Arthus Bayard et les maîtres du temps de
Laurent Bettoni

364 pages, 19,90€
Roman jeunesse
Édition Don Quichotte, 17 octobre 2013

Arthus Bayard a perdu ses parents dans un
accident d’avion lorsqu’il avait cinq ans. Depuis, Bérengère et
Thibault Saint-Ange, amis de longue date des Bayard, l’élèvent
comme leur fils. Ils ont aussi une fille, Lalie, du même âge
qu’Arthus. Les parents étant absorbés par leurs affaires, les
adolescents sont placés sous la responsabilité d’une gouvernante
écossaise, Loreena, descendante éloignée de l’éminent
scientifique Alexander Fleming, et d’un homme à tout faire
froussard et maladroit, Tomaso. Un dimanche matin, alors que la
famille Saint-Ange se recueille sur la tombe de Paul et Clémence
Bayard, une force mystérieuse s’empare d’Arthus : il se met à
trembler de toutes parts. Lalie lui prend la main pour essayer de le
calmer, mais se retrouve soudain transportée avec lui dans le Paris
de 1912. De retour dans le présent, incrédules, les deux
adolescents demandent l’aide de Loreena et Tomaso. Hélas, quand le
don hors du commun du garçon se manifeste à nouveau, les adultes
sont également impuissants. Ils atterrissent ainsi tous les quatre
au beau milieu d’un bal costumé du début du XXe siècle, entourés
d’artistes de l’époque : Proust, Cocteau, Nijinski… Mais la
fête tourne court lorsqu’Arthus découvre qu’elle est le théâtre
d’une terrible machination… Très vite, nos héros sont entraînés
dans une série d’aventures dont les surprises et rebondissements
sont nombreux. Au cours de leur lutte improvisée contre l’infâme
Chronos, ils croisent la route de l’explosif Bonnot et du
flegmatique Conan Doyle, qui leur apporte une aide plus
qu’élémentaire. La petite bande file ensuite tambour battant et
bien malgré elle dans des époques et des lieux différents, où
Chronos attend Arthus de pied ferme pour l’ultime confrontation.
Tomaso claque des dents, Lalie pique des colères, Loreena joue des
pieds et des poings, et Arthus se rapproche du terrible secret qui
l’entoure.

Je ne rajouterai rien au résumé, il suffit
pour comprendre de quoi il en retourne, un roman jeunesse sur les
voyages dans le temps.
C’est un très bon moment de lecture que
j’ai passé grâce à Arthus, Lalie, Loreena et Tomaso.

Les 2 adolescents (Arthus et Lalie) et les 2
adultes
(Loreena et Tomaso)
sont 2 « couples » très attachants.
Chaque personnage a son caractère propre et
est très bien décrit.
Arthus, le héros, est un jeune homme qui se
comporte à la fois avec plus de maturités que les garçons de son
âge (ils se posent des questions existentielles sur l’égalité
des hommes, s’il est juste que sa famille soit si riche et d’autres
si pauvres)
, mais aussi comme tout adolescent, il a des moments
d’insouciance, il est drôle, il aime Lalie, mais ne se l’avoue pas.
Il est courageux autant pour affronter les voyages dans le temps que
face au décès de ses parents.
Lalie m’a moins touchée, elle est
capricieuse, elle aime son petit confort, mais a beaucoup d’empathie
et d’amour pour Arthus, elle fera preuve de courage en ne laissant
pas tomber son ami.
Le duo que j’ai adoré c’est celui de la
gouvernante, Loreena, et de l’homme à tout faire, Tomaso.
Loreena
défend les enfants comme une lionne, sous ses airs de jeune fille de
bonne famille elle cache un tempérament rebelle, elle montre
beaucoup de sang-froid, si l’on a l’habitude que ce soit l’homme qui
accourt pour « sauver » la femme dans ce duo c’est le
contraire, Tomaso roule des mécaniques, mais est très peureux, il a
des réparties et des phrases cultes qui m’ont fait beaucoup rire
(cette prière entre autres : « Par tous les
tortellinis et tous les spaghettis et tutti quanti, Santa Cucina,
priez pour moi »
(page 34). Il ne cache pas son faible pour
Loreena, mais celle-ci n’est pas du tout décidée à perdre son
indépendance, les échanges entre ces deux-là sont très drôles.
Comme je viens de vous le dire, l’humour est
présent dans la plus grande partie de l’histoire, mais habilement
dosé pour que cela reste avant tout un roman d’aventures
.
Une scène plus particulière m’a marqué
pour sa fantaisie : imaginez Nijinski dansant sur
« Great
balls of fire
 »
de Jerry Lee Lewis (voir lien YouTube) et Jean Cocteau et Marcel
Proust s’entretenant en verlan ou dialoguant comme :
«
-C’est trop de la bombe, lança Cocteau (…) – c’est de la
balle, enchérit Proust. » (page 74).
Cocteau et Proust ne sont pas les seuls
personnages célèbres que le quatuor va rencontrer : ils vont être
aidé par le nom moins célèbre Conan Doyle, croiser
(malheureusement) la bande à Bonnot, etc.
Sur ce point, je ne pense pas que le
public visé sera sensible aux personnages ni qu’ils comprendront les
nombreux jeux de mots que l’on rencontre dans le livre.
Laurent Bettoni inclut dans son roman de
nombreuses références aux années 1900, que ce soit en littérature,
en architecture ou même des faits historiques, est-ce qu’un jeune
y sera sensible ou les relèvera, tout simplement, je n’en suis pas
certaine.
Toutefois, même sans comprendre qui sont
réellement les intervenants, l’histoire ne perd pas de son intérêt.

L’auteur nous entraîne dans une grande
aventure, si pendant environ 50 pages je me suis demandé si le livre
allait me plaire, passé ce cap, je n’ai plus décroché.
L’histoire est très intéressante, si le
thème des voyages dans le temps n’est pas révolutionnaire en soi,
Laurent Bettoni y ajoute de la mythologie avec « chronos »,
des éléments surnaturels pas habituels.
Les révélations sur le don d’Arthus,
pourquoi ils se trouvent en 1912, sont disséminées dans le roman,
on avance en même temps que les personnages.
L’action est présente, certaines scènes
sont vraiment bien décrites, le lecteur sent la tension monter.

L’ensemble est fluide, un roman vraiment
bien construit ;
des passages plus légers ; des phrases en
anglais
 ou des mots italiens (Loreena a tendance à parler franc-glais quand elle est
contrariée)
et des jeux de mots qui enlèvent toute monotonie ;
des sentiments amoureux
, mais qui sont là en second-plan ; du
suspens ; des situations rocambolesques ; une intrigue rondement
menée ; des dialogues intéressants et drôles ; un rythme soutenu ;
la plume de l’auteur qui est très agréable,
tout ceci contribue à
faire de ce premier tome, du moins je le suppose vu la fin, un
très bon roman que je vous recommande.
Un roman jeunesse qui n’est pas « trop »
jeunesse
et qui plaira à la majorité, il s’adresse autant à un
jeune public qu’à des adultes qui ont envie de s’évader le temps de
la lecture.

Pour en savoir plus : 


Laurent Bettoni

journaliste et critique littéraire, Laurent Bettoni est également l’auteur de récits radiophoniques pour enfants. Il a travaillé sur de nombreux romans jeunesse, mangas et comics, ainsi qu’à l’écriture de scénarios. Il a créé et dirige la collection « Pulp » pour les éditions La Bourdonnaye. (source Les Editions Don Quichotte)


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