À la vie, à la vie

Une fois, n’est pas coutume, mon cher lecteur, je commence à t’écrire mon ressenti, en citant les derniers mots de Julien Sandrel dans ses remerciements, je ne vais pas te spoiler ce splendide, rayonnant, lumineux roman. Ne crains rien, ces mots ne te donneront aucune indication sur le final du livre
Si tu me suis sur Instagram, tu auras vu que j’avais montré à la réception du livre sa couverture et la quatrième en story, les retours avaient été nombreux, beaucoup m’ont écrit pour me dire que ce roman avait l’air très touchant et que j’allais pleurer.
Ne t’inquiète pas, si tu ne me suis pas sur Instagram ; je te remets le tout ici.
Pourquoi ? Parce que j’ai besoin que tu lises ces mots avant de te donner mon avis.
Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet.
Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.
Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…
Tu as lu, maintenant je t’explique.
Quand j’ai reçu le livre, je me suis dit que je devais attendre d’avoir un moral d’acier avant de commencer à lire ce roman. Je m’attendais à être bouleversée, pleurer. J’ai esquivé comme Thelma pour mieux me préparer à affronter.
C’était vrai, mais pas pour les raisons que je pensais.
Ce n’est pas la chambre des merveilles ; c’est le livre des merveilles. Merci infiniment, Julien Sandrel, pour ces mots.
Ce livre a résonné encore plus fort en moi, car Thelma a le même âge que moi et que Louis a le même âge que ma plus jeune et crois-le ou non si elle avait été un garçon ; cela aurait été son prénom.
Je dis souvent que les livres arrivent entre mes mains grâce au destin qui les met sur mon chemin. Que ces livres magiques m’apportent quelque chose personnellement, qu’ils me poussent dans mes retranchements ou me font réfléchir sur la vie, ma vie.
Inutile que je te résume le livre je t’ai mis la 4e qui t’en dit suffisamment.
Je rajoute ceci, ce mot, merveille, il est totalement adéquat pour qualifier le livre, car c’en est une. Thelma va voyager au cours de ce roman et voir des merveilles du monde, le cahier de Louis s’intitule « mon cahier des merveilles ». Tu vois un peu combien ce titre est évocateur.
La chambre des merveilles, car, en effet, pour les proches et moins proche de Louis, pour des inconnus aussi ce que sa mère va entreprendre pour lui montrer qu’il doit s’accrocher, se battre va l’aider elle, mais, ces étincelles de vie, cet amour profond viscéral qui explose comme un feu artifice va éblouir tant de monde.
Non seulement dans le roman, mais toi aussi tu verras la vie en couleur en le lisant.
Pendant quasi toute ma lecture, j’ai entendu les paroles de Jean-Jacques Goldman « À nos actes manqués » résonner dans la tête.
cadeau le lien de la vidéo : clique ici 
Thelma l’héroïne va entamer un road-trip de la vie, une course contre la montre, une montre qui s’est arrêtée un samedi 7 janvier à 10 h 32.
Thelma va donc voyager pour réaliser ce que son fils a écrit dans son carnet.
Des rêves, des buts à atteindre, parfois ils sont simples, parfois plus compliqués. Grâce à eux, Thelma va entreprendre un voyage tout autre, introspectif cette fois.
« J’allais partir à la rencontre des rêves de mon fils, les vivre pour lui, les enregistrer, en audio et vidéo, et les lui faire partager. J’allais en prendre l’engagement solennel. Je ne pourrais ni revenir en arrière ni le décevoir. Je ne savais pas s’il y avait un ordre défini, et je ne voulais pas que tout ait l’air préfabriqué. Il faudrait donc que je découvre le programme au fur et à mesure. »
Thelma n’a jamais été proche de sa mère, une soixante-huitarde, geek ; Louis va être ce pont entre elles deux.
« En cherchant à réveiller mon fils, je m’étais endormi petite fille. Lovée au creux de ma mère. »
La relation entre elles est aussi belle à lire que celle de Thelma et Louis. Un amour incontestable.
Louis va aussi faire entrer dans la vie de sa mère Charlotte l’infirmière, Edgar, Isa ou Dora. Tous ensemble ils sont dans le même wagon de train, sur le même bout d’île, celui des rescapés.
Julien Sandrel réussit ce tour de force de narrer des épisodes douloureux et dramatiques et de te faire rire. À chaque page tournée, c’est la vie qui surgit et l’espoir, rien n’est jamais perdu.
Ce livre c’est une torche allumée dans la nuit noire.
Je te l’ai dit, il est lumineux.
Il déclame ses mots comme de la poésie, c’est doux comme du velours, ils coulent tout seuls en toi, ils te prennent à la gorge, ils roulent de tes yeux.
À aucun moment, l’auteur n’en a fait de trop.
C’est un livre sur la vie vraiment ; c’est un livre qui te rappelle que tu peux arrêter de courir, la vie n’attend pas, prend le temps pour toi et tes proches.
Il dénonce sans jugement aucun cette société de consommation, consommation du temps, des gens, des familles, des produits.
Devant tes yeux surgit au milieu du quartier de Shibuya un énorme panneau-Stop ; pose-toi 5 minutes avec moi. Laisse couler. Voilà, c’est bien
À Budapest, tu vas voir ta vie à travers celle de Thelma tel un prisme qui reflète la lumière créant mille et une couleurs
À Londres, dans le quartier de Notting Hill tu vas réfléchir à la personne que tu seras dans 10 ans. Tu vas lui écrire et la conseiller, la remettre sur le bon chemin.
Thelma s’est égarée en route, elle était carriériste, elle a compris que là n’était pas son vrai bonheur et toi, mon cher lecteur, tu vas aussi, j’en suis certaine, réfléchir à ce que tu te dirais. Je l’ai fait, mais je ne peux pas te le révéler, on se donne rendez-vous dans 10 ans et là c’est une autre chanson qui prend le relais de ma chronique : « Place des grands hommes » de Patrick Bruel (tu m’excuseras ce sont des chansons de ma génération)
C’est fou ce qu’un crépuscule de printemps
Rappelle le même crépuscule d’y a 10 ans
Trottoirs usés par les regards baissés.
Qu’est-ce que j’ai fait de ces années ?
Revenons au roman.
Comment te dire à quel point Julien Sandrel a bousculé ma vie de lectrice ?
Tu sais un livre qui te marque, un roman qui fait écho en toi, comme si l’auteur te chuchotait à toi et à toi seul son histoire.
Je m’attendais à lire une épreuve et c’en est une, mais totalement différente que celle à laquelle je m’attendais.
Les personnages du livre sont hauts en couleur, oui tu as raison comme la couverture, mais tu sais même les titres des chapitres, ils sont bien pensés.
Tout est relié dans ce livre.
Rien n’a été laissé au hasard.
Tu lis à travers Thelma, sa souffrance, son réveil à la vie, sa volonté de croire en son fils et sa façon de lutter.
Poings levés tête haute, elle souffle une fois deux fois et c’est parti. Elle n’a pas le temps de s’apitoyer.
La grand-mère est fantastique, j’ai adoré ce personnage, sa philosophie de vie, sa manière de penser et parler.
Charlotte, Edgar sont aussi des êtres touchants, des personnes ordinaires, Julien Sandrel fait d’eux tous des personnages extraordinaires.
Et les enfants Louis, bien sûr, et Isa ou Dora c’est comme tu veux.
Louis il a beau être, dans le coma il entend, tout ce qui se passe dans sa chambre, plus fort encore il entend et comprend les silences. Le temps de quelques pages c’est lui qui devient narrateur et te livre comment il réagit à tout cela et ce qu’il en comprend.
« Dans la voix de maman, il y avait des trucs à comprendre ces derniers temps. Trois, pour être précis. Trois trucs que maman ne m’a ^pas dits mais que j’ai quand même compris »
L’écriture je t’en ai déjà parlé un peu, elle est fluide, elle est onctueuse comme une mousse au chocolat ; elle coule comme du miel.
Avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, il va faire parler ses personnages.
Il va les faire réfléchir, relativiser et à ton tour tu vas relativiser.
Bien sûr, j’ai adoré les citations de films ou de chanson des années 90, mais tu vas aussi rencontrer Louane ou maître Gims.
Tu vas voyager et voir les lumières de Tokyo, tu vas te défenestrer comme Thelma et Amélie Nothomb dans « stupeur et tremblement ».
Japon, Hongrie, Angleterre, retour en France à l’hôpital Robert Debré chambre 405.
Tu vas t’asseoir sur un banc le long de la Seine et comme Thelma réfléchit sur la sienne tu vas réfléchir à la tienne.
Il écrit 4 semaines de peines, de joie, d’espoir et de désillusions, d’éclat de soleil qui rend aveugle puis ce tremblement de terre immense affreux qui a éclaté les fondations, les fondements et sous bassement de la vie de Thelma ce 27 janvier à 10 h 32.
Je sais, je te laisse beaucoup dans le flou, je te raconte peu, mais je te donne mes émotions, fortes. Je te donne mes sourires, mes rires et mes larmes et te dis :
Lis ce roman, il va te faire du bien. Ce n’est pas un livre douloureux, même si certains passages sont chargés en douleur, mais il est lumineux.
C’est vraiment une petite merveille que Julien Sandrel a écrit là.
Un homme qui a si bien compris une femme.
Philosophie de vie, manière de penser, réflexion, pleine de vérité trop souvent oubliées.
Il aura un écho plus fort aux personnes de mon âge, je pense, mais je ne peux vraiment que le conseiller.
Rien n’est de trop, rien n’est à enlever ou changer c’est une palette pleine de couleur, les couleurs de la vie
 
À la vie, à la vie.
Merci Calmann Lévy pour cet envoi surprise, il a trouvé la porte de mon cœur, je passe la clé à d’autres lecteurs qui j’espère passeront le flambeau et diffuseront à leur tour ce roman fabuleux.
 
La chambre des merveilles de Julien Sandrel – roman contemporain – littérature française – 272 pages, 17.90€ – Edition Calmann-Levy, en librairie le 7 mars 2018
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