Cher lecteur, avant de lire mon avis sache que ce roman a 50 ans, Catherine Cookson est une écrivaine anglaise reconnue, mais c’est le premier roman d’elle que j’ai l’occasion de lire.
Si je précise l’époque où il a été écrit, c’est parce que certaines réactions des personnages pourraient faire grincer des dents surtout pour ce qui est de la condition féminine réduite à néant.
Il n’empêche que j’ai apprécié ma lecture, Kate et Rodney ont fait chavirer mon cœur d’incorrigible romantique.
L’histoire débute une veille de Noël, Kate est une fille mère sur le point de mettre au monde son bébé, c’est le docteur Rodney Prince qui est à son chevet lors de la naissance de la petite Annie.
Le docteur est marié à Stella, une jeune et belle femme qu’il aime de tout son cœur.
Kate, quant à elle, a succombé à un homme riche qu’elle n’a plus revu, désespéré elle est retournée dans le coron où vivent ses parents à Tyne Dock, une ville pauvre, ouvrière du nord de l’Angleterre.
Kate est détestée par son père Jim qui est un homme violent, un être de la pire espèce.
Kate et le docteur n’ont en commun que la petite Annie, le docteur adore les enfants, ils ne peuvent en avoir avec sa femme.
 Il s’est attaché à la petite Annie, il sait dans quelle pauvreté elle vit et essaie autant qu’il le peut d’adoucir son quotidien.
 Kate, elle, a trouvé une place de bonne auprès de 3 personnes âgées qui la couvrent de cadeaux et lui donne une éducation.
Elle n’a que 18 ans à la naissance de Annie.
 Elle retourne voir sa fille surtout au moment de Noël et c’est par ce biais-là, ce lien qu’est l’enfant que Kate et le docteur vont se rapprocher et comprendre qu’ils ressentent bien plus qu’une simple amitié.
Ce que j’ai aimé surtout dans ce roman ce sont les descriptions des conditions de vie du début 1900 dans un coron industriel.
L’église est toute puissante et dicte la conduite de ces pauvres gens. Ils vivent dans une misère morale, sociale et matérielle.
L’auteure dénonce les pratiques condescendantes des prêtres, faisant planer dès le plus jeune âge la crainte de Dieu et des enfers, mais qui ferment les yeux sur ce qui les dérange comme les violences conjugales, les châtiments corporels, l’alcoolisme.
À partir du moment où l’homme vient se confesser il est absous de tout ses crimes.
C’est dans ce climat qu’a grandi Kate ; elle ne veut plus de ces conditions de vie et sûrement pas pour sa fille Annie.
Elle sait qu’elle a déjà mauvaise réputation, mais fait tout ce qu’elle peut pour se racheter une conduite, quitte à souffrir et à mettre son bonheur de côté.
Je sais, ça peut faire bondir, mais n’oubliez pas que même dans les années 50 être fille-mère n’était pas mieux vu.
Il faut vraiment lire ce livre en ayant en tête les mœurs de l’époque où il a été écrit.
Kate est une belle fille, mais qui ne se rend pas compte de sa beauté, elle trime pour améliorer sa condition, aide sa mère Sarah du mieux qu’elle peut.
Dévouée à ses patrons qu’elle aime de tout son cœur, révoltée par les préceptes de l’église ; elle ne se laisse plus faire même si elle vit toujours dans la crainte du prêtre de l’église du quartier.
Une femme en avance sur son temps qui essaie tant bien que mal de briser ses chaînes.
Un joli oiseau qui ne demande qu’à s’envoler.
Annie est une enfant adorable, joyeuse, aimante, dévouée à son amie Rosie, jamais elle ne se plaint à sa mère et pourtant elle vit dans la crainte de son grand-père se cachant dans les toilettes extérieures pour lui échapper quelques heures.
Le docteur Prince quant à lui s’il a cru que son mariage finirait par s’arranger, qu’un jour il aurait le foyer plein de cris d’enfants il comprend peu à peu qu’il court après une chimère.
 Stella sa femme déteste la ville où ils sont établis, avec sa fortune Rodney aurait pu s’établir à Londres, mais il a voulu exercer son métier auprès des nécessiteux ; il n’a pas besoin d’argent, une rente annuelle lui est versée.
Stella, elle, est une femme capricieuse, sournoise, manipulatrice, une vipère, elle joue de sa beauté et de la vulnérabilité des hommes.
Je te le répète cher lecteur, l’histoire de Kate et Rodney est belle, pleine d’embûches, leur vie est loin d’être facile de plus la Première Guerre mondiale vient se mêler au récit.
Kate pourrait agacer, car c’est une héroïne « trop parfaite » et Rodney lui a ce côté macho qui pourrait te faire grincer des dents.
Pour ma part j’ai aimé cette écriture au charme désuet ; on sent que l’auteure a vécu elle-même les traumatismes de la pauvreté, les affres de l’église et de la violence.
Ce que j’ai aussi aimé c’est le procédé qu’utilise l’auteure pour raconter son histoire, ce n’est pas commun, à quasi chaque chapitre c’est à la vieille de Noël que l’on retrouve nos protagonistes comme le premier, à la naissance d’Annie, la vieille de Noël.
Il n’y a pas vraiment de repères chronologiques, il peut se passer plusieurs années entre deux chapitres malgré tout, l’absence de repères chronologiques ne m’a pas perturbée et j’ai trouvé l’image de ces retrouvailles à la veille de Noël belle. Sans doute parce que j’aime cette période de fête ?
Ce que je retire de cette lecture ? Une exploration des conditions déplorables des ouvriers sur les docks au début du siècle, la toute-puissance de l’Église catholique ; lire les mœurs et les croyances des années 50, mœurs contemporaines de l’auteure
Et le personnage d’Annie, une étoile qui brille au milieu de cette grisaille des corons, au lieu de ces nuages de charbons et qui, grâce ou malgré elle, réunira ou pas Kate et Rodney.
Ce que je regrette, un suspens maintenu tout au long du roman, mais un final trop rapide et surtout trop facile.
Si je devais le noter ce serait entre 14 et 15/20 une belle histoire d’amour, mais qui comporte quelques défauts et manque parfois de subtilité ou d’éclaircissement.
Kate Hannigan de Catherine Cookson – romance historique – 288 pages, 18€ – Édition Charleston – En librairie depuis le 15 septembre 2017
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