Mon cher lecteur, le 31 décembre j’ai lu ce roman, un livre dont le sujet est la tuerie de masse. Ici dans une petite ville des États-Unis, mais que tu peux transposer hélas dans chaque pays du monde.
C’est la rentrée après les vacances d’hiver, tous les élèves du lycée sont rassemblés dans l’auditoire pour écouter le discours galvanisant de leur directrice.
Un lundi gris et froid.
Alors que le discours s’achève, un homme pénètre dans la salle et il commence à tirer, d’abord la directrice et ensuite tous ceux envers qui il a un grief ou pas.
Alors oui tu vas me dire que le sujet a été souvent exploité, mais pas de cette manière.
4 protagonistes donneront au cours des 54 minutes que va durer la tuerie et le roman leurs états d’esprit. Leurs craintes, leurs espoirs, leur impossibilité.
Claire, Autumn, Sylv et Tomàs te livrent chapitre après chapitre minute par minute l’horreur qui se déroule.
Deux sont dans l’auditoire. Deux à l’extérieur.
Les 4 connaissent le tueur et sont liés de très près ou de loin à lui.
La machine est lancée. Les minutes continuent leur course.
Le temps ne s’arrête pas et toi, lecteur, tu es pris d’effroi, tu sursautes à chaque bruit de balle, c’est avec la chair de poule que j’ai lu ce roman.
Tu as vraiment l’impression de faire partie des personnages, de voir et d’entendre l’innommable, l’indicible, la souffrance, les cris, l’odeur de sang, la peur et la frustration de ne pouvoir arrêter ce tueur fou que personne n’aurait pu deviner que c’est comme cela qu’il reviendrait au lycée.
Lui, le tueur, c’est Tyler ; un ancien élève qui devait revenir en terminale ; un élève qui a souffert et qui a réagi par la violence, oh pas celle à ce point-ci, mais graduellement, peu à peu sa colère a augmenté et tous l’ont fui, plus personne ne le comprenait.
Alors non, je ne lui cherche sûrement pas d’excuse, mais l’auteure par ses narrateurs essaie de te faire comprendre comment il a pu arriver à ce geste complètement fou ; elle ne juge pas, elle te livre les faits froidement à toi de te faire ton opinion.
La tuerie qui se déroule est le point central du roman, mais en plus Marieke Nijkamp aborde des thèmes forts, l’homosexualité à travers deux des narrateurs, la maladie à travers le frère d’un des autres narrateurs, l’émigration et une autre maladie à travers Tomas et les jugements immoraux sur les étrangers à travers un personnage que j’ai beaucoup aimé Fareed, à un moment du livre il est écrit que chaque fois que quelque chose se passe mal c’est de sa faute, ces mots me révoltent et sont pourtant tellement vrai. Combien le pensent ?
C’est une lecture qui te coupe le souffle ; tu te rends très vite compte des enjeux, tu te surprends à espérer, entre les chapitres consacrés aux narrateurs il y a des pages Facebook, des messages Twitter comme on peut nous aussi le voir quand ça se passe ailleurs que chez nous, et cela fait peur, j’ai eu cette impression bizarre que les messages que je lisais je les lisais sur mes propres comptes.
Tu ressens le désespoir et l’incapacité d’aider des gens, tu lis des réflexions ahurissantes et qui pourtant sont véridiques, j’en ai déjà lu de pareilles.
Un roman complètement immersif et qui te brisera le cœur, tu vas t’attacher fortement aux personnages que tu vas rencontrer ; certains mourront devant tes yeux d’autres vivront, mais perdront un ami, un frère, une sœur, un père, mais tous seront marqué à vie par ce qu’il s’est passé.
Comment 54 minutes peuvent tout changer dans une vie ? Dans plusieurs vies, comment une décision va te sauver la vie ou te mettre au cœur du danger ?
L’auteure t’écrit l’horreur, mais donne beaucoup d’espoir avec son épilogue triste, mais plein de poésie et d’esprit. La vie va, doit continuer malgré tout.
C’est assez bizarre, car tu te retrouves, à vouloir connaître le dénouement inévitable pourtant tu le sais, que ce ne sera pas heureux et pourtant tu lis. 
Toi aussi tu deviens voyeur comme tous les journalistes agglutinés.
 Un sentiment étrange que j’ai ressenti
Un roman d’une puissance rare, d’une portée universelle à lire absolument. Jeune ou pas  je te le conseille !
Petit apparté mais dont j’ai envie de discuter avec toi :
Ce qui m’a, moi, le plus marqué c’est la capacité qu’on a nous, humain à vite oublier ce qu’il a pu se passer.
Un exemple, il y a quelques années, je faisais mon arbre de Noël et un tueur fou a commencé à tirer sur la foule d’un marche de Noël surtout sur des étudiants qui finissaient leurs examens, c’était à Namur chez moi en Belgique. Je regardais ça à la TV, anesthésiée, mais depuis que sont devenus ces blessés ? Les familles ?
Ou encore, Charlie Hebdo et la boucherie kascher il y a 3 ans de cela, je n’ai pas oublié, mais c’est un constat assez amer et j’en fais partie on oublie. Oui, tu vas me dire la vie elle continue, oui, tu as raison, mais de mon côté je me dis que si tout le monde faisait un effort de tolérance, d’ouverture d’esprit, arrêtait de juger sur un oui ou un non je pense que le monde se porterait mieux et tu sais ça commence dans ta rue. Ton voisin, sur les réseaux, dans ton école. Je sais que ce n’est pas facile et je ne dis pas que je n’ai pas de défauts, mais si tu commençais à regarder autour de toi, vraiment, sans œillère ni préjugés, sans faire le mouton, si tu souriais aux gens que tu rencontres dans la rue, peu importe que tu ne les connaisses ou pas, ça te ne coûte rien et en face la personne qui le reçoit peut-être sa journée en sera meilleure, peut-être se sentira-t-elle moins seule ou incomprise ? Tu ne crois pas ?
Qu’en penses-tu toi ?
54 minutes de Marieke Nijkamp – traduction de Valérie Drouet- roman Jeunesse, Young adult – 15.90€, 304 pages – Édition Hachette, 2 novembre 2017
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