Voilà un roman qui est paru une première fois, mais l’auteure née en 1928 est vite retombée dans l’oubli.
Réédité en français cette année (son autre roman « avec un certain monde » a été salué par la critique en 2016) j’ai eu envie de le lire.
Si vous lisez ce roman, il faut que vous vous remettiez dans les mœurs de l’époque où ce roman a été écrit sinon vous ne comprendrez pas les réactions des deux sœurs : Laura, l’aînée et Clare la cadette.
Nous suivons donc Laura et Clare, leur père décédé elles doivent quitter leur école de jeunes filles de bonne famille, elles vont habiter avec leur mère dans la banlieue de Sydney.
Stella Vaizey leur mère est agaçante au plus haut point, elle prend ses filles pour des domestiques, se « venge » de leur déchéance comme si Laura et Clare étaient responsables. Elle ne quitte jamais son canapé ou sa chaise longue, disséminant ses ordres.
Laura comprend que la carrière de médecin à laquelle elle se destinait n’est plus qu’un lointain souvenir, elle entame une école de commerce où elle apprend la sténo-dactylo. 
Son certificat en poche elle se met très vite à travailler, elle n’a pas le choix, la subsistance de sa jeune sœur et de sa mère repose sur ses épaules.
Elle est engagée dans une usine dirigée par Felix Shaw, un homme 20 ans plus âge que Laura mais pas méchant avec ses employés, on peut même dire qu’il est généreux et juste.
Quelques années plus tard, leur mère décide en plein milieu de la Seconde Guerre mondiale de retourner en Angleterre, après tout ses filles sont grandes et se débrouilleront bien seules.
Félix Shaw propose alors à Laura de l’épouser
Laura ne connaît rien de la vie, elle a quitté son école de jeunes filles pour ensuite travailler à l’usine et chez elle, elle n’a pas de loisirs, pas d’amies, elle ne sort jamais.
Après réflexion elle se dit qu’après tout Félix n’est pas méchant, il a toujours été un patron gentil et il propose de prendre en charge les frais de scolarité de Clare, de quoi les mettre à l’abri.
Laura ne sait pas encore qu’elles les emmènent tout droit dans la gueule du loup.

Très vite le véritable caractère de Félix Shaw se révèle tout autre que ce qu’il avait montré jusqu’à présent.
Il est cruel, violent, rabaissant sans cesse les 2 femmes, il a besoin de son auditoire chaque soir, son harem comme il le dit en rigolant.
Laura la plus sage des 2 sœurs accepte son sort, elle se dit qu’un jour ou l’autre Félix changera, Clare, elle, est différente elle se révolte, elle fait part de ses angoisses à sa sœur, elle aspire à une autre vie mais obéit quand même à sa sœur et Félix.
Ce roman est terrible, à chaque chapitre on plonge de plus en plus dans la psychologie des personnages et des mœurs des années 40-50, il faut vraiment garder ce fait à l’esprit quand vous le lirez, car sinon vous ne comprendrez pas les réactions des personnages et surtout de Laura.
Au fil du roman, Laura est comme aliénée par Félix, vous avez envie de la secouer, qu’elle ouvre les yeux, qu’elle crie ou parte très vite de sa jolie maison, mais où règne l’horreur.
J’ai trouvé quelques longueurs à certains moments, mais sinon c’est un roman remarquable du côté de la psychologie des protagonistes. Une fine analyse de la société, noire, certes, mais juste.

L’auteure joue avec vos nerfs, vous êtes pris d’empathie pour Laura et Clare, vous détestez ce type fou, vous vous demandez comment il va réagir, il rigole et d’un coup sans savoir pourquoi il explose.
Une auteure à découvrir, un roman noir psychologique que vous aimerez si vous vous plongez dans l’époque.

Il m’a révolté, j’ai aussi pensé à toutes ces femmes pour qui ce n’est pas un roman, car oui, on a évolué depuis, mais c’est un sujet qui je trouve est encore tabou, surtout quand on en est victime.
Deux soeurs de Elizabeth Harrower – Édition Rivages – Roman noir, psychologique – 334 pages, 22,50€ – Sorti le 29 avril 2017. 
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