Ce soir, en regardera les étoiles ou
quand pourront-ils à nouveau regarder le ciel sans crainte des bombes ou de se
faire prendre lors de long périple vers la liberté de Kaboul à Kandahar (Iran) puis jusqu’au Pakistan puis Istanbul, la Grèce et
enfin l’Italie.
Mon cher lecteur, ce livre, ce roman est une pépite que je te conseille tout simplement pour te mettre à la place d’un petit garçon de 8 ans, Alì et de son frère Mohammed 18 ans quand ils doivent partir de Kaboul. 
Plus rien ne les retient, leurs parents sont décédés sous les bombes en pleine journée. Ali ne le comprend pas ; pour lui la guerre c’est son quotidien ; il a toujours connu ce bruit, ces maisons qui
disparaissaient ; pour lui la guerre c’est dans tous les pays pareil.
« L’espace d’un instant, je me demande à quoi cela sert d’être heureux si on n’a plus personne avec qui le partager
(…)
C’est un petit bonhomme joyeux, innocent comme tous les enfants du monde de cet âge.
Il s’amuse avec son ami Ahmed, il voudrait aussi pouvoir passer du temps avec son papa en tête à tête comme Mohammed le fait pour aller aider son père au travail, mais le papa d’Ali veut qu’il
travaille bien à l’école, qu’il ait une situation et c’est le rôle de frère aîné de se sacrifier pour sa famille.
Quand les parents décèdent, Mohammed va jouer le rôle de père et de mère pour Alì, ils ne peuvent rester à Kaboul ; là leurs seules possibilités c’est : ou la mort ou se faire arrêter et
devenir un enfant-soldat. Il veut offrir une chance à Alì et honorer la promesse faite à son père qu’Alì continuera l’école.
Il le poussera tout au long de ce voyage harassant, dangereux en l’encourageant, en le faisant rire ou en lui racontant des histoires pour que ce petit bonhomme ne comprenne pas
pourquoi les Patchouns ont de la chance, car ils sont d’une croyance différente, admise par les talibans, qu’avan de pouvoir arriver en Iran ils vont devoir passer par Kandahar puis
par le Pakistan. Tout ce que son frère lui promet c’est qu’ils sont comme les oiseaux.
« – Nous
sommes comme les oiseaux, as-tu dit.
– Pourquoi ?
– Parce que
les oiseaux volent là où ils veulent et nous, on va voler très loin »
« Les Patchouns ont
de la chance, ils n’ont pas à se cacher, les talibans les
laissent tranquilles, contrairement aux Hazaras. Toi et moi, nous ne sommes pas des Hazaras, nous
sommes des Turkmènes,
mais ça fait des années qu’ils nous traient comme des Hazaras ;
les talibans arrêtent
les Hazaras et
ils les envoient combattre, c’est pour ça qu’on doit se cacher »
Arrivés à Istanbul, les frères vont être séparés. Alì continuera son voyage jusqu’en Grèce puis
jusqu’en Italie.
« Qui me donnera à
manger, qui me soignera quand j’aurai de la fièvre, si je trouverai quelqu’un
qui aura le temps, je n’ai pas d’ami, je n’ai rien et je ne pense pas cela dans
un moment découragement, c’est la pure vérité, un fait avéré »
Comment vous dire à quel point ce livre m’a serré le cœur ?
La détresse que tu sens dans les recommandations de Mohammed à son frère (ne bouge pas, ne fais pas de bruit, ne t’éloigne pas de moi) tu les prends en pleine poitrine, il a tellement peur pour son petit frère, il fait tout pour lui, jamais il ne lui montre la moindre tristesse, mais toujours l’espoir, le but d’y arriver.
« Alì, encore
un effort, on est bientôt arrivés »
« Alì, on y est
presque. »
« Alì arrête de
te plaindre, n’aie pas peur »
Pour se rappeler de leurs parents et passer le temps, ils se posent tour à tour des questions simples,
mais quand toi tu les lis tu comprends la peur qu’ils ont de les oublier ; d’ailleurs, un passage m’a vraiment secouée ; c’est quand Alì ne sait plus le nom de son papa. Il l’a toujours
appelé papa jamais par son prénom. Ils se rappellent le Kaboul d’autrefois
avant la guerre, avant la naissance de Alì, quand leurs parents se sont rencontrés, que les rues étaient animées, la musique encore jouée, le cinéma ouvert maintenant, plus rien n’existe, plus d’eau ni d’électricité ; le régime des talibans ne permet plus rien de tout cela.
Quand je lisais ce roman, je me suis dit que l’on ne se rendait pas compte de la chance que nous avions, le confort on le considère comme un acquis ; ces gens ; eux aussi ; ils ont eu le confort et du jour au lendemain ils vivent dans un pays où tout n’est que violence ; où aller à l’école est dangereux, tellement dangereux que les instituteurs sont armés de Kalachnikov.
Il y aura au cours de leur long périple des gens qui vont abuser de la misère humaine, ces passeurs sans scrupules et d’autres qui ont encore le cœur ouvert comme Bekir et Nuragica ; des Kurdes qui ont tout recommencé à Istanbul et seront quelque temps des parents de remplacement, les « oncles » Jamal et Enaiath, un moment où Mohammed pourra
se faire de l’argent pour continuer leur voyage en vendant des sacs au bazar de Téhéran.
Il y a aussi la solidarité entre Irakiens, ceux qui ont réussi et ceux qui sont refoulés, tous se
souviennent de leur pays sans amertume, mais les larmes dans la voix en se
rappelant ceux qu’ils ont laissés aux pays.
Ce livre met fin à tous les préjugés, je n’en avais pas, mais les mots sont plus forts que les armes et j’espère vraiment que les gens, un grand nombre de lecteurs le liront, qu’ils
comprendront la désinformation qui circule et ce qu’est la réalité de terrain ; les organisations mafieuses qui profitent des réfugiés ; bien sûr, il y a aussi de bonnes organisations, mais ces gens sont traités pires que des animaux.
Ils n’ont rien demandé, ils sont des êtres humains comme toi, comme moi, ils ne sont justes pas de la bonne branche de l’Islam ou de la bonne caste.
Dans le cas de Alì et Mohammed, ils sont turkmènes, une branche de la religion musulmane
(Wikipedia) la pire pour les talibans, des rats que l’on écrase, de la vermine à faire disparaître.
Peut-être que quand tu croiseras un jour un réfugié tu ne te diras pas de suite encore un voleur et
que tu changeras de trottoir, mais qu’au contraire tu lui souriras, tu lui tendras la main. Ces gens ne demandent pas grand-chose.
« Les
gens qui parlent des émigrés utilisent souvent le mot « désespérés”, mais
ce que moi, je pense, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a rien de plus semblable à l’espoir
que la décision d’émigrer : espoir d’arriver dans un endroit meilleur,
espoir de réussir, espoir de survivre, espoir de tenir bon, espoir d’un
dénouement heureux comme au cinéma. Il est normal que tout être humain cherche
désespérément à améliorer sa condition et, dans certains cas, partir est le
seul moyen d’y arriver »
C’est un récit d’une très grande humanité, plein d’humilité et d’amour que Alì Ehsani nous
livre. Entre chaque page surgit la lumière des étoiles, ce regard de petit garçon inquiet, mais
heureux quand même, car non seulement Mohammed a réussi à quitter Kaboul, mais
a préservé l’âme innocente de son petit frère.  Un petit frère qui a les yeux ébahis de voir la lumière partout, qui a peur de cette eau qui coule des douches, Alì qui n’en revient pas que les gens se baladent sans avoir peur, hommes et femmes ensembles dans les
rues. Tout cela est nouveau pour lui, la télévision, le cinéma, des billes, un vélo ou même juste un cornet de glace.
« Le moment le plus dur de ma vie a été
celui où j’ai pensé avoir fait tant de route pour rejoindre une terre promise
qui n’existait que dans nos têtes « 
Un roman d’une incroyable beauté renforcée par la narration en tutoiement, Alì Ehsani se livre à son frère, il lui raconte avec son regard d’adulte ce qu’il comprenait à ce moment-là et ce qu’il a compris désormais. Comme s’il lui écrivait une lettre pour lui raconter tout ce qu’il a
compris désormais et ce dont il se souvient.
 »
Selon moi, tu rêvais d’avoir une vie sans peur, ce à quoi tout le monde
aspirait »
C’est un cri d’amour et de reconnaissance à ce frère qui l’a mené au but fixé depuis tant
d’années : reprendre l’école et faire des études dans un pays où ce n’est pas les bombes qui ornent le ciel, mais les astres lumineux, le soleil et les étoiles

Ce soir, on regardera les étoiles de Alì Ehsani  et Francesco Casolo (co-auteur) – traduction de Delphine Gachet – 320 pages, 21 euros – Roman contemporain – récit autobiographique – Edition Belfond, collection Le cercle, en librairie le 1 février 2017

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