions qui sont là sans être là, parfaitement dissimulées dans le texte.
Une écriture visuelle, cinématographique qui te permet de sentir les embruns soufflés par le vent de l’Atlantique sur les falaises entourant Folkestone.
Je regardais par la fenêtre de l’aile des vierges le labyrinthe d’ifs, j’ai rêvé de l’arbre à pièce. J’ai tourné les pages, m’imprégnant des lieux, du temps, des odeurs.
Je choisis volontairement de taire les autres lieux que tu vas visiter au cours de ta lecture, comme dans le comté du nord de l’Angleterre je n’ai eu aucun mal à me les figurer.
Maggie osera-t-elle s’affranchir des principes de sa mère et grand-mère, ne veut-il pas mieux être seule, malheureuse, mais pas désespérée pour mener à bien sa carrière, ses ambitions ?
Peut-elle vraiment tout quitter par amour ?
Ces femmes solides féministes et engagées étaient-elles aussi libres que Maggie le pense ?
Un combat, une bataille à mener suffiront-ils à son bonheur ?
Entre sacrifices, choix, avancées historiques et politiques, Laurence Peyrin t’entraîne dans une formidable histoire d’amour, pleine de romantisme, de sacrifices, des choix difficiles, de deux âmes sœurs qui se sont rencontrées au mauvais moment, la vie et ses tourments. 
 
De l’histoire des femmes qui ont marqué les époques, de la politique sociale, l’autrice écrit un livre comme un prisme qui reflète mille couleurs. 
Chacune de ses faces t’apprendra quelque chose sur toi, sur des protagonistes ou sur notre héritage. Une destinée splendide d’une héroïne que je n’oublierai jamais (en plus, elle aime le même passage que moi, quand je dois citer un film ou un roman parmi 3 Autant en emporte le vent et Scarlett en font toujours partie, une de mes scènes préférées Scarlett debout sur les terres familiales une poignée de terre en main)
Maggie je te vois t’encourir vers ton destin dans ta robe de crêpe à pois rouge. Vas-y ; envole-toi ; ton destin n’attend que toi, maintenant je te laisse entre les mains de d’autres lecteurs que tu feras, à coup sûr, succomber aussi.

 

« L’amour c’est ce que les mots ne peuvent pas dire »
 
L’aile des vierges de Laurence Peyrin – roman contemporain, littérature française – 468 pages, 20.50€ – Édition Calmann-Levy, en librairie le 28 mars 2018
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