Sous ses yeux nous narre l’histoire de Lily, elle vit avec son mari Aiden dans un immeuble récemment construit dans une cité en cours de modernisation de la banlieue de Londres. Passionnée par les oiseaux elle aime les observer avec ses jumelles, elle note toutes les espèces qu’elle aperçoit dans un cahier.
Elle regarde tout ce qu’il se passe autour d’elle, cela devient un jeu avec son mari Aiden où elle épie ses voisins, leur donnant un prénom, s’imaginant le métier qu’ils peuvent exercer.
Un soir, elle assiste au meurtre d’une femme dans un appartement dans le building face au sien.
Très vite, jeu se transforme en obsession, Lily veut découvrir ce qui est arrivé à cette femme, obsession renforcée quand Jean, une voisine d’un immeuble sous le point d’être démoli est retrouvée morte.
Tour à tour, Lily va élargir son champ de recherche et établir une liste de suspect comme si elle établissait une liste d’espèces d’oiseaux : lieux, température, poids, nom, race, temps, etc.
J’ai aimé suivre Lily dans ses investigations, si au départ elle m’a paru étrange c’est à cause de la narration, elle écrit tout comme si elle tenait un journal intime destiné à quelqu’un qu’elle connaît, mais qu’elle ne nomme jamais, elle le tutoie, on suppose que c’est un proche, mais c’est tout ce que l’on sait.
L’intrigue et le suspens se renforcent avec les changements de temporalité, un compte à rebours est lancé. En jour et parfois en heure.
L’approche de Ross Armstrong pour nous décrire son personnage principal sort des chemins battus, un procédé qui peut dérouter, mais qui moi m’a plu.
On est dans la tête de Lily puisque c’est la narratrice, on suit ses observations, ses notes.
Des moments où j’avais peur pour elle, elle est prête à tout pour découvrir la vérité quitte à se mettre en danger.
Impression de peur renforcée quand elle décide d’enquêter la nuit avec pour seule lumière la lampe de poche de ses clés. Elle se sent observée, le lecteur aussi.
J’ai été surprise par un retournement de situation, je me doutais qu’il y allait avoir une révélation, mais je ne m’attendais pas du tout à cela, mon empathie pour Lily n’a fait que croître.
Ross Armstrong arrive à nous faire douter de tout et de chacun, même de nous.
Il dit à un moment une chose très juste, la façon dont nous percevons une personne dépend de la situation et de l’endroit, elle pourra nous paraître tout à fait inoffensive comme par exemple un homme avec un bébé dans les bras dans un parc nous fera sourire, mais ce même homme croisé la nuit et seul nous fera peur.
Les derniers chapitres me laissent un peu sur ma faim, j’aurais aimé que l’auteur aille au bout de sa démarche et continue sur la psychologie qu’il avait lancée même si le tempo s’accélère et qu’on tourne les pages de plus en plus vite voulant savoir le fin mot de l’histoire, retenant notre souffle jusqu’au dénouement.
J’ai trouvé quelques longueurs lors des prises de notes de Lily, mais qui n’ont pas gâché ma lecture.
C’est un thriller psychologique, écrit à la manière d’Hitchcock d’ailleurs il est cité plusieurs fois dans le roman, pas le meilleur que j’ai pu lire, mais original dans la manière dont il a été écrit.
Un huit clos angoissant, très peu de protagonistes interagissent avec Lily.
Un livre qui sème le doute et passe aussi ce message : à l’heure où tout le monde est hyperconnecté connaît-on vraiment ses voisins ? Prenons-nous le temps de les connaître ?
C’est vraiment dommage pour les quelques longueurs et le final pas à la hauteur de ce que j’attendais (même si l’auteur a réussi à bien me balader) sinon c’est un très bon thriller psychologique, qui plaira pour son originalité d’écriture et de sujet ou au contraire déstabilisera de trop le lecteur. C’est le genre de livre auquel on adhère ou pas. Vous l’avez compris j’ai adoré être dans la tête de Lily.
Sous ses yeux de Ross Armstrong – Thriller psychologique – Édition Le Cherche Midi – 408 pages, 22€ – En librairie le 31 août 2017
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